EDF se convertit à la transition énergétique

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EDF investira 8 milliards dans le stockage d'électricité d'ici à 2035
EDF investira 8 milliards dans le stockage d'électricité d'ici à 2035 (Crédits : Philippe Wojazer)
Après son plan solaire de 30 GW, EDF annonce un plan stockage visant 10 GW supplémentaires d'ici à 2035. Autant de gages en faveur de la transition énergétique, alors que s'ouvrent les discussions concernant la programmation annuelle de l'énergie qui doit notamment décider de l'évolution du parc nucléaire dans la prochaine décennie.

Après son plan solaire de 30 gigawatts à l'horizon 2035, annoncé en décembre dernier, EDF mise désormais aussi sur un autre pilier de la transition énergétique : le stockage d'électricité. Un sujet sur lequel, pour reprendre les termes employés par son président Jean-Bernard Lévy ce 27 mars, l'opérateur historique a décidé de « changer de braquet. »

L'objectif annoncé est de développer 10 GW de capacités supplémentaires d'ici à 2035, pour un investissement de 10 milliards d'euros. Ce plan permettra au groupe, qui possède déjà quelque 5 GW sous la forme de stations de transfert d'énergie par pompage (STEP) installées sur quatre continents, d'opérer un parc d'une capacité totale de 15 GW. De quoi atteindre l'objectif affiché : devenir le leader européen du secteur, avec une part de marché de 15% en France et 10% sur ses autres marchés stratégiques (Belgique, Angleterre et Italie).

Coûts des batteries divisés par 5 en 10 ans

Le discours a évolué ces derniers temps. EDF affirmait encore récemment que les coûts du stockage resteraient durablement trop élevés pour autoriser un déploiement des énergies renouvelables économiquement compétitif. La flexibilité du parc nucléaire (capable de faire varier sa puissance de 80% en 30 minutes) en faisait au contraire le meilleur allié du solaire et de l'éolien.

Ce 27 mars, Jean-Bernard Lévy a rappelé que les coûts des batteries ont été divisés par 5 en 10 ans, une évolution qui lui permet d'afficher de nouvelles ambitions dans des dispositifs qui permettent de lisser l'intermittence des énergies renouvelables, de garantir l'équilibre des réseaux, de favoriser l'autoconsommation...

Les 10 GW annoncés se répartiront essentiellement entre les services au réseau (performance et équilibre, intégration d'énergies intermittentes), sous la forme de 6 GW de batteries électrochimiques de grande taille et de STEP, et pour 4 GW de solutions aux clients, entreprises ou particuliers, adeptes de l'autoconsommation. EDF a déjà installé pour 100 MW de batteries géantes, notamment aux États-Unis ou, plus récemment, à West Burton en Angleterre. En France, où les 430 concessions hydrauliques détenues par EDF devraient à plus ou moins brève échéance être remises en concurrence, l'opérateur espère précisément convaincre Bruxelles de lui accorder un délai supplémentaire selon le principe - actuellement en discussion - dit « prolongation contre travaux ».

Innovation tous azimuts, de l'hydrogène au « vehicle to grid »

Ce plan stockage, piloté par Alexandre Perra, comprend un important volet « innovation ». Les efforts de recherche dédiés à ce sujet seront donc doublés pour atteindre un budget de 70 millions d'euros de 2018 à 2020. En parallèle, un tiers du budget d'investissement du fonds EDF nouveaux business seront réservés à des startups spécialisées dans le pilotage et la flexibilité.

Certaines entités telles que Store & Forecast (spécialisée dans la prédictibilité de la production renouvelable) ou le spécialiste de l'agrégation Agregio sont déjà positionnées sur ces thématiques.

Le groupe mène également une réflexion sur l'hydrogène qui, rappelle Alexandre Perra, « présente l'avantage de pouvoir être décarboné lorsqu'il est fabriqué par électrolyse à partir d'électricité verte ». Mais uniquement pour décarboner des secteurs qui en ont réellement besoin, tels que le transport ou l'industrie. C'est dans cette perspective qu'EDF mène des projets dits « V to G » (vehicle to grid) en partenariat notamment avec Toyota ou Renault, visant à utiliser la deuxième vie des batteries pour du stockage stationnaire.

Pas question en revanche de devenir équipementier lui-même, une diversification très capitalistique incompatible avec « le bilan un peu tendu de l'entreprise » et qui n'entre de toutes façons pas dans la stratégie CAP 2030 d'opérateur intégré verticalement, arrêtée de concert avec l'exécutif.

Échange de bons procédés ?

Plan solaire et plan stockage sont annoncés alors que les discussions concernant la prochaine programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE) portant sur la période 2019-2023 puis 2023-2028 viennent de s'ouvrir. Au même titre que les autres acteurs, EDF doit y verser sa contribution courant avril. Une première mouture doit être rédigée d'ici à l'été puis soumise à consultation avant de se traduire par un décret en fin d'année.

Et il ne fait mystère pour personne qu'EDF espère repousser le plus loin possible le passage de 75 à 50% de la part du nucléaire dans la production électrique, non seulement en obtenant l'autorisation de prolonger la durée de vie des réacteurs atteignant les 40 ans mais aussi des garanties concernant la construction de nouveaux EPR. C'est à point nommé que la Société française du nucléaire (Sfen) a publié il y a quelques jours une étude promettant de construire ces EPR-NM (pour nouveau modèle) pour des coûts de 30% inférieurs à ceux des têtes de série en chantier à Flamanville ou Olkiluoto, dont la facture sera au minimum de 10,5 milliards chacun.

À condition de décider la construction de trois à quatre EPR (de six à huit réacteurs) d'ici à 2020 pour éviter toute rupture de charge dans l'approvisionnement électrique après 2030, et de partager le risque entre l'opérateur et l'État, via un tarif de rachat garanti sur le modèle du "contract for difference" obtenu auprès du gouvernement britannique pour Hinkley Point. Tout cela mérite bien quelques engagements en matière de transition énergétique...

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a écrit le 28/03/2018 à 14:18 :
Certes il faut avoir une stratégie, mais l'essentiel n'est déjà plus dans les engagements sur le long terme et les paris des uns et des autres, car le secteur énergétique et ses technologies avancent à une telle vitesse que tout "plan sur la comète" parait difficile à respecter en termes de trajectoire. L'effet concurrence devrait amplifier le mouvement, ce qui veut dire que les engagements de ce jour ne seront peut être plus envisageables d'ici une décennie et probablement avant.
Voir ce qui se passe en Allemagne qui a évolué extrêmement vite, parfois trop vite, mais cela leur a permis aussi de développer leurs capacités d’adaptation. Capacités qu’EDF EN a également su faire progresser en gagnant des contrats, essentiellement à l’étranger.

Quoi qu'il en soit, le domaine est intéressant à observer car cela ressemble beaucoup à la révolution qu'a vécu le secteur informatique il y a quelques décennies : en passant de solutions centralisées avec des terminaux passifs au développement des micro-ordinateurs, au client serveur et aux réseaux interconnectés.
Certains groupes y ont beaucoup réfléchi, d’autres, à peine sortis du garage qui leur servait d'atelier ont foncé sans trop se poser de questions. On ne peut dresser le bilan que plusieurs années après et encore, la situation reste mouvante.
C’est peut être cela le vrai défi, s’adapter et évoluer en permanence (je ne dis pas que c’est facile), ce qui discrédite en partie les « grands plans ou autres « grands travaux » qui pour certains ont mal tourné.

A noter aussi un article dans l’Usine Nouvelle au sujet du stockage (https://www.usinenouvelle.com/article/pourquoi-le-plan-stockage-electrique-d-edf-est-decevant.N672459)
Réponse de le 28/03/2018 à 14:36 :
On peut très bien avoir une stratégie claire à moyen-long terme et l’adapter à court-moyen terme en fonction des évolutions technologiques, des capacités financières, des contraintes de sécurité, etc...
a écrit le 28/03/2018 à 13:21 :
En matière d'énergie, il faut revoir notre raisonnement. Il faut appliquer la note n°6 du CAE. Qui le comprendra? Qu'est ce qui empêche d'appliquer cette note?
a écrit le 28/03/2018 à 13:16 :
Investir dans les EnR tout en construisant 8 reacteurs EPR et en gardantles centrales le plus longtemps possible, tout ca dans un marché électrique atone, sans augmentation de la consommation et avec un tarif de marché toujours bas.
Je suis le seul à ne plus rien y comprendre ?
a écrit le 28/03/2018 à 9:49 :
Le stockage de l'électricité n'est pas un gage à la transition énergétique c'est un préalable qui nécessite des couteuses recherches fondamentales.

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