Déchets nucléaires : pourquoi Orano remporte un contrat de plus de 1 milliard avec l’Allemagne

D'ici 2024, l'industriel tricolore va renvoyer dans leur pays d'origine des déchets nucléaires allemands actuellement entreposés sur son site de La Hague. Il s'agit du reliquat des quelque 5.300 tonnes de combustibles usés issus des centrales de quatre électriciens allemands. La majeure partie avait déjà été traitée et réexpédiée outre-Rhin entre 1996 et 2011.

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La loi française prévoit que les déchets nucléaires qui entrent en France, notamment pour y être traités à l'usine de La Hague, ne peuvent rester à terme sur le territoire national.
La loi française prévoit que les déchets nucléaires qui entrent en France, notamment pour y être traités à l'usine de La Hague, ne peuvent rester à terme sur le territoire national. (Crédits : Jean-Paul Pelissier)

Un peu plus d'un milliard d'euros. C'est la somme que va recevoir l'industriel français Orano, spécialisé dans le recyclage des déchets nucléaires, grâce à un méga contrat conclu officiellement, ce jeudi 19 août, avec l'Allemagne. Ce contrat porte sur le retour de l'intégralité des déchets nucléaires allemands encore entreposés au sein de l'usine Orano de La Hague (Manche). Cette annonce marque la formalisation d'un accord de principe dévoilé à la mi-juin par les gouvernements allemand et français.

Entre 1977 et 1991, des contrats de traitement de combustibles usés ont été signés entre Orano (à l'époque Cogema) et quatre électriciens allemands : PreussenElektra, RWE, ENBW et Vattenfall. Dans le cadre de ces contrats, les quatre électriciens ont envoyé depuis leurs centrales quelque 5.310 tonnes de combustibles nucléaires usés.

Sur le site de La Hague, ces combustibles ont été traités afin de séparer les matières valorisables, notamment le plutonium, des déchets ultimes. Ces déchets ultimes (environ 4% des combustibles usés) sont des déchets à haute activité radioactive à vie longue.

"Ce sont les produits de fission qui ne peuvent être réutilisés et qui sont vitrifiés à La Hague", précise un porte-parole d'Orano, contacté par La Tribune.

Plus de 3.000 conteneurs de déchets vitrifiés déjà renvoyés

La loi française prévoit que les déchets nucléaires qui entrent en France, notamment pour y être traités à l'usine de La Hague, ne peuvent rester à terme sur le territoire national. De 1996 à 2011, Orano a donc procédé au renvoi des déchets de haute activité radioactive. Les fameux déchets vitrifiés. Au cours de cette période, "plus de 3.000 conteneurs de déchets vitrifiés de haute activité à vie longue ont été renvoyés", précise le porte-parole d'Orano. Mais le reliquat, dont la quantité précise n'est aujourd'hui pas communiquée, demeure, dix années plus tard, encore stocké à l'usine de La Hague.

Or, un accord intergouvernemental, signé en 2008 entre la France et l'Allemagne, prévoit que ce solde soit renvoyé en Allemagne au plus tard en 2024. La solution technique initialement envisagée aurait conduit à la décennie 2040. Une autre solution a donc été trouvée: au lieu de renvoyer en Allemagne des déchets de moyenne activité radioactive, comme c'était initialement prévu, la France va finalement y renvoyer des déchets de haute activité. Ces déchets étant plus radioactifs, il faut moins de volumes pour renvoyer en Allemagne le même niveau de radioactivité.

La totalité renvoyée d'ici 2024

"Cette solution permet de tenir la date de 2024 et de faire ce retour en Allemagne en un seul trajet", souligne-t-on chez Orano, tandis qu'avec la méthode envisagée initialement 17 convois auraient été nécessaires.

Le convoi unique aura pour destination la petite ville de Philippsburg dans le Bade-Wurtemberg. Des emballages métalliques de très faible activité radioactive doivent également être renvoyés à la même échéance.

Selon une pratique habituelle, ce ne sont donc pas les mêmes déchets que ceux qui étaient entrés en France qui seront renvoyés outre-Rhin, mais "l'équivalent en masse et en radioactivité".

"Plus de 97% du total de la radioactivité a d'ores et déjà été renvoyé", assure Orano dans un communiqué de presse.

Ces convois nucléaires sont politiquement très sensibles et font régulièrement l'objet de manifestations ou tentatives de blocus par des militants écologistes. Dans un récent article, le site Reporterre rapporte, qu'en France, des convois de déchets radioactifs transitent régulièrement au cœur des métropoles françaises, réalisant même des arrêts dans des gares de voyageurs.

L'usine de La Hague menacée de saturation

L'Allemagne, qui a décidé en 2011 d'accélérer sa sortie du nucléaire après la catastrophe de Fukushima, a longtemps été le premier client étranger de l'usine de La Hague. Par le passé, Orano a également signé des contrats similaires avec des électriciens belges, suisses ou encore italiens.

Au printemps dernier, près de 9.710 tonnes de combustibles refroidissaient dans les quatre piscines de La Hague. Ces piscines sont menacées de saturation à l'horizon 2030, avec une capacité maximale estimée à 14.000 tonnes environ. Pour y remédier, Orano espère être autorisé à entreposer plus de combustibles irradiés dans trois de ses piscines. Cette densification conduirait à augmenter la quantité de radioactivité présente sur le site et doit recevoir, au préalable, l'autorisation de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

(avec AFP)

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Commentaires 2
à écrit le 19/08/2021 à 22:24
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Orano c'est le nouveau nom d'Areva. Mais les dettes demeurent. Ce n'est pas grave, c'est nous qui payons.

à écrit le 19/08/2021 à 17:01
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Vattenfall, leur filiale allemande ? C'est suédois (appartenant à l'Etat), je crois comme entreprise (chute d'eau, cascade, si on traduit le nom), mais ils n'ont pas une présence en France aussi ? Peut-être pour reprendre des barrages (logique vu leu...

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