EDF peaufine sa stratégie de transition énergétique avec la mobilité électrique

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Avec ce nouveau plan, il s'agit pour EDF de devenir ni plus ni moins que le leader de la mobilité électrique en Europe, en proposant une offre intégrée de recharge intelligente sur les quatre marchés visés.
Avec ce nouveau plan, il s'agit pour EDF de devenir ni plus ni moins que le leader de la mobilité électrique en Europe, en proposant une offre intégrée de recharge intelligente sur les quatre marchés visés. (Crédits : Regis Duvignau)
Déjà présent sur le marché des bornes de recharge, l’électricien accélère et crée "EDF mobilité électrique", avec l’objectif de devenir leader sur ses quatre principaux marchés européens d’ici à 2022.

Et de trois. Après son plan solaire de 30 GW annoncé en décembre 2017 à la veille du One Planet Summit, puis son plan stockage de 10 GW à 8 millions d'euros présenté en mars, EDF annonce un nouveau plan affichant son dynamisme en matière de transition énergétique. Cette fois, il s'agit de se montrer offensif sur la mobilité électrique. Cette révolution annoncée depuis une bonne dizaine d'années a connu quelques retards à l'allumage, mais les nombreuses initiatives présentées notamment par les constructeurs automobiles sur le Mondial qui se déroule ces jours-ci à Paris montrent que les temps ont changé.

Changement de braquet

Présent sur le marché via sa filiale Sodetrel, fondée en 1998, EDF gère déjà un réseau de 5.000 bornes dont 200 de recharge rapide implantées sur les autoroutes de l'Hexagone. Mais le plan "Mobilité électrique" annoncé le 10 octobre annonce un réel « changement de braquet », pour reprendre les mots du PDG Jean-Bernard Lévy en marge de la deuxième édition des Electric Days, organisés à La Villette à Paris. Il s'agit de devenir ni plus ni moins que le leader de la mobilité électrique en Europe en proposant une offre intégrée de recharge intelligente sur les quatre marchés visés.

Yannick Duport, jusqu'alors directeur commerce Île-de-France, prend la direction d'une nouvelle unité baptisée "EDF Mobilité électrique". Rattachée au directeur du commerce et des services Henri Lafontaine, elle emploiera dès sa création quelque 500 salariés, dont ceux de la filiale Sodétrel.

La contribution élevée des transports aux émissions de gaz à effet de serre, dont les émissions sont reparties à la hausse en 2017, une électricité décarbonée à 87%, et surtout une attente des citoyens coïncidant avec des décisions politiques européennes et nationales (plafonds d'émissions des véhicules neufs, interdiction des véhicules les plus polluants dans certains centres-villes et élimination progressive des moteurs thermiques dans plusieurs pays, dont, pour la France, à l'horizon 2040)... tout concourt à prendre le train de la voiture électrique.

75.000 bornes pour 600.000 véhicules électriques en 2035

EDF affiche ses ambitions sur ses quatre marchés phares en Europe : France, Belgique, Royaume-Uni et Italie. Il espère alimenter en électricité quelque 600.000 véhicules en 2022, ce qui d'après ses calculs correspondra alors à une part de marché de 30% ; gérer un réseau de 75.000 bornes de recharge (contre 5.000 aujourd'hui), dont 4.000 bornes intelligentes (comprendre, bi-directionnelles) dès 2020. Le pass Sodetrel, qui donne aujourd'hui accès à 60.000 bornes sur le territoire européen, serait alors élargi à 250.000 points de charge.

Pour ce faire, il a noué des partenariats avec de grands groupes (Toyota depuis 2007, Renault, Nissan ou encore Valeo), mais également avec des startups. Par exemple, avec l'allemande Ubricity qui fabrique des lampadaires publics de bornes de recharge, ou la californienne Nuvve, dans laquelle EDF Renewables North America détient une participation minoritaire et avec laquelle est prévue, à court terme, la création d'une co-entreprise afin de déployer ses solutions sur le territoire français.

Cette jeune pousse de San Diego est spécialisée dans le smart charging et la technologie du "vehicle to grid" qui permet d'agréer sur les marchés de l'énergie des flexibilités nées de l'exploitation d'un large parc de véhicules - et donc de batteries électriques -, capables aussi bien de se charger que de se décharger à la demande. Déjà déployée au Danemark, la solution permet ainsi aux propriétaires de véhicules électriques de gagner jusqu'à 1.400 euros par an.

Des prévisions optimistes mais peu détaillées

Les objectifs d'EDF sont notamment fondés sur des prévisions de 17 millions de véhicules électriques (ou plus vraisemblablement, électrifiés, comprenant également des véhicules hybrides) dans ses quatre marchés phares à l'horizon 2035, 9 millions en 2030. À un horizon aussi lointain, Jean-Bernard Lévy se garde bien de s'avancer sur une répartition de ces volumes par marché, ni même sur la trajectoire de la montée en puissance. Il faut dire que le groupe a déjà révisé ses prévisions en la matière. Le temps semble loin où l'électricien jugeait les prévisions de RTE, qui tablaient sur 5 millions de véhicules rechargeables en France en 2030, trop optimistes.

Concernant la consommation supplémentaire liée au déploiement des véhicules électriques, EDF ne donne aucun chiffre, mais son patron ne se prive pas de répéter que l'examen d'un scénario envisageant une légère augmentation de la consommation serait plus prudent que le seul examen de ceux élaborés par RTE et étudiés dans le cadre de l'élaboration de la Programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE), qui prévoient tous une baisse de consommation grâce aux progrès en matière d'efficacité énergétique.

Par ailleurs, en l'absence de mesures de smart charging permettant de lisser les recharges de véhicules électriques afin d'éviter les pointes, entre 1 et 2 gigawatts de puissance supplémentaires, soit un à deux réacteurs nucléaires, pourraient être nécessaires.

Confiance affichée quelques jours de la PPE

Ce dernier gage en faveur de la transition énergétique a-t-il pesé dans la balance ? En tout état de cause, à quelques jours de la publication de la prochaine PPE, annoncée pour la fin du mois d'octobre, Jean-Bernard Lévy dit avoir « parfaitement l'impression d'être écouté » dans le gouvernement.

Comme déjà exposé dans son cahier d'acteurs, sa contribution aux travaux de préparation de cette PPE, le PDG de l'électricien rappelle qu'il souhaite poursuivre l'exploitation des 56 réacteurs du parc nucléaire français (à l'exception des deux de Fessenheim promis à la fermeture) jusqu'à au moins 50 ans, et même 60 ans pour certains. Les derniers d'entre eux ayant été mis en service en 2000, les fermetures interviendraient à un rythme régulier entre 2030 et 2060. Cette trajectoire diverge assez nettement de celle qui permettrait d'atteindre 50% de nucléaire dans le mix électrique en 2035, sans parler de 2030. S'il rappelle qu'il ne peut s'opposer au régalien, le PDG évoque l'indemnisation à laquelle il pourrait prétendre dans le cas d'un scénario différent, sans les chiffrer toutefois, précisant qu'elles seraient le fruit de calculs complexes.

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a écrit le 12/10/2018 à 13:54 :
10 GW à 8 millions d'euros ? Pouvez vous revérifier vos chiffres s'il vous plait ?
a écrit le 12/10/2018 à 11:39 :
Je lis: " son plan stockage de 10 GW à 8 millions d'euros ". Une puissance électrique, exprimée en watt, ne se stock pas. Ce qui est stockable ce sont des quantités d'énergie, exprimées en watt heure, Wh, kWh, MWh, GWh
a écrit le 11/10/2018 à 15:39 :
L'idéal serait de refaire le coup du chauffage électrique. En maillant tout le territoire gratuitement, il sera ensuite facile de justifier la construction de 2 EPR à Fessenheim.
a écrit le 11/10/2018 à 12:46 :
Plusieurs évidences.
En premier lieu le retard Français,… par rapport à l’avance théorique initiale. Ce qui prouve qu’il y a parfois, ou souvent, des incohérences stratégiques, ou un confort d’usage peu enclin à engendrer l’évolution.
La concurrence sera féroce sur ce marché naissant. Puisque beaucoup plus d’operateurs seront présents : entre les constructeurs et équipementiers automobiles, les aménageurs exploitants d’espaces et de réseaux (entre espaces publicitaires, des réseaux téléphoniques 5 G ou fibre, d’eau, tram, ferrés…), les producteurs/fournisseurs d’énergie, les gestionnaires de voies de circulation, les collectivités et les clients eux-mêmes pourraient fédérer des réseaux à leur échelle de consommation, production ou d’axes de déplacements, etc…, puisque beaucoup reste à inventer.
Le nucléaire va commencer à coûter cher et il faut lui trouver d’autres débouchés à forte valeur ajoutée, ou en limiter les frais.
Plusieurs incertitudes
La viabilité économique et la vitesse des changements, les progrès technologiques et notamment ceux des réseaux de tous ordres.
Question de maillage et de complémentarité. Les infrastructures deviennent de plus en plus interdépendantes et tributaires des flux, donc doivent devenir modulaires, donc décentralisées. Avec parallèlement, de grands axes ou backbone et de plus en plus de liaisons non filaires.
Puisqu’il est aussi question de durée de vie des centrales et de transition, l’Allemagne aurait choisi de prendre en charge la gestion des déchets des énergéticiens pour ne pas qu’ils soient eux mêmes victimes des transitions énergétiques. Rien ne garantit que l’Etat Français puisse faire de même en l’état des finances. La tentation pourrait être celle du rapport de force économique avec l’Etat, mais ce ne serait pas très productif, d’autant que les erreurs de l’Etat trouvent toujours une justification, alors que celles d’un opérateur ?
Quelque par c’est aussi une question d’idéologie, entre Girondisme complémenté par le Jacobinisme et le pouvoir européen, ou à la prise en compte de la seule souveraineté nationale? Débat un peu dépassé par les évolutions économiques, technologiques et maintenant environnementale, qui elles se traitent au niveau mondial. La répartition actuelle sera donc obligatoirement chamboulée par les progrès, sauf à choisir à réduire les choix à ceux de la nation ce qui réduirait le périmètre économique à celui de quelques longueurs de câbles de réseaux, plus simple à gérer, mais déclinant.
De fil en aiguille et dépassement de bornes.
Si l’on se réfère à ce qui s’est passé dans les technologies numériques, théoriquement les flux devraient augmenter et se complexifier, mais sans obligatoirement être économiquement viables. La rentabilité pourrait se situer ailleurs? sauf que dans le cas de l’électricité, en dehors de la stabilité et la garantie d’approvisionnement faisant théoriquement partie du service, il n’y a pas de valeur ajoutée de contenu. D’autant que pour les véhicules électriques la prestation devient est simple à réaliser que pour une station service classique. Stations qui ont tendance à disparaitre (47000 en 1975 et 11000 en 2017) de par la concurrence avec GMS et le manque de marges (pour exemple de la logistique des carburants actuels : http://www.ufip.fr/uploads/img/septembre%202017_UFIP%20l'approvisionnement%20de%20la%20France%20en%20carburants(2).pdf). Contexte où les GMS sont elle mêmes en concurrence avec la vente en ligne et cherchent d’autres relais de croissance, y compris la production photovoltaïque et la mise à disposition de bornes de recharge et rien ne dit qu’à terme ils ne vont pas eux même s’occuper de la logistique jusqu’au client final, d’où des flottes de véhicules, etc…

Bref, tout est possible et qui pourrait s’engager et engager des stratégies d’envergure sur les 10 prochaines années ? alors à échéance des 20 ou 30 prochaines années, n’y pensons pas, ce serait soit un divin devin, soit un inconscient.
L’avantage est que nous ne somme pas en situation de crise et que la seule contrainte à laquelle il faut s’adapter est celle du changement de modèle de croissance. Tout est donc possible, à condition d’engager le changement le plus rapidement possible, un engagement raisonnable.
a écrit le 11/10/2018 à 10:03 :
Et combien cela va-t-il nous couter à la fin ? Et l'électricité où va-t-on la trouver après la fermeture des centrales nucléaires ?
a écrit le 11/10/2018 à 9:34 :
Sur la PPE Levy à du être parfaitement entendu par le gouvernement, comme me le disait le responsable de analysebourses.com, il suffit de regarder le titre, + 40% en 6 mois cela confirme que ceux qui étaient derrière la porte, ont aussi entendu !
Réponse de le 11/10/2018 à 10:19 :
Bof : les rumeurs qu’on lit ici et là dans la presse, et qui annoncent des nouvelles « totalement en faveur d’EDF » (genre la fermeture de « seulement » 8 réacteurs dans les 10 prochaines années) sont en réalité tellement catastrophiques qu’elles sont irréalisables.

C’est juste que les commentateurs regardent la situation d’EDF (et, derrière, du mix électrique français) avec tellement d’ignorance des contraintes du système et au travers d’un prisme idéologique tellement déformant que ça n’a plus aucun sens.

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