« Le secteur bouge de façon spectaculaire », souligne d'entrée Isabelle Kocher ce 5 juillet lors d'un point informel avec des journalistes.
Ce modèle se distingue par l'émergence de nouvelles générations d'infrastructures de production décentralisée d'énergie de plus en plus décarbonée, qui ne vont pas se substituer aux gros sites de production centralisés, mais les compléter à un rythme particulièrement rapide.
La décarbonation concernera d'abord l'électricité, puis le gaz vert, qui devrait devenir économiquement viable d'ici une quinzaine d'années.
La nouvelle patronne d'Engie croit tout particulièrement dans l'énergie solaire, sur laquelle l'entreprise s'est positionnée en acquérant Solaire Direct il y a un an. Dimensionnable, très flexible, avec des coûts en baisse constante, et un gisement non seulement gigantesque mais aussi très bien réparti dans le monde...
Parfaite illustration de cette quête d'indépendance énergétique : le Maroc, qui a annoncé dès 2009 un plan solaire de grande envergure et vise 52% d'énergies renouvelables dans son mix énergétique en 2030. Engie y possède plusieurs projets dans le solaire à concentration ainsi qu'un projet intégré de terminal de gazéification au sud de Casablanca, construit avec le marocain Nareva et prévu pour entrer en service en 2021.
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Autre technologie sur laquelle Isabelle Kocher fonde de grands espoirs : l'hydrogène, qui constitue un moyen de stockage pour les énergies intermittentes et va jouer un rôle de plus en plus important dans le lissage de la production. D'ailleurs, Engie teste actuellement différentes batteries d'électrolyseurs et reste en veille active sur cette technologie. La solution « solaire + hydrogène » testée en Australie est déjà compétitive off-grid et cela devrait être le cas à l'avenir de façon plus large.
Fort de son entité Engie Energy Services, le groupe entend opérer son évolution à partir des services pour y ajouter la production et le stockage, « de manière très capillaire ».
Dans le même temps, Engie se donne trois ans pour céder les actifs qui n'entrent pas dans cette nouvelle stratégie.
Le plan de cessions d'actifs de 15 milliards d'euros concerne essentiellement l'activité « exploration/production », les centrales à charbon et les activités exposées au prix de marché, notamment aux Etats-Unis où elles pèsent 4 milliards d'euros. Des centrales à charbon ont déjà été vendues en Indonésie, en Inde, en Australie, au Brésil, en Italie et au Royaume-Uni. D'autres pourraient tout simplement être fermées, comme celle d'Hazelwood en Australie, cible privilégiée des ONG environnementales. « Autant la volatilité des cours du pétrole peut créer des conditions plus favorables qu'en début d'année pour la cession des activités d'exploration/production, autant je ne vois pas quels drivers pourraient faire remonter les cours du charbon », reconnaît la directrice générale.
Sur le nucléaire, et notamment le projet britannique NuGen mené avec Toshiba au Royaume-Uni, Isabelle Kocher se dit très attentive aux décisions de EDF sur Hinkley Point, qui le précède de quelques années. Mais elle reconnaît des interrogations sur le nucléaire neuf, très cher en raison des normes de sûreté post Fukushima et de l'absence d'effet de série, et en concurrence avec des solutions qui, dans de nombreux cas, se révéleront préférables.
Outre la refonte de son portefeuille, Engie adopte une démarche très vigoureuse dans le digital, fondée sur une stratégie d'open innovation, l'ouverture de labs et de la digital factory et symbolisée par le lancement d'Engie Tech il y a quelques jours. Le groupe annoncera bientôt plusieurs partenariats structurants et mondiaux avec de grands noms, dans lesquels le groupe apportera son ancrage métiers et sa base clients. Une façon de préserver et stabiliser son savoir faire.
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Isabelle Kocher, soucieuse de montrer aux investisseurs qu'Engie est l'un des groupes les mieux positionnés dans la révolution énergétique, se réjouit des réactions d'analystes et de l'évolution du cours de Bourse à la suite de l'investor day du 28 juin dernier.
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