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Climat : la finance peine à intégrer le risque matériel

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 30 avril 2019 à 15:56 - Mis à jour le 12 décembre 2024 à 23:40

Un cyclone mediterraneen balaie la grece

Un cyclone mediterraneen balaie la grece

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De plus en plus conscientes du risque climatique auquel elles sont exposées dans leurs activités de prêt ou de gestion d’actifs, les institutions financières le prennent pourtant encore mal en compte au quotidien. Elles manquent en particulier de données précises leur permettant d’évaluer l’impact physique du changement climatique sur les activités de leurs contreparties, entreprises ou États.

En janvier dernier, l'énergéticien californien PG&E (Pacific Gaz & Electricity) se plaçait en faillite afin de se protéger des centaines de plaignants, particuliers et assureurs qui lui réclamaient près de 30 milliards de dollars (26,3 milliards d'euros) de dédommagements. L'entreprise est en effet tenue responsable des gigantesques incendies qui ont ravagé en novembre 2018 une forêt californienne devenue extrêmement sèche en raison du changement climatique, et donc très vulnérable aux étincelles provoquées par des câbles électriques mal entretenus.

Prendre en compte l'impact financier lié aux risques climatiques physiques, « c'est identifier les prochains PG&E », illustre Romain Hubert, chef de projet chez I4CE. Le think tank est l'un des partenaires de ClimINVEST. Ce projet de recherche européen, qui réunit également les français Météo-France et Carbone 4, ainsi que le norvégien CICERO ou le néerlandais Wageningen Environmental Research, a étudié la façon dont 80 institutions financières européennes prenaient en compte le risque physique associé au changement climatique. Celui-ci dépend de l'impact matériel du changement climatique sur les actifs mais aussi l'activité de leurs contreparties, qu'il s'agisse d'États, de projets ou d'entreprises ; et, plus délicat encore à évaluer, du poids de ces impacts dans leur propre activité de gestionnaire d'actifs ou de prêteur.

Les assureurs de catastrophes naturelles plus avancés

Les participants du projet ClimINVEST observent une prise de conscience qui progresse depuis quelques années, et singulièrement depuis la COP21. « L'intérêt pour le sujet s'étend désormais à d'autres fonctions que les directeurs de développement durable, comme les responsables crédit », observe ainsi Florian Gallo, de Carbone4. Ce sont les assureurs, notamment ceux qui assurent les catastrophes naturelles, qui sont les plus en avance sur le sujet.

Mais globalement, la recherche a montré que si plus de la moitié des 80 institutions financières étudiées mentionnent cet enjeu dans leur communication, moins d'un quart mènent une réelle analyse de leur exposition aux risques climatiques physiques. Et lorsqu'elles le font, c'est le plus souvent en recourant à des prestataires externes et avec une approche plus qualitative que quantitative.

La menace chronique moins bien analysée

Aujourd'hui, le risque de transition auquel s'exposerait une entreprise qui ne tiendrait pas compte du changement climatique en faisant évoluer son activité, dans un secteur où ses concurrents le feraient, est mieux pris en compte. L'effet Kodak (qui n'a pas su prendre à temps le virage numérique) ou les actifs échoués dans l'énergie notamment, sont mieux perçus que le risque strictement matériel. Et ce dernier est mieux pris en compte lorsqu'il s'agit d'événements extrêmes ponctuels, que de menaces chroniques.

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Pourtant, l'impact de celui-ci sur les résultats ou la valorisation d'une entreprise peut s'exercer de multiples façons. Prenons l'exemple d'un producteur de jus d'orange. Outre les dégâts matériels (inondation, cyclone, incendies...) que pourraient subir ses sites de production, il pourrait également être confronté à une pénurie de matière première dans le cas où sa chaîne d'approvisionnement serait elle-même affectée, ou encore à des difficultés commerciales si les pays qui lui achètent son jus d'orange devenaient capables d'en produire eux-mêmes grâce au réchauffement climatique.

Tragédie des horizons

Et, en raison des quantités de CO2 déjà présentes dans l'atmosphère et de l'inertie du système climatique, ces manifestations physiques du changement climatique se produiront dans les 10 à 20 prochaines années, quels que soient les efforts consentis en matière de réduction des gaz à effet de serre.

Quant aux outils récemment mis en place pour inciter les investisseurs à divulguer la façon dont ils intègrent les risques climatiques dans leur stratégie d'investissement (tels que, pour la France, l'article 173 de la loi de transition énergétique) tendent à se concentrer sur l'empreinte carbone des portefeuilles.

Si les institutions financières sont aujourd'hui si peu nombreuses à mettre en place des stratégies de gestion de ce risque climatique physique, à en croire l'AFD et la Caisse des dépôts, pourtant particulièrement sensibles à la thématique climatique, c'est qu'elles font face à plusieurs défis : la nécessité de convaincre les différentes parties prenantes, notamment en interne ; la compréhension des modèles utilisés par leurs prestataires, ou encore le décalage des horizons de temps entre des phénomènes à l'œuvre sur des dizaines, voire des centaines d'années, et des échéances à quelques années, voire quelques mois, qualifiés par le gouverneur la Banque d'Angleterre et président du Conseil de stabilité financière, Mark Carney, de « tragédie des horizons. »

Les aléas mieux renseignés que la sensibilité

Surtout, elles ne disposent pas des données nécessaires. Si celles concernant l'évolution du climat sont les mieux renseignées, elles peuvent manquer de granularité géographique. Pis encore, celles concernent la sensibilité de l'entreprise au risque climatique, ou encore celles concernant sa supply chain, restent le plus souvent sectorielles et ne prennent pas en compte la spécificité de l'entreprise et en particulier sa capacité à s'adapter.

«Le risque résulte à la fois des aléas et de la sensibilité de l'entreprise, rappelle Florian Gallo, de Carbone4.Si la cartographie des aléas est une étape indispensable, elle n'est que la première étape», souligne-t-il.

À l'instar des recommandations publiées par la Task Force on climate-related financial disclosure (TCFD) mise en place sur ce sujet par le Conseil de stabilité financière ou celles du High Level Group on sustainable finance de la Commission européenne, les mesures visant à une meilleure communication par les entreprises de la façon dont elles sont exposées à ces risques devraient donc aider les institutions financières à évaluer, à leur tour, l'impact sur leurs propres activités.

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Les cas d'étude du projet de recherche ClimINVEST révèlent que les institutions financières françaises auraient besoin d'une montée en compétences sur le sujet. Aux Pays-Bas en revanche, où le secteur financier est aux avant-postes pour identifier des opportunités face aux impacts du changement climatique sur le niveau de la mer, l'accent est mis sur les solutions plus que sur les risques, ce qui créé un cadre de réflexion plus positif autour de ce sujet. Un exemple à suivre ?

Dominique Pialot

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