La mer, trésor français (14/14) : DCNS sur tous les fronts

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DCNS possède deux turbines dans une ferme pilote développée par EDF en rade de Paimpol, et deux autres dans la baie de Fundy, au Canada.
DCNS possède deux turbines dans une ferme pilote développée par EDF en rade de Paimpol, et deux autres dans la baie de Fundy, au Canada. (Crédits : DCNS)
[ Série d'été - Hebdo #178 "La mer, terre d'entrepreneurs" ] Le géant de la défense navale lève des fonds pour filialiser son activité "énergies marines", déployée sur toutes les technologies.

« Nous avons une stratégie de premier entrant sur le marché que nous essayons de développer avec une logique de prestations clés en main », résume Thierry Kalanquin, qui dirige l'activité Énergies et infrastructures marines pour DCNS.

Présent dans l'éolien flottant, l'hydrolien et l'énergie thermique des mers (ETM), le groupe, qui dispose de la plus large palette du secteur, élabore des installations raccordées à la terre, ce qui évite à ses clients de devoir gérer la complexité des interfaces entre les différents lots. Pour ce faire, le spécialiste de la défense navale développe un nouveau savoir-faire en termes de réseaux sous-marins.

« Les énergies marines se composent de systèmes complexes où cohabitent de nombreuses technologies, rappelle Thierry Kalanquin. Nous nous positionnons en maître d'oeuvre et intégrateur de briques prises à la fois en interne, et auprès des autres acteurs de la filière pour les compétences qui ne sont pas dans notre coeur de métier : fabrication de turbine, de béton, techniques d'ancrage... »

L'hydrolien passe au stade industriel

L'hydrolien, qui, affirme Thierry Kalanquin, « bascule cette année de la R&D au stade industriel », est la technologie la plus mature. Sur un potentiel mondial évalué à 100 GW, DCNS estime que 50 GW seulement sont accessibles et 25 GW exploitables aujourd'hui de façon compétitive. Mais le marché est global et de nombreuses zones se développent simultanément, impliquant de s'y implanter en parallèle.

« Dans ce contexte, impossible de travailler en séquentiel, détaille Thierry Kalanquin.

Mais posséder de fortes références sur son marché national reste un avantage important. » C'est pourquoi il apprécie tout particulièrement la récente annonce d'appels d'offres commerciaux.

Les moyens d'être dans la course

Pour l'éolien flottant, « qui va basculer dans les deux à trois ans », la France « se donne les moyens d'être dans la course, et on ne peut que saluer la politique menée en matière de fermes pilotes et les annonces de fermes commerciales », affirme-t-il.

À l'inverse de l'hydrolien qui reste un marché de niche, l'éolien flottant présente un potentiel énorme que certaines études évaluent jusqu'à 3.500 GW. Mais, outre le coût de raccordement à terre qui limite la compétitivité au-delà de 50 kilomètres, la proximité des zones de consommation restreint ce potentiel.

Quant à l'ETM, un marché de niche réservé aux zones tropicales puisqu'il s'agit d'exploiter la différence de température entre eaux profondes et eaux de surface, DCNS dispose, avec les DOMCOM, d'un laboratoire idéal. Après un prototype à terre de quelques kilowatts à La Réunion ayant permis de valider la technologie, le groupe mène à la Martinique le projet Nemo (10 MW) dans le cadre du programme européen de financement. La mise à l'eau est prévue pour 2020. Mieux encore que l'hydrolien, très prédictible à l'inverse de la plupart des énergies renouvelables, l'ETM peut servir d'énergie de base. Un atout précieux dans les zones insulaires au foncier limité et qui importent 100 % d'énergies fossiles.

1 milliard de chiffre d'affaires dans dix ans

Aujourd'hui émergentes, ces énergies marines n'en constituent pas moins une piste de croissance prometteuse : Thierry Kalanquin vise la place de leader européen du secteur, avec un chiffre d'affaires de un milliard d'euros et 25 % de part de marché d'ici à dix ans.

Pour s'en donner les moyens, DCNS, qui affiche également de grandes ambitions sur son coeur de métier, a décidé de filialiser ces activités, tout en demeurant l'actionnaire majoritaire. « Pendant la phase de R&D, c'est confortable d'être incubé, mais la filialisation s'accompagne de l'autonomie d'action et de gestion nécessaire pour opérer sur un marché de l'énergie très différent de celui de la défense. » Une levée de fonds destinée à financer le passage de la R&D à la phase industrielle doit s'achever d'ici à la fin de l'année.

Mais, pour que le leadership de DCNS entraîne l'écosystème français dans son ensemble, encore faut-il que des filières se mettent en place dans des délais suffisamment courts pour garantir que les bases industrielles de ces différentes technologies démarrent bien dans l'Hexagone. « Il y a toujours une prime aux premiers entrants », rappelle Thierry Kalanquin.

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Commentaires
a écrit le 11/09/2016 à 10:34 :
De DCNS, Flexblue la centrale nucléaire sous marine est un projet intéressant, mais politiquement incorrect ?

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