Electricité : la production au charbon n’a pas attendu la guerre en Ukraine pour s’envoler

La production mondiale des centrales électriques à charbon a connu, en 2021, une hausse annuelle inédite de 9%. Du jamais vu depuis "au moins 1985", selon un rapport publié par le groupe de réflexion Ember. Corollaire de cette production record : les émissions de CO2 du secteur ont explosé. En cause ? La hausse spectaculaire de la demande d'électricité liée à la relance post-Covid et la flambée du prix du gaz.
(Crédits : Jason Lee)

Le charbon pourrait brûler plus que jamais dans le monde en 2022, de nombreux pays se tournant vers la roche noire pour assurer la sécurité de leur approvisionnement électrique l'hiver prochain, tout en se défaisant du gaz russe. A cette mauvaise nouvelle, s'en ajoute une autre : la production électrique mondiale à partir du charbon a déjà enregistré une croissance record au cours de l'année 2021, avant donc que le conflit n'éclate. C'est ce que montre le nouveau rapport du groupe de réflexion britannique Ember, publié ce mercredi 30 mars.

Du jamais vu depuis "au moins 1985"

Selon l'étude, qui compile les données de 75 pays représentant 93% de la demande mondiale, la production des centrales électriques à charbon a connu une croissance annuelle inédite en 2021, avec un rebond de 9%. Du jamais vu depuis "au moins 1985", soulignent les auteurs du rapport. La production a ainsi atteint un niveau historique de 10.042 TWh. Le charbon a généré 36,5% de la production d'électricité mondiale, contre 35,3% en 2020.

La Chine et l'Inde sont les deux plus gros producteurs d'électricité à partir du charbon et, les deux pays ont enregistré des records en 2021. En Chine, cette production a augmenté de 466 TWh (9,5%), soit l'équivalent de la production électrique au charbon du Japon et de l'Allemagne réunies. En Inde, la production électrique au charbon s'est, pour sa part, envolée de 11% tandis que le développement de ses énergies renouvelables a tourné au ralenti.

Les émissions de CO2 du secteur explosent

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), la production électrique à partir du charbon doit baisser de 73% au niveau mondial, entre 2021 et 2030, pour s'inscrire dans un scénario qui limiterait le réchauffement climatique à 1,5°C par rapport à l'ère préindustrielle.

"Ce nouveau record montre à quel point l'ampleur du retard de la transition énergétique est considérable", pointe le rapport.

Conséquence inéluctable de cette hausse : les émissions mondiales de CO2 liées à la production électrique ont explosé en 2021. Elles ont atteint 12 milliards de tonnes de CO2, dépassant de 3% le niveau record observé en 2018. Cela représente un rebond de 7% par rapport à 2020.

"C'est la plus forte augmentation en pourcentage depuis 2010", pointe l'étude.

Flambée des prix du gaz

Comment expliquer cette hausse inédite ?

"L'électricité produite à partir du charbon a augmenté en 2021 tout simplement parce que l'électricité propre n'a pas été déployée suffisamment rapidement pour suivre le boom de la demande électrique post-Covid", répondent les auteurs du rapport.

Autrement dit, l'économie mondiale s'est jetée sur la roche noire pour alimenter sa reprise. En 2021, la demande d'électricité a en effet augmenté de 1.414 TWh. C'est la plus forte augmentation annuelle jamais enregistrée, selon l'étude. C'est comme si la demande électrique d'une seconde Inde venait s'ajouter à la demande électrique mondiale, illustre le groupe de réflexion.

La hausse du recours au charbon a également été exacerbée par la hausse du prix du gaz. Notamment en fin d'année, en Europe, et en février aux Etats-Unis, lorsqu'une vague de froid polaire est venue frigorifier le Texas. Dans un précédent rapport, l'AIE relevait déjà que les coûts d'exploitation des centrales au charbon existantes aux Etats-Unis et en Europe avaient été considérablement inférieurs à ceux des centrales au gaz pendant la majeure partie de l'année 2021.

Un cap symbolique pour le solaire et l'éolien

Le think tank anticipe que la crise du gaz, qui a pris davantage d'ampleur avec l'invasion de l'Ukraine par la Russie le 24 février dernier, devrait remettre en cause les ambitions de sortie du charbon des pays membres de l'Union européenne. En France, par exemple, la centrale de Saint-Avold, en Moselle, pourrait redémarrer ponctuellement pour assurer la sécurité du système électrique l'hiver prochain, mettant ainsi à mal la promesse d'Emmanuel Macron de fermer toutes les centrales à charbon d'ici la fin de son mandat. L'Allemagne, elle aussi, examine la possibilité de raccorder à son réseau des centrales à charbon récemment fermées ou de prolonger la durée de vie de certaines. Mêmes considérations en Italie et en Bulgarie.

Dans ce contexte, Ember identifie un changement de paradigme majeur dans lequel les énergies renouvelables ne remplacent plus les centrales à charbon, mais les centrales à gaz. "Cette nouvelle caractéristique du marché aura sans aucun doute un impact sur 2022 et au-delà", préviennent les auteurs.

Malgré ces perspectives inquiétantes pour le climat, la tonalité du rapport d'Ember n'est pas totalement noire. L'étude relève, en effet, que les infrastructures solaires et éoliennes ont produit conjointement plus de 10% de l'électricité mondiale en 2021. Une première. Au total, 38% de l'électricité mondiale était issue, en 2021, de sources décarbonées, nucléaire et hydroélectricité inclus.

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Commentaires 2
à écrit le 30/03/2022 à 18:17
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ne lachons surtout pas les centrales nucleaires là au moins nous ne sommes pas tributaire des elements vent ou soleil allez donc expliquer cela a barbara elle est obtue cette nana !! et plu cela và et plus on utilise d'electricite ne faites pa...

à écrit le 30/03/2022 à 18:00
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F Asselineau, l' invisibilisé médiatique de la campagne présidentielle, et pour cause, dissertant du charbon russe ! LA RUSSIE VEUT ÉTENDRE LA DÉDOLLARISATION Comme pronostiqué dans ma dernière vidéo,la Russie ne va pas s'arrêter au pai...

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