Face au risque de crise énergétique, le charbon fait son grand retour chez les ménages allemands

Alors que le gaz pourrait manquer l'hiver prochain et ses prix encore augmenter, les ménages allemands sont de plus en plus nombreux à se tourner de nouveau vers le charbon pour se chauffer. Cette énergie, très polluante, doit être abandonnée par le pays en 2030, mais elle apparaît plus que jamais comme une alternative nécessaire pour faire face à la crise. Sa production locale a augmenté de 40% depuis janvier.
L'Allemagne devait se passer totalement du charbon à partir de 2030.
L'Allemagne devait se passer totalement du charbon à partir de 2030. (Crédits : STEPHANE NITSCHKE)

En Allemagne, les fournisseurs de charbon sont à pied d'œuvre pour répondre à une demande toujours plus importante. Alors que le pays s'inquiète de manquer d'énergie l'hiver prochain, ses habitants sont de plus en plus nombreux à se tourner vers la houille, certes très polluante, mais disponible en grande quantité. La production a d'ailleurs bondi de 40% depuis janvier, selon Thoralf Schirmer, porte-parole de l'entreprise LEAG, interrogé par l'AFP.

A l'origine, 5 à 6.000 foyers berlinois se chauffent encore au charbon, une toute petite fraction des quelque 1,9 million de logements, indique la ville. Il s'agit souvent des personnes âgées, parfois entièrement dépendantes de ce combustible et vivant dans des habitations anciennes jamais rénovées, ou des amoureux de la chaleur lourde émanant des vieux poêles. Mais, cette année, de nouveaux clients sont arrivés « en masse », souligne Frithjof Engelke, un fournisseur berlinois de charbon. « Ceux qui se chauffent au gaz, mais qui ont encore un poêle à la maison veulent maintenant tous avoir du charbon », un phénomène qui, selon lui, se généralise en Allemagne. D'autant que même s'il est 30% plus cher qu'auparavant, le charbon reste meilleur marché que le bois, dont les prix ont plus que doublé. Quant à ceux du gaz, ils devraient encore croître cet hiver. Même si le gouvernement a promis lundi d'amortir le choc pour les plus modestes, à partir du 1er octobre, les importateurs pourront prélever 2,4 centimes de plus par kilowattheure (KWh) de gaz auprès des entreprises et des particuliers.

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Une production qui a du mal à suivre la demande

De quoi encourager la ruée vers le charbon. Mais Frithjof Engelke « redoute un peu l'hiver ». « Actuellement, les gens sont relativement détendus quand ils apprennent qu'ils devront attendre au moins deux mois avant d'être livrés », dit-il. Et d'ajouter : « Les choses seront radicalement différentes quand il va commencer à faire froid dehors ». Avec l'apparition de tous ces nouveaux clients privés, la production a, en effet, du mal à suivre, et de nombreux petits marchands de charbon de la capitale n'ont plus rien à vendre. « Nous produisons à pleine capacité pendant l'été, avec trois équipes, sept jours par semaine », témoigne Thoralf Schirmer, porte-parole de l'entreprise LEAG.

Sans compter que l'autre usine alimentant le marché en Allemagne, basée dans le bassin rhénan, va cesser sa production à la fin de l'année, réduisant l'offre. Autre difficulté à laquelle est confrontée l'Allemagne, comme le reste de l'Europe : la sécheresse qui fait baisser le niveau du Rhin sous son niveau nécessaire au transport fluvial. « Le niveau du Rhin est assez bas pour que les centrales à charbon, qui dépendent des barges pour leur amener le matériau de base, peinent à faire venir le carburant jusqu'à elles », commentent les analystes de UniCredit.

Une alternative encore nécessaire

Ce retour vers le charbon n'est pas nouveau en Allemagne. Avant même le déclenchement de la guerre en Ukraine et l'envolée des prix du gaz, le pays avait déjà un recours accru au charbon afin de pallier la sortie du nucléaire et en attendant que les énergies renouvelables se développent suffisamment. En 2021, la production d'électricité à partir de charbon avait crû de près de 18%. De même, 28,9% de l'électricité injectée dans le réseau du pays provenait encore de centrales à charbon au premier trimestre 2021, « contre 13% en moyenne dans l'Union européenne », selon une note de l'Institut Jacques Delors sur le sujet.

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Et si le chancelier Olaf Scholz assure ne pas renoncer à son objectif d'abandonner cette énergie polluante en 2030, et exclut « une renaissance des énergies fossiles, en particulier du charbon », elle apparaît plus que jamais comme une alternative nécessaire pour chauffer la population. Ainsi, en mars, un plan visant à réduire la dépendance du pays aux énergies fossiles russes prévoyait que, « dans ce contexte, le démantèlement des centrales à charbon pourrait être suspendu jusqu'à nouvel ordre après une analyse » menée par le régulateur du secteur. Puis, en juin, le gouvernement a déclaré qu'il utiliserait des centrales à charbon dites « de réserve », ne servant actuellement qu'en dernier recours, pour garantir la sécurité énergétique du pays.

(Avec AFP)