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ClimatEnergie & Environnement

Cinq centrales à charbon d'E.ON se rapprochent de la fermeture

Michel Cabirol

Publié le 11 juillet 2012 à 12:15

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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La filiale française du groupe énergéticien allemand E.ON pourrait claquer la porte à Sparkling Capital. Elle estime que l'offre déposée par la société dirigée par la très controversée Michèle Assouline est trop farfelue.

Très agacé, E.ON France veut maintenant en terminer "au plus vite" avec l'offre de reprise pour un euro symbolique des quatre centrales thermiques au charbon (ex-Charbonnages de France) par Sparkling Capital qu'il juge très incomplète, pour ne pas dire farfelue. D'autant que la première marque d'intérêt orale de cette société dirigée par une jeune entrepreneuse, Michèle Assouline est arrivée fin 2011, suivi d'un premier courrier "non structuré" en mars détaillant au minimum les intentions de Sparkling Capital. Mais "nous avons joué le jeu en lui envoyant de très nombreux documents", explique-t-on de source proche du dossier. Alors même que E.ON France était dans une logique de fermeture de ses sites et non pas de vente. E.ON n'a pas mené de processus de recherche de repreneur, assure une autre source.

Mais à partir de là, les choses se gâtent. Michèle Assouline décale une demi-douzaine de fois l'envoi d'une offre non engageante détaillée. Entre-temps, E.ON France, de plus en plus intrigué, cherche à en savoir un peu plus sur Sparkling Capital, dont l'offre a surgi de nulle part au beau milieu de la campagne électorale présidentielle, mais ne bronche pas. Et pour cause. Le projet de cette société est soutenu à bout de bras par l'ancien ministre de l'Energie, Eric Besson, et plus précisément par son directeur de cabinet. "Je n'ai jamais vu les pouvoirs publics s'interposer de cette manière dans une affaire privée entre deux acteurs privés", souligne-t-on pudiquement, s'étonnant toutefois de "l'implication étrange du directeur de cabinet". Quelques jours avant la tenue d'un comité central d'entreprise décisif en avril, la médiatisation de l'offre de rachat de Michèle Assouline perturbe complètement le processus de fermeture des cinq centrales, qui menace 535 emplois. Un processus qui avait été lancé par E.ON France en 2011. La filiale du groupe allemand gèle alors son projet en attendant de voir ce qui va suivre... Notamment l'issue de l'élection présidentielle.

"Cette offre ne tient pas la route"

C'est le courrier envoyé le 3 juillet par Sparkling Capital qui a été la goutte d'eau de trop. "Il ne contient aucun des éléments que doivent contenir une offre non engageante", assure une source proche du dossier. "Ce processus ne tient pas la route", explose cette même source. Le courrier ne précise, explique-t-on à "latribune.fr", ni le futur projet industriel sur 30 ans tel qu'il est promis par Sparkling Capital, ni le "business plan" et enfin ne détaille pas non plus le partenariat annoncé avec EDF, qui donnait au départ à cette offre "un vernis de crédibilité", soupire-t-on. En revanche, le document insiste lourdement sur le fait que EON devra verser "un chèque de 200 millions d'euros" et sur la sauvegarde de l'emploi, un thème toujours très porteur pour les politiques. Mais chez E.ON, on perd cette fois patience d'autant plus facilement que les soutiens politiques de Michèle Assouline ne sont plus au pouvoir. "Tout cela manque de professionnalisme et de sérieux". Et surtout fait perdre du temps à l'industriel, qui a beaucoup d'autres projets d'investissements en tête.

Dans ces conditions, E.ON ne veut "prendre aucun risque compte tenu du pourcentage élevé d'un échec de cette reprise. Michèle Assouline garde ses secrets qu'elle ne veut pas partager". Dont acte. Résultat, pas question pour E.ON France de s'engager à la légère dans une procédure de "due diligence" engageante. Même si Sparkling Capital a effectivement annoncé le 4 juillet dernier avoir déposé une offre de reprise la veille auprès d'E.ON France pour quatre unités et non plus cinq : deux à Saint-Avold en Moselle (Emile Huchet), une à Hornaing (Nord) et la dernière à Montceau-les-Mines en Saône-et-Loire (Lucy). La société reste toutefois soutenue par EDF. Le projet est "industriellement très bon et cela a du sens de prolonger ces centrales", estime-t-on en interne chez l'électricien. C'est d'ailleurs pour cela qu'il se tient prêt à apporter un "appui technique et de formation" à Sparkling Capital dans le cas d'une reprise de ces centrales à charbon.

Les centrales à charbon perdraient jusdqu'à 40 millions d'euros en 2013

Pour E.ON France, cette décision reste un non-sens économique. Car le groupe est parvenu à la conclusion que ces cinq centrales à charbon n'étaient plus rentables avec la fin de l'attribution de quotas gratuits de CO2 au 1er janvier 2013. "Nous perdrons de l'argent en 2013, assure-t-on à "latribune.fr". Et on n'a pas envisagé d'en regagner à terme". En moyenne, la filiale française devrait perdre entre 5 et 8 millions en moyenne par an pour chaque site s'ils devaient rester en activité. Soit entre 25 et 40 millions d'euros. "On n'aura pas suffisamment de cash pour couvrir tous les frais fixes", notamment les salaires et la maintenance des sites, regrette cette même source. En outre, la pyramide des âges des salariés de ces centrales permettait de gérer "avec le moins d'effets collatéraux" ces restructurations, estimait-on.

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D'où la volonté de fermer progressivement ces cinq centrales dans le temps, qui produisent 1.100 MW d'électricité environ (sur un total d'un peu plus de 3.000 MW pour E.ON en France). D'autant que trois d'entre elles (Emile-Huchet 5, Hornaing 3 et Lucy 3), construites au début des années 1970, sont déjà en régime dérogatoire par rapport à la directive européenne GIC, qui impose des normes environnementales strictes aux Grandes Installations de Combustion les plus polluantes. Leur arrêt doit intervenir au plus tard le 31 décembre 2015. Enfin, E.ON France considère que la technologie du captage de CO2 n'est pas "viable au point de vue économique avant 2018-2020". Ce qui "n'encourage pas un 'business case' stable" de certaines de ses centrales à charbon. D'où le constat que la filière charbon n'a "pas d'avenir en France". Même si l'industriel conservera quelques centrales à charbon conformes à la législation (2 fois 600 MW).

E.ON compte investir en France

En revanche, E.ON, qui souhaite rester et surtout se développer en France, travaille sur plusieurs projets d'investissements aujourd'hui qui sont en attente des décisions de fermeture des cinq centrales. "Nous avons besoin d'avoir une visibilité sur un calendrier échelonné de la fermeture de ces centrales et de leurs mesures d'accompagnement et sur un calendrier de redémarrage de nos investissements", explique-t-on de source proche du dossier. Le groupe allemand, qui revendique le rang de troisième producteur d'électricité en France, a prévu d'investir deux milliards d'euros sur la période 2008-2015. Notamment un projet de centrale à biomasse en Provence, qui pourraient créer à terme 400 emplois indirects. E.ON décidera à l'automne du lancement ou pas de ce projet de 150 millions d'euros. Il a également dans ses cartons un autre investissement - mais beaucoup moins sûr que le premier - d'une troisième centrale à cycle combiné gaz (430 MW) qu'il pourrait installer à Hornaing pour un investissement de 300 millions d'euros. Une décision est attendue fin 2012.

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"Nous voulons être un acteur de la transition énergétique en France et nous avons l'intention d'accompagner la volonté politique d'aller vers ces énergies renouvelables à l'image de ce qui se fait en Allemagne alors que le maintien du charbon est loin d'assurer cette transition", explique-t-on chez E.ON, qui souhaite expliquer rapidement ses projets industriels au gouvernement. La filiale française vise en 2015 une production d'électricité avec du charbon (45 %), du gaz (45 %) et des énergies renouvelables (10 %). Contre 98 % à charbon et 2 % renouvelable en 2008. Contacté à de nombreuses reprises, le ministère du Redressement productif n'a pas répondu à nos appels sur ce dossier, qui menace l'emploi de plus de 500 personnes.

Michel Cabirol

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