Alors que le pays fait face à une lourde crise énergétique, Bagdad a donné dimanche le coup d'envoi à un nouveau projet visant à récupérer le gaz torché sur deux champs pétroliers dans le sud du pays, afin de consolider sa production nationale. Mais celui-ci promet d'émettre des quantités gigantesques de gaz à effet de serre, à l'heure où les alertes des scientifiques se multiplient sur le dérèglement climatique.L'annonce va à contre-courant des recommandations de l'Agence internationale de l'énergie (AIE), qui appelait en juin dernier à stopper tout nouveau programme d'extraction d'énergie fossile pour avoir une chance de préserver le climat. Force est de constater que l'Irak ne compte pas s'y plier : le gouvernement a donné le coup d'envoi à un projet gazier pour le moins polluant, signé avec la multinationale américaine Baker Hugues dès 2017, selon un communiqué du ministère du Pétrole envoyé dimanche à la presse.
Celui-ci consiste à recourir au "torchage" de 200 millions de pieds cubes (environ 5,6 millions de mètres cubes) de gaz par jour, sur deux champs pétroliers situés au sud. Concrètement, il s'agira de brûler le gaz qui s'échappe lors du processus d'extraction de brut, une opération qui se manifeste par une flamme sortant d'une torchère.
Destiné à "exploiter le gaz qui s'échappe de tous les champs pétroliers dans tout l'Irak", le projet devra "consolider la production nationale de gaz et préserver un environnement propre", a indiqué le ministre Ihssan Ismaïl cité par le communiqué.
Crise énergétique
Mais le torchage entraînera la libération de quantités gigantesques de gaz à effet de serre dans l'atmosphère. Et dégagera notamment du méthane, aux effets réchauffants 80 fois plus puissants que ceux du dioxyde de carbone sur un horizon de 20 ans.
Malgré ses conséquences pour le moins néfastes sur le climat, la pratique subsiste pour une raison simple : elle s'avère bien moins coûteuse que le traitement du gaz à commercialiser. Un argument de taille pour l'Irak, qui dispose d'immenses réserves d'hydrocarbures, mais traverse une lourde crise énergétique. En effet, le pays se trouve dans une situation d'ultra-dépendance à son voisin iranien, à qui il doit dix milliards de dollars en échange de la fourniture d'un tiers de ses besoins en gaz et en électricité. En cause : un manque d'investissements et la vétusté du réseau irakien, que les dirigeants du pays tentent d'expliquer par la baisse des cours du baril.