L'économie circulaire, un modèle alternatif pour sauver le monde

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« Il n'y a pas de planète B », affirmait l'astronaute Thomas Pesquet en réponse à une question sur l'épuisement des ressources naturelles. (Photo : montagne d'ordures d'une décharge à ciel ouvert sur les rivages de Sidon, une ville de bord de mer au sud du Liban, le 8 juin 2012.)
« Il n'y a pas de planète B », affirmait l'astronaute Thomas Pesquet en réponse à une question sur l'épuisement des ressources naturelles. (Photo : montagne d'ordures d'une décharge à ciel ouvert sur les rivages de Sidon, une ville de bord de mer au sud du Liban, le 8 juin 2012.) (Crédits : Reuters)
L'économie linéaire en vigueur depuis la révolution industrielle n'est pas soutenable à long terme. L'épuisement des ressources et la surconsommation mènent le monde à sa perte, à moins de basculer vers une économie circulaire plus responsable, qui préfère recycler que jeter, partager plutôt qu'acheter.

« Il n'y a pas de planète B », affirmait l'astronaute Thomas Pesquet dans La Tribune le 4 avril dernier, en réponse à une question sur l'épuisement des ressources naturelles. En effet, si l'humanité ne modifie pas son modèle économique, la survie même de notre espèce n'est pas garantie à long terme. L'économie linéaire, qui consiste à extraire des matières premières, les transformer pour en faire des objets qu'on utilise puis qu'on jette, épuise les matériaux et les ressources naturelles comme l'eau ou la terre arable, tout en nous ensevelissant sous une montagne de déchets. Il faut sans attendre envisager des modes de production et de consommation moins intensifs, si l'on ne veut pas que les générations futures vivent dans un monde digne des films post-apocalyptiques.

Une alternative à la décroissance, dont personne - ou presque - ne veut ?

L'argument de la technologie qui va sauver le monde est (peut-être) pertinent, mais c'est le temps qui manque. La population pourrait atteindre 9,7 milliards d'individus en 2050 et 11,2 milliards en 2100, selon la Banque mondiale. « Quiconque croit que la croissance exponentielle peut continuer sans fin dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste », raille l'économiste et philosophe Kenneth Boulding, pour qui environnement et économie sont désormais indissociables.

Il n'est, bien entendu, pas envisageable de transformer radicalement nos habitudes de consommation pour passer à une décroissance dont personne ou presque ne veut. Mais il existe une alternative à ce modèle d'hyperconsommation : l'économie circulaire, qui vise à recycler ou réutiliser plutôt que jeter, à favoriser l'usage plutôt que l'achat, le partage plutôt que la possession, la consommation de produits locaux plutôt qu'importés de l'autre bout du monde. Un nouveau mode de vie plus frugal et plus respectueux de l'environnement, qui pourrait ralentir le train de l'hyperconsommation lancé à plein régime vers le précipice.

Les cinq piliers de l'économie circulaire

Pour Rémy Le Moigne, ancien de Deloitte, consultant et auteur de L'Économie circulaire - Stratégie pour un monde durable (Dunod), cinq pratiques constituent les bases de cette économie alternative.

  • Un : le recyclage des déchets dit en boucle longue, dans laquelle ils sont collectés, triés puis recyclés (compostage ou méthanisation pour les déchets organiques).
  • Deux : le recyclage en boucle courte, qui recycle une même matière sans la mélanger avec d'autres.
  • Trois : prolonger la durée de vie des objets grâce à la maintenance, au reconditionnement et au remanufacturing (processus industriel consistant à remettre un produit usagé dans un état identique ou supérieur à son état d'origine).
  • Quatre : la vente de l'usage ou économie de la fonctionnalité. On n'achète plus un produit, mais son utilisation.
  • Cinq : l'économie du partage, ou économie collaborative, popularisée par les plateformes type Uber, Airbnb ou BlaBlaCar. Un marché en croissance rapide qui devrait augmenter de 35 % par an en Europe, contre 3 % pour l'ensemble de l'économie, pour atteindre 83 milliards d'euros d'ici à 2025, contre 4 milliards aujourd'hui (source PwC).

Bien sûr, remplacer l'économie linéaire par son alternative circulaire prendra du temps. Mais il faut commencer dès à présent. Le gouvernement l'a compris. Le 23 avril dernier, le Premier ministre, accompagné de Brune Poirson, secrétaire d'État à la Transition écologique et solidaire, a présenté la feuille de route du gouvernement pour une économie circulaire depuis une usine du groupe SEB, champion français du réparable. Un programme de 50 mesures aux objectifs ambitieux : réduire de moitié les déchets mis en décharge, tendre vers 100 % de plastique recyclé d'ici à 2025 et créer jusqu'à 300.000 emplois supplémentaires.

« Durant sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron avait fixé un objectif de "100 % d'économie circulaire" », rappelle Arnaud Leroy, nouveau président du conseil d'administration de l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie), et ancien porte-parole du mouvement En marche.

Prudent, le futur président n'avait pas fixé de date butoir. Espérons qu'il soutienne cette feuille de route qui pourrait faire de la France un chef de file de ce nouveau mode de production durable. D'autant que choisir de recycler au lieu de jeter est aussi générateur d'emplois pérennes.

« Le recyclage nécessite quatre fois plus d'emplois que l'enfouissement, car il faut encore une présence humaine très forte. De plus, ce sont des emplois non délocalisables», rappelle Arnaud Leroy.

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POUR EN SAVOIR PLUS : téléchargez le dossier de LA TRIBUNE HEBDO n° 246 du 29 mars 2018 « Les défis de l'économie circulaire »

HEBDO 246 couv, La Tribune, Édition hebdomadaire du 30/03/2018, économie circulaire,

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Commentaires
a écrit le 24/08/2018 à 15:02 :
Même si vous aviez une énergie infinie cela ne vous garanti pas les matières premières infinies, l’économie circulaire est aussi grande consommatrice d’énergie et une impossibilité à moyen terme pour plusieurs raisons:
· Nous avons toujours une perte au feu, exemple: cas de recyclage de canettes de bière en alu, de la quantité récupérée seulement 95% est à nouveau disponible.
· Il existe des milliers d'alliages d'acier avec des métaux nobles : niobium, vanadium, tungstène, chrome, etc., seulement deux classifications en matière de recyclage, l'acier au carbone qui servira dans la construction comme acier moyen et l'acier inoxydable. Qui ne repartent jamais dans l'usage original,
· Industrie automobile, en moyenne 10 années de vie. Pour le recyclage, la vidange des liquides et la fusion dans un four électrique, mélange jusqu'à 10 alliages d'acier, du cuivre du circuit électrique, carter en aluminium du moteur et de la combustion des matières plastiques.
· Utilisation dispersive, oxydes métalliques utilisés comme colorants dans les peintures (murs, imprimés, plastiques, cosmétiques, feux d'artifice ... etc). Le cas le plus emblématique est l'oxyde de titane, colorant universel blanc (peintures, résines, cosmétiques, dentifrice ...) Termine à 95% dans les décharges, rivières et mers. La nanotechnologie empêche le recyclage comme l'argent utilisé dans les chaussettes pour prévenir les odeurs. Téléphone portable avec plus de 40 éléments différents de la table mendeleiev (nano éléments).
· L'usure naturelle: Aujourd'hui, par exemple, dans les rues l'asphalte contient une plus grande concentration en palladium ou de platine que certaines mines, du fait de l'échappement des automobiles, le cuivre et le zinc des pneus.
• Pas de substitut du cuivre pour les conducteurs électriques, le nickel pour l'acier inoxydable, de l'étain pour souder, le tungstène pour les outils de coupe, l'argent ou le platine pour l'industrie chimique et électronique, du phosphore pour l'agriculture etc ...
Agriculture: totalement dispersive, le diesel de 100 à 150 litres par hectare cultivé, calcaire dans la correction des terres agricoles, des engrais (NPK- azote, potasse, phosphore) produits phytosanitaires (herbicides, fongicides, insecticides ...) qui finiront dans les rivières et la mer, ainsi que la terre arable dû à l'érosion.
· Les énergies renouvelables, éolienne de 5 MW 1000t d'acier et de béton à la base, 250t du mât en acier, les 50t des 3 pales de fibre de verre, fibre de carbone et de résine plastique, moteur à aimants permanents, en alliage d'acier avec du néodyme. Panneau photovoltaïque, avec du gallium, de l'indium, du sélénium, du cadmium ou du tellure. Aujourd'hui non recyclable.
· Tout ce qui tourne a besoin de lubrifiant. 50 millions de tonnes / an.
a écrit le 23/08/2018 à 12:13 :
Tant que l'on cherchera des solutions palliatives on continuera à s'enfoncer, sous les déchets matériels et…moraux! Il faut avoir la volonté, le courage de faire le constat d'un changement radical nécessaire de notre organisation sociale, de nos principes "d'évolution" qui nous mènent vers le mur. Le néo-libéralisme, associé à une super-capitalisme sans contraintes, n'est pas la panacée, loin de là. Mais de toute façon, ce ne sont pas les systèmes qui sont mauvais en soi, c'est "l'exploitation" qu'en font trop de mégalos avides de pouvoir, qui peu à peu les déforment et les mettent à leur service. Il faut retrouver un peu plus d'Etat, ne pas accepter que des organismes privés puissent être "au-dessus" de lui, et remettre en place un minimum de services régaliens pour gérer et équilibrer la société en maitrisant ses excès.
a écrit le 23/08/2018 à 9:38 :
Il n'y aura jamais 10 milliards d'êtres humains. Les américains et d'autres pensent qu'il y a réellement trop de gens aujourd'hui, et ils ont déjà des plans pour y remédier...
a écrit le 22/08/2018 à 19:39 :
"L'économie circulaire"

Je sens que l'on va tourner en rond.
a écrit le 22/08/2018 à 12:14 :
Le probleme est de niveau economique. On a une economie vivant de la dette. Par la dette on investi pour "ameliorer" un produit ou bien sortir un produit que le consommateur ne savait pas encore qu'il en avait besoin. Cette dette vient evidemment avec les interets, et ces interets viennent de la croissance. Des que la croissance stagne ou s'arrete, le systeme s'embale et le socle de nos societes s'effondre. Il est dit que personne ne veut la decroissance, mais la question n'est pas de vouloir mais pouvoir. Pourra t-on continuer la croissance actuelle, avec une population mondiale passee de 600 millions en 1700 a pres de 9,8 milliards en 2050 (selon les estimations). On voit deja que tous les voyants sont au rouge concernant la biodiversites, la polution atmospherique, la deforestation, et l'emission de gaz a effet de serre. Tot ou tard notre environnement se chargera d'imposer la decroissance par la force que ca nous plaise ou non
a écrit le 22/08/2018 à 11:57 :
Economie circulaire c'est le mot a la mode mais qui est un concept tres vague. En gros l'idee c'est de faire plus avec moins, l'ideal ce serait de faire un peu moins avec beaucoup moins si on veut reellement atteindre les objectifs de reduction des gaz a effet de serre. Aujourd'hui on n'arrive pas a augmenter le PIB sans augmenter la consommation d'energie. Le recyclage ne permettra jamais de recycler a 100% et nos produits informatiques sont aujourd'hui composes d'alliages qui rendent le recyclage quasi impossible. Dans la telephonie on s'assure "d'innover" en permanence pour s'assurer du renouvellement du materiel: obsolescence logicielle, nouveaux standards (3g/4g/5g...), c'est aussi vrai pour l'audiovisuel ou les standards changent regulierement (Hd,4K...),L'electromenager a depuis quelques annees une duree de vie ridicule (2 ans et demi a trois ans) avec des pieces des rechanges qui coutent souvent aussi cheres qu'un nouvel appareil, donc on en rachete un autre et on jette l'ancien alors que la seule piece defaillante est souvent la carte electronique qui represente une partie infime du dechet. C'est la meme chose dans l'automobile ou l'on n'a de cesse d'ameliorer la performance des moteurs et consommation (quitte a tricher avec les chiffres) tout en allant vers des vehicules toujours plus gros et lourds. A chaque fois qu'on augmente l'efficacite energetique d'un produit, on augmente soit sa taille (TV..) ou on augmente son utilisation. On a le cas avec blablacar qui n'a souvent pas d'impact sur le traffic (des personnes font des trajets qu"ils ne feraient pas ou bien pas avec une voiture ), c'est a peu pres pareil pour Uber. Meme Airbnb peut creer plus de deplacements de par l'offre et les tarifs. En gros pour que l'economie se porte bien on veut une consommation a l'americaine alors que l'on sait qu'a l'echelle globale c'est tout simplement impossible sur le long terme. L'homme moderne est sur la terre depuis 300 000 ans et la consommation effrenee des ressources a commencee voila seulement 80 ans. Meme si personne ou peut de personne ne veut entendre parler de decroissance, on voit mal comment une planete habitee par 9 milliards d'habitants qui veulent tous consommer comme des americains est viable. Meme l'economie circulaire ne sera pas d'une grande aide si des pays tres peuples accedent aux modes consommations des americains/europeens...
a écrit le 22/08/2018 à 10:47 :
bah avec l'automatisation, quand les jobs ne disparaissent, le niveau de salaire diminue au minimum légale, donc on finira pas avoir une décroissance, l'économie s’effondrera et le point optimiste, c'est que l'économie n'ayant plus personne pour acheter, alors elle produira beaucoup beaucoup moins, après tout entre produire pour des populations riches et pauvres, les pauvres ne consommes quasi pas.
a écrit le 22/08/2018 à 9:45 :
5/ Economie du... partage !? Airnb&b etc ???
Oui elle est nécessaire mais les illustrations proposées ne sont pas pertinentes : il faut dans cette économie circulaire tuer la rente, partager pas aider ceux qui ont déjà à empiler les richesses inutiles, partager les profits des entreprises donc relocaliser leurs bénéfices ou monter des concurrents locaux, etc
La question est fondamentale : tout passe par une consommation adulte, responsable et solidaire = bref payer 1 centime de plus pour qui paie ses impôts dans sa région car cela offrira plus de moyens à ma région donc de services pour moi (déjà cesser de commander ses livres chez Amazon... quand pour le même prix il faut marcher 10 mns et aller à côté...).
Bref, si vous pouviez arrêter de parler de partage avec Uber et Airbn'b...
a écrit le 22/08/2018 à 9:18 :
On est loin de l'économie circulaire avec cette économie qui au contraire pousse à la consommation. Elle sait maintenant utiliser l'écologie pour pousser à un renouvellement "vertueux" les écolos complices de la surconsommation on aura tout vu!

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