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Pourquoi le Chili séduit tant DCNS

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Michel Cabirol

Publié le 30 avril 2014 à 05:07

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Associé à l'italien Enel, le groupe naval participe à un appel d'offre au Chili pour devenir un acteur majeur du développement des énergies marines renouvelables dans ce pays. DCNS est également sélectionné à Seattle et aux Iles Vierges.

DCNS nourrit de grandes ambitions dans le domaine des énergies marines renouvelables (EMR). Une stratégie dévoilée par l'ancien PDG du groupe naval Jean-Marie Poimboeuf et qui avait au départ fait tiquer son actionnaire privé Thales, soucieux de ne pas être plombé par cette stratégie de diversification. Ce qui est en revanche un peu moins connu, c'est comment DCNS veut devenir l'un des leaders des EMR sans trop casser sa tirelire dans des investissements coûteux et sans être freiné par un éventuel veto de ses actionnaires. Et le groupe souhaite donc nouer des partenariats et mutualiser les dépenses d'investissement dans des activités jugées prometteuses.

C'est donc tout le sens du partenariat qu'il aurait dû annoncer ce mardi avec Alstom. Car DCNS avait besoin de travailler avec un "turbiniste", notamment pour les éoliennes flottantes où les technologies ne sont pas encore matures. C'est aussi son objectif au Chili. Le groupe naval est très intéressé par un projet de Santiago où il concourt en partenariat avec l'énergéticien italien Enel à un appel d'offre portant sur la constitution d'un centre de recherche d'énergies marines, qui sera financé à 65 % par des aides publiques, selon nos informations.

Un partenariat avec Enel au Chili

Pourquoi Enel ? Parce que le groupe italien dispose au Chili de plusieurs atouts. Il s'appuie sur un bon réseau d'innovations dans le pays, notamment via la grande université technologique de Santiago, la Catolica. Enel est également actionnaire du groupe espagnol Endesa, qui est le leader au Chili dans le domaine de l'énergie. Chez DCNS, on ne souhaite pas confirmer le nom du partenaire chilien. Les deux groupes qui ont également avec eux le groupe naval civil et militaire Asmar pour localiser le contenu industriel, ont remis une offre en avril et attendent une décision en 2014 face à des projets européen et australien, précise seulement le patron des EMR chez DCNS, Thierry Kalanquin. Nous souhaitons "saisir cette opportunité. Le Chili a la volonté d' aller vite", estime-t-il.

Le Chili, qui vise une politique d'indépendance énergétique forte, souhaite développer les EMR dans les dix à vingt ans à venir. Pour cela, Santiago mène une politique volontariste d'aide à la recherche sur les EMR. Avec 4.500 km de côtes, il dispose d'un joli potentiel naturel… même si "les conditions marines sont très difficiles", plus difficile que celles en France, estime Thierry Kalanquin. "Le Chili a une configuration de côtes particulières", précise-t-il. Les côtes chiliennes très abruptes plongent profondément et très vite dans l'océan Pacifique et surtout, peuvent être ravagées par des séismes et balayées par des tsunamis. "Ce qui va nécessiter un gros travail d'adaptation de nos produits", reconnaît-il.

Trois lignes de produits de DCNS au Chili ?

Pour DCNS, les côtes chiliennes peuvent accueillir trois lignes de ses produits, qui sont en cours de développement à l'exception de l'énergie thermique des mers : hydroliennes, éoliennes flottantes et énergie houlomotrice ou énergie des vagues. Pour cette dernière, il y a une houle forte et régulière le long des côtes chiliennes.

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Ce sera au futur centre de recherche des EMR de définir comment exploiter cette ressource naturelle. Ce projet, qui se déroule sur une période initiale de huit ans, nécessite au départ un investissement de "20 à 25 millions d'euros au démarrage à partager" entre le Chili et le vainqueur de l'appel d'offre, estime Thierry Kalanquin. Un centre qui s'inscrirait dans les pas des deux centres d'excellence de DCNS en France et en Ecosse (EMEC).

Des expériences à l'international

DCNS commence à être reconnu dans les énergies marines renouvelables à l'international où il a déjà enregistré quelques jolis succès. Notamment dans les fermes d'hydroliennes. C'est le cas récemment avec sa filiale spécialisée dans les hydroliennes OpenHydro, qui s'est associée à Alderney Renewable Energy (ARE), pour créer une ferme hydrolienne d'une capacité de 300 MW à proximité d'Aurigny (Alderney pour les Anglais), une des îles anglo-normandes. Le passage d'une quinzaine de kilomètres entre La Hague et Aurigny est, selon DCNS, "le troisième gisement mondial", après un site au nord de l'Ecosse et la baie de Fundy à l'est du Canada.

Et DCNS est très présent en Amérique du Nord. "On se développe en Europe et en Amérique du Nord", confirme Thierry Kalanquin. Le groupe naval a été également sélectionné fin mars au Canada à l'issue d'un appel d'offres du ministère de l'Energie de Nouvelle-Ecosse. OpenHydro va réaliser une ferme pilote hydrolienne d'une puissance de 4 MW sur le site expérimental du Centre de recherche FORCE (Fundy Ocean Research Centre for Energy). Et la filiale de DCNS va procéder en baie de Fundy au déploiement de deux turbines de 2 MW qui seront réalisées sur place et intégralement raccordées au réseau électrique en 2015.

Les Iles Vierges et Seattle

DCNS a également signé une lettre d'intention pour la création d'une ferme pilote à Seattle sur la côte Pacifique avec le test de deux hydroliennes d'une puissance moyenne. Le groupe naval a aussi obtenu la signature de préétudes de sites dans les Iles Vierges (Etats-Unis) pour l'installation d'un projet de 6 MW dans le domaine des énergies thermiques des mers. Et DCNS, qui poursuit avec EDF son projet à la Réunion, lorgne enfin du côté de la Martinique où deux projets offshore et onshore sont à l'étude.

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Ces premiers succès font dire à Thierry Kalanquin qu'il y a actuellement une "forte accélération dans les systèmes d'énergie hydrolienne" avec la création de fermes pilotes dans son carnet de commandes. "Nous espérons la même accélération dans les énergies thermiques des mers", note-t-il. Car les technologies arrivent suffisamment à maturité dans ces deux lignes de produits. "Nous tenons les étapes de notre plan de marche", conclut-il.

Michel Cabirol

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