Coronavirus : les fournisseurs alternatifs d'électricité tentent de faire plier EDF

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(Crédits : Regis Duvignau)
L'opérateur historique refuse d'activer la clause de "force majeure" prévue dans ses accords d'approvisionnement. Ses concurrents ont saisi le Conseil d'Etat.

Les fournisseurs alternatifs d'électricité contre-attaquent. Déboutés le mois dernier par la Commission de régulation de l'énergie (CRE), ils viennent de déposer un recours en référé devant le Conseil d'Etat, comme révélé par Les Echos. Ils réclament la suspension des contrats Arenh. Ce dispositif leur permet de racheter une partie de la production nucléaire d'EDF à un prix fixe, qui est aujourd'hui largement supérieur au prix du marché. Ce qui entraîne de lourdes pertes pour les concurrents de l'opérateur historique, qui représentent près de 40% de la consommation électrique française.

Pour les fournisseurs alternatifs, la propagation de l'épidémie de coronavirus en France doit leur permettre d'activer la clause de "force majeure" prévue dans les accords d'approvisionnement qui les lient à EDF. Mais la CRE avait estimé, dans une delibération datée du 26 mars, que les conditions n'étaient pas réunies. Et elle soulignait aussi que la suspension des contrats Arenh aurait des conséquences "disproportionnées" et qu'elle "créerait un effet d'aubaine pour les fournisseurs au détriment d'EDF qui irait à l'encontre des principes de fonctionnement du dispositif qui reposent sur un engagement ferme des parties sur une période d'un an".

Lire aussi : EDF en marche vers un « nouveau nucléaire » ?

Revente à prix cassé

Mis en place en 2010 pour favoriser la concurrence, l'Arenh (pour accès régulé à l'électricité nucléaire historique) permet aux fournisseurs alternatifs de racheter 100 TWh d'électricité auprès d'EDF, soit près d'un quart de la production nucléaire française. Le prix est fixé à 42 euros le mégawattheure, ce qui est, en temps normal, inférieur au prix de marché. Les rivaux d'EDF plébiscitent le dispositif: en décembre, les demandes d'Arenh s'étaient élevées à 147 TWh, forçant la CRE à instaurer un mécanisme de rationnement.

Problème: depuis le début du confinement, la demande d'électricité recule fortement en France, notamment en raison de l'arrêt d'une grande partie de l'activité industrielle. Or, les fournisseurs alternatifs doivent contractuellement continuer d'acquérir de l'électricité nucléaire, toujours au prix de 42 euros. Comme ils ne peuvent pas ajuster le volume d'achat pour tenir compte du repli de leurs besoins, ils se retrouvent avec un surplus qu'il ne peuvent pas conserver. Et qu'ils doivent donc revendre à prix cassé sur le marché - autour de 20 euros actuellement.

Des millions d'euros de pertes

Ces sociétés se retrouvent ainsi prises au piège de l'Arenh. Accusant des pertes qui se chiffrent en millions d'euros, elles se sont d'abord retournées vers EDF pour réclamer l'activation de la clause de "force majeure". Et ainsi pouvoir acheter l'électricité dont elles ont besoin directement sur les marchés, à un prix beaucoup plus compétitif. Mais l'électricien a rejeté leur demande, et obtenu le soutien implicite de la CRE. Certes, le régulateur n'écarte pas la suspension des contrat Arenh, mais seulement "si l'acheteur parvenait à démontrer que sa situation économique rendait totalement impossible l'exécution de l'obligation de paiement".

Face aux "circonstances exceptionnelles actuelles", la CRE propose simplement des délais de paiement des factures Arenh, ainsi qu'une suppression des pénalités normalement infligées aux fournisseurs qui ont acheté trop d'électricité via ce mécanisme au cours d'une année. Elle demande aussi à EDF d'accorder des facilités de paiement, notamment pour les acteurs de petites tailles. Pas de quoi satisfaire les contestataires, qui assurent que le régulateur n'a pas l'autorité pour définir si la crise sanitaire constitue une "force majeure". Un différend qui sera tranché par le Conseil d'Etat.

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a écrit le 08/04/2020 à 17:22 :
C'est pas fini puisque l'on reçoit en ce moment un courrier nous annonçant que les tarifs réglementé du gaz c’est fini ( Bruxelles) et qu'il faudra choisir avant le 30 juin 2023 ,un nouvel opérateur dans une liste jointe d'une vingtaine d'entreprise.Bien sur , on nous dit qu'il y a un site pour comparer les tarifs ,ah,ah ,ce sont les mêmes ,ah,ah
a écrit le 08/04/2020 à 14:17 :
Pour l'anreh, c''est une anomalie de plus. Demandée en INTERNE par EDF lors de la liberation du secteur (eh oui, cela peut vous sembler aujourd'hui incroyable mais c'est écrit noir sur blanc dans le rapport de la court des comptes 2011). Ce mécanisme doit disparaître avec vente au prix du marché de l’électricité nucléaire. A chacun d'assumer ses risques financier. Mais on ne peut que constater que sur le marché americain, les centrales ferment les unes après les autres pour des motifs économiques.

La place du nucléaire est une anomalie dans le paysage mondiale et nous fait collectivement courir des risques ECONOMIQUES énormes. Les coûts de démantèlement sont budgétés à seulement 40% par EDF, les coûts d'enfouissement ne sont pas supportés par EDF mais par le consommateur y compris quand il consomme de l'électricité hydraulique, éolienne, solaire. Les coûts implicites assurance ne sont pas supportés par EDF mais par le contribuable car l'industrie nucléaire est la seule non assurable en raison des coûts astronomiques possible en cas de probleme majeurs comme Fukujima (+100 Milliards d'euros à date..et ce n'est meme pas fini!) ou tchernobyl (j'ai pas réussi à trouver d'études chiffrés sur le sujet).
L'éolien offshore n'est pas spécialement intermitant (facteur de charge >70%) car les vents sont réguliers en mer et la merge de progression en terme de rendement et donc de prix est encore de 2X par augmentation de la taille des pales. Le stockage est lui aussi sur un chemin de progression important, sous produit des recherche intense sur les batteries à destination des smartphones et auto/camion, sachant que la batterie n'est qu'une des voies, il y a aussi le recours à l’hydrogène avec des avancé en terme de prix très importante via l'élimination des metaux rares et cher du processus catalytique....
a écrit le 08/04/2020 à 11:39 :
il est temps de mettre fin au racket de l'arenh sur EDF (donc le contribuable) ce système instaurait une concurrence bidon , tant que la loi du marché leur était favorable les fournisseurs alternatifs en réclamaient plus que les 25% dévolus aujourd'hui que le système vacille ils voudraient ne pas payer leur dû ;souhaitons que le conseil d'état leur donne tort
a écrit le 08/04/2020 à 11:07 :
Hallucinant ! Cela fait des années que nous, professionnels de l'électricité, ne cessont d'alerter les producteurs d'énergie 'alternatifs': l'électricité renouvelable est une source par nature fluctuante, elle déstabilise le marché, il est donc absolument nécessaire que, outre les panneaux photovolraiques, éoliennes et autres barrages, vous investissiez aussi et surtout MASSIVEMENT dans des moyens techniques de stockage, ceci afin précisément de stabiliser le marché. AUCUN d'entre eux ne l'a fait, parce que ça coûte trop cher ! Le business des producteur d'électricité 'alternatifs', c'est de vendre du renouvelable quand il est pas cher (quand il y a du vent et du soleil), et de vendre du nucléaire à un tarif sous-evalué le reste du temps... Ils sont pris à leur propre piège, tant pis pour eux: ils doivent assumer, ajuster leurs tarifs et faire payer leurs clients !
a écrit le 08/04/2020 à 9:44 :
Je n'ai jamais compris pourquoi nos sociétés autorisaient des organismes à vendre des services qu'elles ne produisent pas. Singulièrement c'est compliqué de produire de l'électricité il faut des forts investissements il se dit que notre programme nucléaire à couté 500 milliards et combien pour les barrages. En l'espèce l'électricité verte c'est une vue de l'esprit, pour mémoire 75% de notre électricité est d'origine nucléaire, et pour le reste 13% vient des barrages, 5% de l'éolien, le reste epsilon..
a écrit le 08/04/2020 à 7:51 :
FAUX !
Les alternatifs ne perdent pas d'argent !!!
Ils ne vendent pas au prix du marché mais au prix régulé à leurs clients.
Ils achètent à 42 et vendent à 53.
Simplement ils voudraient acheter au prix du marché (autour de 20) et
ne plus être obligés de s'approvisionner à l'ARENH.
Pour eux c'est juste un manque à "gagner plus" !
Et dire qu'il y a quelques mois ils exigeaient une augmentation du plafond
de l'ARENH pour en avoir plus !
Réponse de le 08/04/2020 à 13:44 :
En fin de compte ils veulent le beurre et l argent du beurre et la crémière c est à dit que lorsque cela n est pas cher avoir l électricité au prix du marché et lors qu’elle est chère au prix de l arène
En fin de compte tout pour ma gueule
a écrit le 08/04/2020 à 7:25 :
L'illustration parfaite de l'inutilité de ces opérateurs alternatifs sur ce marché particulier de l'électricité et tout cela au nom du dogme de la concurrece. ces opérateurs ne sont que des courtiers parasites qui engrangent les bénéfices quand leur prix d'achat est inférieur au prix du marché et hurlent à la mort quand c'est l'inverse. Pour paraphraser david Graeber avec ses "bulshit jobs" ce sont des "bulshit firms". C'est le moment de s'en apercevoir et de s'en débarrasser!
Réponse de le 08/04/2020 à 10:42 :
Bravo Gabuzo, tout à fait d'accord.
Réponse de le 15/05/2020 à 11:41 :
Tout à fait.
La loi Nome est une illégalité dans le sens où l'on fait subventionner une minorité d' intérêts privés en l'imposant à un collectif de consommateurs. Il y a beaucoup plus de foyers clients (35 millions en France) que de foyers imposables... devinez, pourquoi EDF doit se substituer aux devoirs de l'Etat pour collecter de faux impôts( loi Nome, CSPE, rachats forcés abondés..). Parce que l'Etat n'a pas le droit de se servir des contributions nationales pour subventionner des intérêts privés, alors on se sert d'EDF en écran. EDF sert de percepteur pour la CSPE et de banque puisque l'Etat a une ardoise de 5 milliards de déséquilibre de cette taxe.
Et qui, force t'on à assumer financièrement toutes cet environnement de parasites et de sangsues, tous ces fonctionnements illégaux..??.. les consommateurs....
ARENH.. c'est 1,6 milliards/an d'aides aux alternatifs sur le dos des consommateurs (sur facture)
CSPE.... 6 à 7 milliards/an d'aides pour les ERi sur le dos des consommateurs (sur facture)
CSPE + ARENH= 22,5 + 6,62 = 29,12 €/MWh de subventions sur les 175 euros / MWh TTC facturés..... soit 16,62 % de nos factures qui n'ont rien à voir avec le coût de revient de MWh historique régulé..
58 €/MWh facturés pour la production (dont 25%, les 100 TWh d'Arenh de reversé aux alternatifs)
55 €/MWh pour le transport/distribution/facturation
62 €/MWh taxe communales, régionales et nationales

On a voulu libéraliser le monde de l'énergie... sacrée mise en concurrence, aucune entreprise privée au monde ne se voit contrainte et entravée de la sorte.... C'est un peu comme pour le patinage artistique, EDF évolue en figure libre.....imposée, pour la survie de ses concurrents... (plus de 23 ans que le marché de l'énergie est ouvert).. on ne sait plus quoi inventer pour limer la performance d'EDF et assurer un semblant de viabilité d'un commerce libéral totalement dépassé et à la rue.
Les parasites sont à quémander aux portes de la CRE, ils se sont faits renvoyer dans leurs 22, le conseil d'Etat les a également jeté... Ils sont allés pleurer au tribunal de commerce de Paris... Ce que j'aimerai, c'est que Total et autres sangsues, soit obligées de payer des dommages et intérêts, parce qu'EDF à autres choses à faire que de la figuration dans le monde de l'énergie, et que ce sont encore les consommateurs qui régaleront à la fin du festin.
a écrit le 08/04/2020 à 3:53 :
Donc quand le prix est rentable le système leurs va mais quand c'est la crise il faut refaire payer une 3eme fois les français... Merci le public...

On paye le création de centrale, l'arenh et le démantellement des centrales. Et on doit payer encore et encore...

Oui, ça fait 4 fois... Il faut purement et simplement les laisser couler!
a écrit le 07/04/2020 à 20:56 :
La bonne question: pourquoi les économistes continuent ils de soutenir ces producteurs alternatifs qui n’ont pris aucun risque pour gagner de l’argent à tous les coups en profitant du travail des autres en l’occurrence edf? Des profiteurs alternatifs seraient plus justes
a écrit le 07/04/2020 à 20:35 :
C'est une demande honteuse de ces soit disant alternatifs...

malheureusement, notre pays étant un pays illibéral par excellence (et non pas ultra libéral comme beaucoup le crient), son capitalisme de connivence va se révéler une fois de plus quand le Conseil d'Etat va donner raison à ces alternatifs !

la nationalisation des pertes et la privatisation des profits... as usual !
a écrit le 07/04/2020 à 20:15 :
Ce systeme tiré de l'ideologie neo conservateur est scandaleux et se fait au détriment des contribuables comme les autoroutes!
Ils ne devraient pouvoir vendre que l'énergie qu'ils produisent!
Le conravirus va de toutes façons tout changer. Il n'est pas question que l'état aide ces sociétés avec l'argent des contribuables.
a écrit le 07/04/2020 à 19:27 :
Fournisseurs alternatifs ou parasites?
Investissez dans la production d'énergie et faites concurrence à EDF.
a écrit le 07/04/2020 à 18:09 :
Les fournisseurs alternatifs, on n'en a pas besoin. L'énergie, l'eau devraient être des monopoles d'Etat, pas des machines à faire du cash pour des actionnaires sur le dos de consommateurs captifs.
Ce cash à réserver aux infrastructures, à l'entretien des réseaux.
a écrit le 07/04/2020 à 17:48 :
Ils ne manquent pas d'air ces gens , ils vendent largement en dessous de leur prix de revient ( c'est pas interdit ?) et ils voudraient faire payer la note à EDF c'est à dire à nous autres. Ensuite j'aimerai bien savoir à qui ils revendent leur électricité excédentaire compte tenu de la baisse d'activité partout en Europe.
a écrit le 07/04/2020 à 17:37 :
Il faut supprimer ces fournisseurs alternatifs d'électricité ,ils ne servent à rien, à par en engraisser quelques uns :

Souvenir :

Est-ce le début d'une troisième vie pour Charles Beigbeder ? Ce «serial» entrepreneur, après avoir fait ses armes comme banquier d'affaires, s'était taillé un joli succès avec le lancement puis la vente de la société de courtage en ligne Selftrade. Dans la foulée, en 2003, il avait fondé Poweo dont il a annoncé la vente hier. Son holding familial Gravitation cède au groupe autrichien Verbund, déjà actionnaire à hauteur de 30 %, les 13,4 % du capital qu'il détient dans Poweo. Gravitation abandonne ses titres à 29 euros par action, soit une prime de 58 % et engrange ainsi près de 40 millions d'euros.
a écrit le 07/04/2020 à 16:25 :
Ces fournisseurs, c'est du "bidon" économique, qu'ils se soumettent à la loi du marché qu'ils encensent temps.
a écrit le 07/04/2020 à 16:24 :
Ces fournisseurs, c'est du "bidon" économique, qu'ils se soumettent à la loi du marché qu'ils encense temps.
a écrit le 07/04/2020 à 16:17 :
Le beurre et l'argent du beurre, décidément certains osent tout...
a écrit le 07/04/2020 à 15:52 :
La commission de régularisation devrait mettre les fournisseurs alternatifs devant le choix suivant :
- soit ils demandent le maintien de l'ARENH ... y compris en ces temps difficiles : ils ont un prix fixe et réglementé, pour le meilleur et aussi pour le pire !
- soit ils demandent la suppression de l'ARENH ... y compris quand les prix de gros auront augmenter sur le marché !!
Mais on ne peux pas, moralement, ne vouloir bénéficier que des avantages du prix réglementé, et pas des inconvénients !! D'ailleurs, les usgaers qui sont au tarif réglementés n'ont pas de baisse de prix quand le prix de l'énergie sur le marché est à la baisse, et les usagers qui ont choisi un contrat hors tarif réglementé ne bénéficient pas forcément (hors clause contractuelle) d'un plafond à la hausse !!!
bref : les fournisseurs réclament le beurre et l'argent du beurre : il est temps que le régulateur leur demande de choisir !
Réponse de le 07/04/2020 à 16:22 :
Très bon commentaire. Pas mieux.
Réponse de le 07/04/2020 à 17:12 :
exact, surtout qu il n a échappé à personne que EDF a augmenté ses tarifs à ses clients pour pouvoir fournir les opérateurs alternatif à 42 euro le KW.

l ouverture à la concurrence est une énorme foutaise....pour des économies relativement faibles.... du fait que la moitié du prix du kw est fait de taxes

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