Recyclage du plastique : le projet à un milliard d’Eastman entre dans le dur
Nathalie Jourdan
Ce contenu est réservé aux abonnés La Tribune
Selon Eastman, les déchets seront transformés en paillettes recyclables à l'infini et possédant les mêmes propriétés que les plastiques fabriqués à partir du pétrole.
Présenté par Emmanuel Macron comme le plus gros investissement étranger en France depuis des décennies, le projet d’usine de recyclage moléculaire du plastique du chimiste américain Eastman entre dans le dur avec le lancement de la première des concertations qui doit le mener jusqu’à l’autorisation d’exploiter espérée en 2023. L’installation qui devrait voir le jour près du Havre pourrait traiter jusqu’à 160.000 tonnes d’emballages pas - ou difficilement - recyclables par an. Mais son principal défi sera de capter les gisements.
Trier les déchets est une chose, les recycler en est une autre. Selon l'éco-organisme Citeo, la France n'a réussi en 2021 à transformer en produits réutilisables qu'un petit tiers de la montagne d'emballages plastiques issus de nos poubelles jaunes, et encore souvent au prix d'une dégradation du matériau d'origine (ce que les spécialistes appellent le décyclage).
Le reste a fini sa vie en décharge ou dans les usines d'incinération. En cause, l'insuffisance du tri mais aussi la difficulté voire l'impossibilité de recycler, avec les technologies mécaniques classiques, les déchets les plus complexes : bouteilles ou flacons colorés, barquettes multi-couches, textiles en polyester, rebuts de l'électronique ou de l'automobile...
Pour absorber ces flux privés d'une deuxième vie, l'industrie pense avoir trouvé la parade. Elle table désormais sur le recyclage chimique du plastique, lequel enregistre un boom spectaculaire à la faveur de règlementations plus contraignantes. Qu'on en juge. 2,6 milliards d'euros doivent être investis en Europe dans cette technologie d'ici 2025 et « au moins 7,2 milliards » à horizon 2030, selon une étude publiée en avril 2022 par l'institut Polyvia, syndicat professionnel la filière plasturgie et composites.
Vers l'usine la plus capacitaire d'Europe
C'est dans ce contexte porteur que s'inscrit le projet d'usine de la multinationale américaine Eastman annoncé lors du sommet Choose France en janvier dernier. Celui-ci franchit la première étape vers sa concrétisation avec le lancement ce mardi (27 septembre) en Normandie d'une concertation préalable* ainsi que l'exige la loi pour toutes les installations industrielles de plus de 600 millions d'euros : un milliard dans son cas.
Le montant colossal de l'investissement, qui devrait être soutenu à hauteur de 100 millions d'euros par la puissance publique, dit bien l'ambition du groupe sur lequel la France compte pour honorer sa promesse de « 100% de plastiques recyclés en 2025 ». L'unité de recyclage chimique qu'il projette de construire en 2025 sur le complexe industriel de Port-Jérôme en Seine-Maritime est de loin la plus importante en termes de capacité de traitement de déchets en cours de développement sur le Vieux Continent. A pleine charge, elle devrait être capable de transformer quelque 160.000 tonnes de déchets de polyester (le type de plastique le plus courant) chaque année. De quoi remplir deux fois et demi le stade de France.
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.