Hinkley Point : la sûreté inquiète le gendarme britannique du nucléaire

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Le gendarme anglais du nucléaire pointe des dysfonctionnements dans la chaîne d'approvisionnement.
Le gendarme anglais du nucléaire pointe des dysfonctionnements dans la chaîne d'approvisionnement. (Crédits : Stefan Wermuth)
La presse britannique rapporte les doutes de l'ONR (Office for nuclear regulation) concernant la sûreté de l'EPR que EDF construit en Angleterre. En cause, les dysfonctionnements relevés dans le management de la chaîne d'approvisionnement du chantier.

Après d'autres, The Guardian rapporte dans un article publié le 25 mars que des dysfonctionnements observés dans le management de la chaîne d'approvisionnement de NNB GenCo, l'entreprise créée par EDF pour gérer le projet Hinkley Point C, inquiètent l'ONR (Office for nuclear regulation), qui craint qu'ils n'affectent la sûreté s'ils ne sont pas rapidement résolus.

Selon Mark Foy, inspecteur en chef de l'ONR, si, prises isolément, elles ne suffisent pas à créer un problème de nature réglementaire, collectivement, les insuffisances constatées pourraient refléter une déficience plus générale dans la façon dont l'entreprise est gérée. Cette conclusion, le gendarme britannique la tire à l'issue des visites menées avec dix autres inspecteurs en octobre et novembre derniers sur le chantier de l'EPR britannique, dans les locaux d'EDF à Paris et à Bristol, ainsi que chez des sous-traitants dont l'usine du Creusot, aujourd'hui propriété de Framatome (ex Areva), un fournisseur clé du chantier d'Hinkley Point, qui doit notamment dessiner les réacteurs.

Des visites décidées suite aux dysfonctionnements de l'usine du Creusot

L'ONR a décidé ces visites à la suite des révélations concernant la falsification de rapports élaborés précisément dans cette usine. Le gendarme du nucléaire au Royaume-Uni s'étonne que les dysfonctionnement qui y ont été observés n'aient pas été soulevés par EDF directement mais par l'autorité de sûreté. Par ailleurs, l'ONR déplore qu'aucun audit interne des process de contrôle qualité n'ait pu être mené en 2017.

En dépit des progrès constatés, l'ONR juge encore inadéquat le projet d'amélioration du processus d'auto-évaluation. Il regrette également qu'un flou persiste sur la responsabilité du contrôle qualité au sein de l'entreprise, et déplore que EDF n'ait pas suffisamment informé ses sous-traitants des problèmes rencontrés dans l'usine du Creusot.

Prochain point d'étape en août 2018

Néanmoins, l'ONR se dit confiant dans le fait que des progrès soient effectivement réalisés d'ici au prochain, point d'étape réglementaire programmé en août 2018.

EDF a d'ores et déjà annoncé plusieurs mesures qui doivent être mises en oeuvre d'ici à la montée en charge du chantier, qui accueillera 6.000 personnes en vitesse de croisière dans 18 mois, contre 3.500 aujourd'hui.

Les deux réacteurs de Hinkley Point C, un projet de 20 milliards de livres (24 milliards d'euros) qui a déjà connu des dérapages concernant à la fois sa facture et son calendrier, doivent entrer en service en 2025.

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Commentaires
a écrit le 27/03/2018 à 23:35 :
Les britanniques ne sont pas du genre à se laisser amadouer ou bluffer. C’est d’ailleurs le cas des clients en règle générale, surtout si ce sont des Etats.
EDF ressemble parfois à une sorte de trou noir (à chacun de choisir de quel type) capable d'engloutir tout ce qui passe à proximité, serait-il possible que les processus qualité aient également été absorbés ?
Tant qu’il leur reste le sens des responsabilités.

Maintenant qu’il existe des énergies décarbonées concurrentielles et surtout des méthodes et des processus officiels, toute erreur apparait automatiquement au vu et au su de tous. Si EDF n’arrive pas à tenir des engagements de manière honnête et fiable ce serait extrêmement grave, d'autant plus que des responsables ont (on ne sait trop pour quelle raison ?) tout misé sur ces technologies. Derrière les technologies il y a déjà eu les loupés que relate l'article et qui font qu'on est en droit de se poser des questions.
a écrit le 27/03/2018 à 18:20 :
J'ai toujours considéré que ce nom d'Hynkley Point à un beau nom de catastrophe nucléaire à venir....😎 en attendant c'est une catastrophe financière et technique...😐
Réponse de le 27/03/2018 à 18:54 :
Catastrophe qui s'accompagne de la montée du titre EDF en bourse... Y en a qui doivent pas penser comme vous !
Réponse de le 27/03/2018 à 19:01 :
Compte tenu de la relance du nucléaire en France et de son développement dans le monde auquel EDF participe (2 EPR en Chine, en Angleterre, 6 EPR probables en Inde), j'ai acheté des Actions EDF et j'espère bien qu'elles vont continuer de monter
Réponse de le 28/03/2018 à 11:43 :
Chers Labo et Boursicoteur, tout le problème de la spéculation boursière est qu'elle est hors sol et que le principe de réalité va vite rattraper EDF..... Mais les boursicoteurs pensent que l'Etat va reprendre l'ensemble de la dette d'EDF à son compte et ainsi sauver leurs actions....ceux qui passeront à la caisse finalement seront toujours les mêmes pigeons.....l'EPR est bien une catastrophe financière, nos 58 réacteurs vieillissants également....:)
a écrit le 27/03/2018 à 18:13 :
EDF prouve tous les jours qu'ils sont incapables de réaliser les prestations qu'ils ont vendu.
Réponse de le 27/03/2018 à 18:56 :
58 réacteur nucléaires construits par EDF...
Réponse de le 28/03/2018 à 0:22 :
58 réacteurs dont la plupart terminés au début des années 80.
Les ingénieurs et les technicien qui les ont conçu et mis en service sont en retraite et n'ont pas formé de successeurs.

L'entretien a été sous-traité à des sociétés externes pour des questions de doses d'irradiation et l'ASN découvre des malfaçons graves sur le matériel, qui imposent des arrêts non prévus.

Bref, on a su faire, mais on ne sait plus.
a écrit le 27/03/2018 à 14:13 :
eh oui le lobby nucléaire francais et le gouvernement ont absolument voulu signer ce contract pour pouvoir clamer qu´ils sont les meilleurs.

le problème est qu´EDFest maintenant le maitre d´oeuvre et finance toute la construction.

les anglais de part le contrat, peuvent bloquer à tout moment le chantier, demander de tout casser et refaire 10 fois s´il le faut la cuve s´ils ont des doutes sur la qualité....

les politiques et le lobby nucléaire francais argumentent qu´une fois construit, le prix du kwh négocié aura de très bonnes marges....

sauf que les anglais n´ont accepté que le prix du mhw mais pas de devoir acheter un quota de mwh annuel...

ce qui veut dire que si leurs énergies alternatives (éolien, marché spot pour achat de mwh européen) leur fournissent 99.9999% de leurs besoin, ils n´achèteront au prix négocié que ce qu´ils veulent à EDF....

s´ils n´ont besoin que d´une puissance nécessaire pour faire fonctionner un grille pain, la France et les contribuables francais paieront la facture de la construction et de l´exploitation pour faire fonctionner un grille pain... :-)

bravo les fonctios...
Réponse de le 27/03/2018 à 14:32 :
EDF assume en effet le risque industriel (de bon déroulé du chantier dans les temps et le budget). Mais ça n’est pas dans l’intérêt des britanniques de retarder inutilement le chantier alors qu’ils vont finir par avoir vraiment besoin des MWh de ces tranches.

Et avec le CFD, le risque de marché (=que les prix de marché soient trop bas) est à la charge des britanniques. Ça n’est donc absolument pas dans leur intérêt de surdimensionner leur système électrique en installant trop d’ENR alors que c’est eux qui paieront les subventions pour l’ensemble.

Enfin le coût marginal du nucléaire (celui à partir duquel on décide jour par jour de démarrer telle tranche avant telle autre) est d’environ 10€/MWh. C’est plus cher que celui du solaire ou de l’éolien, mais largement moins cher que celui de tout le reste (notamment des fossiles, de la biomasse, de l’hydraulique, etc).

Pour conclure, les britanniques sont, contrairement à nous et surtout les allemands, des gens pragmatiques. Leur but est réellement de décarboner leur électricité et non pas de mettre des bâtons dans les roues de telle ou telle énergie pour des motifs idéologiques.
a écrit le 27/03/2018 à 14:05 :
Ce réacteur mal aimé est actuellement construit à 6 exemplaires et va prochainement être mis en service. Et, si tout va bien, la décision d'investissement pour 6 autres sera prise en Inde dans quelques temps.

Puis en France pour un ou deux EPR, avant que des séries plus importantes soient décidées en renouvellement de tout ou partie du parc actuel.

Pas mal pour un réacteur dont les critiques annoncent chaque année la fin depuis 10 ans...

Rappelons maintenant que si notre pays ne veut pas se retrouver dans le noir avec 40GW en moins dans 20 ans même en prolongeant largement le parc actuel, il va falloir construire de nouvelles tranches, nucléaires ou non.

Rappelons qu'il faut environ 15 ans entre la décision de construction et la livraison d'un réacteur nucléaire, que ce soit pour le chantier comme pour les étapes préalables d'étude et de consultation du public. Si on part sur du nucléaire, il faudra donc prendre les premières décisions sur ce quinquennat, et les dernières probablement sur le quinquennat suivant.

Rappelons que pour avoir une énergie produite équivalente à celle de ces 40GW de nucléaire, il faudrait 145GW d'éolien. Sachant qu'en 15 ans on n'a réussit à en construire que 15GW, en équipant d'abord les sites les plus favorables. Pour le solaire, c'est encore pire.

Rappelons que l'éolien, comme le solaire, est une énergie intermittente. Qu'on ne peut pas compter dessus comme le nucléaire pour produire au moment où on en a besoin.

Que remplacer ces 40GW de nucléaire par de l'éolien nécessiterait donc 145GW d'éolien mais aussi des quantités pharaoniques de stockage, pour lequel on n'a pas encore aujourd'hui de technologie au point à un coût abordable. Et qu'on n'a pas la moindre garantie d'avoir cette technologie dans 20 ans.
Réponse de le 28/03/2018 à 9:35 :
Je suis globalement d’accord et je pense que l’EPR sera un bon réacteur avec cependant comme réserves que nous restons dans la filière des réacteurs à eau pressurisé (PWR) avec leurs cousins la filière à eau bouillantes (BWR - fukushima). Ces PWR furent retenus par les militaires américains (HG Rickover) pour la propulsion navale, singulièrement celle des sous marins. Hors à cette époque, les savants étudiaient en parallèle une filière dite aux sels de thorium qui réduisait (a priori) les contraintes des PWR (fonctionnement a pression atmosphérique et réduction des déchets), dans le contexte de l’époque cette filière pourtant prometteuse passa dans les oubliettes de l’histoire. Je trouve regrettable qu’en parallèle de l’étude internationale sur la domestication de l’énergie de fusion nucléaire (procédé ITER), l’Europe ne cherche pas à développer une autre filière nucléaire, sels de thorium ou autres mais avons nous encore une ambition industrielle ? Notons que la France étudia un réacteur expérimental dit à neutron rapide (Phénix et Superphénix), quant aux filières à graphite (UNGG Français, ou RBMK russe de type Tchernobyl) ils sont notoirement dépassés et furent parfois utilisés par les militaires pour la production du plutonium sacré.
Réponse de le 28/03/2018 à 10:43 :
Dans le cadre du forum Génération IV, dont la France fait partie, l'ensemble des technologies de surgénérations sont étudiées. Dont celle au thorium.

Et pour l'instant, celle qui semble la plus prometteuse est la sodium, pour laquelle le CEA développe avec Framatome et EDF le démonstrateur ASTRID.

Cette filière dispose notamment d'un REX d'exploitation assez étoffé, en France comme à l'étranger, et des propriétés intrinsèques intéressante pour la sûreté comme pour son rendement économique, dues à son fluide caloporteur sodium plus efficace :

On peut tirer une plus grosse puissance du coeur, le monter à plus haute température (gage d'un meilleur rendement), et surtout le réacteur peut supporter une interruption beaucoup plus longue de son refroidissement grâce à l'inertie plus importante du fluide primaire.

Je n'ai pas la raison exacte du désintérêt pour la filière thorium, mais elle doit être assez rédhibitoire tant ce désintérêt est partagé partout dans le monde.
a écrit le 27/03/2018 à 12:35 :
De toute façon, notre filière nucléaire est un champ de ruines. Si EDF était encore capable de construire une centrale nucléaire, ça se saurais.

Je ne suis pas sûr qu'il existe un autre exemple d'une filière d'excellence qui ai pu à ce point être mise à terre par des incapable qui pensait que le "joujou" était capable de résister à tout.

Pour rester dans le nucléaire (est ce que c'est encore une filière d'avenir est un autre aspect) il faudrait sans doute tout réapprendre en recommençant de manière modeste. Ce serais d'ailleurs l'occasion de repartir sur des bases plus durable, en commençant avec des petites centrales pour réapprendre, qui soient conçues pour être aussi dé-constructibles une fois en fin de vie, et un coût complet construction + exploitation + déconstruction.

Le Titanic au moins avait l'excuse d'un iceberg pour sombrer.
a écrit le 27/03/2018 à 11:27 :
Le nucléaire, ce boulet mal géré par des gens qui ont préféré se vautrer dans la compromission permise par le secret défense plutôt que d'utiliser l'argent à l'investissement indispensable pour une telle technologie.

Un exemple parmi des milliers, au lieu d'avoir acheter le silence de la CGT pour plusieurs dizaine de millions de francs hein...

C'est pour cela qu'il n'y a rien de pire qu'un troll nucléaire ou agro-chimico-industriel car avec des vieux relents abjectes staliniens qui au final sont exactement aussi destructeurs que le fascisme ou le néolibéralisme, certainement pour cela que ces trois fléaux s'entendent si bien et aussi que les syndicats ont aussi mauvaise réputation chez les salariés.

Au secours.

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