GIPL, le gazoduc qui permet à la Pologne et la Lituanie de s'affranchir du gaz russe

Le gazoduc GIPL, reliant la Pologne à la Lituanie, vient d'être inauguré. Grâce aux réseaux gaziers existants, il pourra même relier aussi la Lettonie, l'Estonie et la Finlande. Si sa construction avait démarré en 2020, bien avant la guerre en Ukraine, sa mise en service permet à ces pays de gagner en indépendance énergétique, notamment vis-à-vis du gaz russe.
Long de 508 km, dont 165 km en Lituanie et 343 km en Pologne, il pourra transporter environ deux milliards mètres cube de gaz à terme et dans les deux directions.
Long de 508 km, dont 165 km en Lituanie et 343 km en Pologne, il pourra transporter environ deux milliards mètres cube de gaz à terme et dans les deux directions.

C'est un pas de plus vers l'indépendance aux énergies russes que prennent la Pologne et les pays baltes. Le gazoduc GIPL (Gas Interconnection Poland-Lithuania) vient d'être inauguré ce jeudi 5 mai, quelques jours après sa mise en service. Long de 508 km, dont 165 km en Lituanie et 343 km en Pologne, il pourra transporter environ deux milliards mètres cube de gaz à terme et dans les deux directions. Il devrait atteindre sa pleine capacité en octobre prochain. Grâce aux réseaux gaziers existants, il pourra même relier aussi la Lettonie, l'Estonie et la Finlande.

La décision de construire cette infrastructure n'est pas liée à la guerre en Ukraine puisque le chantier a démarré en 2020. Il tombe néanmoins à pic pour ces pays qui veulent stopper leurs importations d'énergie russe. Les pays baltes ont d'ailleurs arrêté d'importer du gaz russe dès début avril, les trois États comptant alors sur leurs réserves actuelles de gaz stockées sous terre.

« Aujourd'hui, nous consacrons notre indépendance énergétique », s'est félicité le président lituanien Gitanas Nauseda, lors d'une cérémonie officielle organisée à Jauniūnai, près de Vilnius, qui a réuni des hauts responsables de Pologne et des pays baltes. Et d'insister : « Nous renforçons notre résistance aux pressions politiques. »

Le président polonais Andrzej Duda a de son côté déclaré : « Cet interconnecteur constitue une réponse au chantage » énergétique exercé par Moscou sur l'Europe. Pour rappel, le 27 avril dernier, le géant gazier russe Gazprom a suspendu toutes ses livraisons de gaz vers la Pologne et la Bulgarie, faisant planer la menace d'une pénurie en Europe centrale et orientale mais aussi sur l'ensemble du continent européen.

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Un pas de plus vers l'indépendance aux énergies russes

Le gazoduc GIPL, dont le coût s'est élevé à environ 500 millions d'euros, financés pour une grande partie par l'Union européenne, assure une des sources de gaz alternatives pour la Pologne et devrait couvrir 10% de la demande annuelle du pays. Le gouvernement polonais, qui utilise jusqu'à 21 milliards de m3 de gaz par an, s'est déclaré « prêt à affronter même la coupure totale » du gaz russe. L'alimentation énergétique de la Pologne est en effet assurée, selon l'exécutif, et ce, sans avoir besoin de puiser dans les réserves de gaz et sans interruption de l'accès aux consommateurs.

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Dès le mois de mars, Varsovie avait annoncé vouloir sortir de sa dépendance économique à la Russie. Le Premier ministre polonais Mateusz Morawiecki avait listé une série de mesures dite « bouclier anti-Poutine » destinées selon lui à « dérussifier l'économie polonaise et européenne », mais aussi freiner l'inflation, protéger l'emploi et résister - déjà - au « chantage gazier » de Moscou.

L'État polonais compte investir trois milliards de zlotys (636 millions d'euros) dans la société d'État Gaz-System qui construit et exploite non seulement les gazoducs mais aussi le terminal de gaz naturel liquéfié (GNL) du port de Swinoujscie, dans l'ouest du pays.

Ce terminal a été créé dès 2016, et en 2020 sa capacité a été augmentée de 50% en 2020, la portant à 7,5 milliards de mètres cubes par an. Pour donner un ordre de grandeur, jusqu'ici la compagnie polonaise de gaz recevait de Russie environ 9 milliards de mètres cubes de gaz par an, soit 45% des besoins nationaux - la consommation totale de gaz annuelle de la Pologne se situant autour de 20 milliards de mètres cubes.

Gaz-System construit notamment le gazoduc Baltic Pipe qui doit amener en Pologne du gaz norvégien avant la fin de l'année et réduire encore davantage la dépendance du pays au gaz russe.

Côté pays baltes, l'ouverture du gazoduc représente pour la Lituanie une deuxième source d'approvisionnement en gaz indépendante de Moscou, le pays disposant depuis 2014 d'un terminal de gaz naturel liquéfié (GNL). Selon Eurostat, en 2020, la Russie comptait pour 93% des importations estoniennes de gaz naturel, 100% des importations lettones et 41,8% des importations lituaniennes.

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L'Europe mise sur le GNL

Depuis l'invasion de l'Ukraine par la Russie fin février, l'Europe cherche à augmenter massivement ses importations de GNL, qui présente l'avantage de pouvoir être transporté par bateau depuis n'importe quel endroit du monde, pour réduire sa dépendance au gaz russe, qui arrive lui essentiellement par gazoduc.

« Le marché du GNL se développe rapidement et les récentes hausses de prix indiquent un déséquilibre structurel entre la demande et la croissance de l'offre », a indiqué ce jeudi 5 mai le président du Groupe international des importateurs de gaz naturel liquéfié (GIIGNL), l'association professionnelle du secteur, Jean Abiteboul.

L'importation de GNL nécessite de construire des terminaux lourds, ou a minima de s'offrir des unités flottantes de stockage et de regazéification (FSRU) du GNL importé. Les annonces d'achat ou de location de telles unités se multiplient ces dernières semaines, chaque pays voulant disposer au plus vite de ce type de structure.

Mais trouver une unité flottante risque de s'avérer compliqué puisqu'elles sont rares et la demande très forte. La construction de navires pourrait être envisagée, mais les chantiers navals réalisant ce type d'unités existent essentiellement en Asie et leurs carnets de commandes sont déjà pleins pour les prochaines années.

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(Avec AFP)

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Commentaires 4
à écrit le 07/05/2022 à 14:14
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Bonjour, Si les Polonais souhaitent achetée du gaz au américains plus chère que le gaz naturel pourquoi pas... Maintenant la paix se gagné par des échanges économiques et par une franche discussion... Si certains souhaitent voir dans la Russie un ...

à écrit le 06/05/2022 à 18:19
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Très bien, mais il me semble qu'en cas de conflit ouvert avec la Russie, ces installations seront des cibles prioritaires pour les missiles russes, sans parler des sous-marins qui ne se priveront pas de faire des cartons sur les méthaniers, à l'imag...

à écrit le 06/05/2022 à 10:38
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Voilà donc une indépendance au gaz russe qui, du même coup, ne profitera plus à l'Ukraine...

à écrit le 06/05/2022 à 10:33
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Ces investissements sont l'avenir, efficaces économiquement (plus que liquéfier, transporter et gazéifier de nouveau), et devraient offrir une souplesse concurrentielle en évitant des équipements redondants ou plus polluants. L'hystérie anti-russe, a...

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