Réchauffement climatique : les villes inventent les solutions

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Y compris dans des villes comme Paris, qui profitent d'une situation géographique favorable et d'une organisation sociale et politique permettant mieux qu'ailleurs d'absorber les chocs, les prévisions de crues, vagues de chaleur et stress hydrique accrus préoccupent.
Y compris dans des villes comme Paris, qui profitent d'une situation géographique favorable et d'une organisation sociale et politique permettant mieux qu'ailleurs d'absorber les chocs, les prévisions de crues, vagues de chaleur et stress hydrique accrus préoccupent. (Crédits : Reuters Philippe Wojazer)
[ CITIES FOR LIFE ] Menace globale, le réchauffement climatique est de plus en plus pris au sérieux par les villes, qui constatent leur vulnérabilité mais aussi leur responsabilité. Un atelier était consacré à ce sujet lors du sommet Cities for Life, organisé à l'Hotel de Ville les 21 et 22 novembre par la mairie de Paris avec la La Tribune.

Vulnérabilité et responsabilité vont de pair. A l'origine de 70% des émissions de gaz à effet de serre qui réchauffent la planète, et en croissance rapide, les villes prennent de plus en plus conscience qu'elles seront parmi les premières victimes du changement climatique. Qu'il s'agisse des inondations et de la montée des eaux, ou bien de la sécheresse, des stress hydriques, etc., les conséquences de l'augmentation des températures sont ressenties de manière plus grave là où la population est la plus dense et, de ce fait, figurent parmi les défis les plus urgents de nombre d'autorités locales. En outre, à l'ère de l'information ubiquitaire, les citoyens tolèrent de moins en moins les négligences de la part desdites autorités : aux Etats-Unis, on assiste même à la mise sur pied d'actions juridiques collectives (class actions) contre les municipalités coupables de ne pas avoir prévenu des risques pourtant évidents.

Ainsi, y compris dans des villes comme Paris, qui profitent d'une situation géographique favorable et d'une organisation sociale et politique permettant mieux qu'ailleurs d'absorber les chocs, les prévisions de crues, vagues de chaleur et stress hydrique accrus préoccupent.

Au point d'avoir poussé la maire de la ville, Anne Hidalgo, à inviter en 2015, à la veille de la COP21, ses homologues du monde entier au Sommet des élus locaux pour le climat, et à consacrer en 2016 une session spéciale au sujet lors de l'événement Cities for Life organisé avec La Tribune. Mais si ces rencontres servent sans doute à rappeler aux moins initiés l'étendue des défis que le changement climatique impose aux villes, elles visent aussi à explorer comment le danger peut être tourné en opportunité.

Les villes, zones d'engagement

Même si leur rôle n'est pas encore vraiment reconnu dans les négociations climatiques, les villes réalisent en effet qu'elles sont des zones particulièrement efficaces pour organiser la lutte contre le réchauffement, tant en termes d'atténuation que d'adaptation. Marrakech, qui a hébergé en novembre la COP22 ainsi qu'une deuxième édition du Sommet des maires (consacrée au "Financement de la mutation durable des territoires"), a commencé à investir notamment dans l'énergie solaire, pour éclairer ses jardins publics comme pour alimenter une flotte de bus, vélos et scooters électriques promus par la ville, témoignait son maire, Mohamed Larbi Belcaid, à Cities for Life.

Pour sa part, Paris s'est dotée d'une stratégie de crise adressant spécifiquement les risques découlant du changement climatique, rappelle Célia Blauel, adjointe à la Maire de Paris chargée de toutes les questions relatives à l'environnement. Dès 2011, la ville, en partenariat avec l'Ademe, a créé une Agence parisienne pour le climat, qui a pour mission d'assurer le lien entre ses 90 adhérents, ainsi que de mener une oeuvre de pédagogie vis-à-vis des citoyens et des acteurs économiques.

Des émissions dues à une pluralité d'acteurs

Le premier changement d'approche imposé par le défi du réchauffement dans les villes semble en effet consister en un meilleur dialogue entre les divers acteurs: à Paris, 85% des émissions de GES sont engendrées par des décisions d'autres instances, souligne Célia Blauel. "La protection des infrastructures impose une meilleure imbrication des plans de crises de tous les opérateurs", observe pour sa part Eric Salomon, directeur d'Enedis (ex-ERDF) à Paris, qui insiste néanmoins aussi sur une bonne nouvelle: leur digitalisation accrue, tout en les rendant plus vulnérables aux catastrophes, facilite cette meilleure communication.

Alors que les populismes insistant sur les divisions sont de plus en plus plébiscités en Europe comme outre-Atlantique, cette nécessité de dialogue peut même se transformer en outil politique: "Remettre l'homme au centre des politiques des villes, comme l'impose le changement climatique, permet de rassembler", estime Laurent Auguste, directeur de l'innovation et des marchés chez Veolia.

La capacité de transformation, enjeu de compétitivité

L'autre transformation exigée par ce défi donne tout son sens au terme "résilience": "C'est celle qui consiste à tourner le défi en opportunité économique", analyse l'architecte Gaetan Siew. Si "les villes anglo-saxonnes en sont les pionnières", les pays émergents, bien que globalement coincés dans une approche de survie, voient aussi émerger des innovations de la contrainte : en matière de déchets, le marché d'objets recyclés d'Addis-Abeba en Ethiopie est un exemple, estime-t-il, alors que l'essor du numérique ouvre parfois un marché inattendu à ces inventions spontanées. A long terme, la capacité de saisir cette opportunité est destinée à se transformer en enjeu de compétitivité: "La sobriété des villes devient un facteur d'attractivité", souligne Eric Salomon.

>> Lire aussi : Dossier complet sur le Forum Smart City du Grand Paris

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Commentaires
a écrit le 01/12/2016 à 10:54 :
Si les villes sont responsables de 70% des émissions de gaz à effet de serre, c'est d'abord parce que 70% des personnes sur Terre habitent en ville. C'est bien de developper les flottes de V.Lib, de revoir l'éclairage, de développer les transports en commun, mais l'essentiel des émissions de gaz à effet de serre sont attachées au mode de vie des individus (grands logements à chauffer ou climatiser, grosses bagnoles, beaucoup de voyages en avion et grosse consommation de viande). C'est changer ça qui est la vraie priorité si on veut limiter le rechauffement climatique. Se déplacer en ville en velo, c'est tres bien, mais pour le climat le plus important c'est de reduire drastiquement les voyages en avion, et ça les maires des villes ne s'en occupe pas!
a écrit le 23/11/2016 à 14:20 :
Normal, le changement climatique est avant tout un sujet pour Bobos urbains. À la campagne, comme le changement est constant, on s'adapte...

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