La qualité de l’air, grande absente de la PAC post 2020 ?

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Les agriculteurs reçoivent des aides de la PAC pour laisser des zones d'habitat naturel entre les cultures.
Les agriculteurs reçoivent des aides de la PAC pour laisser des zones d'habitat naturel entre les cultures. (Crédits : Cee Bee/Flickr)
Troisième source de mortalité en France, la qualité de l’air dépend notamment des activités agricoles. Une réalité pour l’instant peu abordée dans les débats sur la réforme de la Politique agricole commune (PAC). Un article de notre partenaire Euractiv.

Allier agriculture productive et qualité de l'air ? C'est la question que se sont posée les participants du colloque "Comment concilier agriculture et qualité de l'air ?", organisé  par les Chambres d'agriculture et la fédération ATMO France (associations de surveillance de la qualité de l'air).

L'agriculture émet en effet des particules fines et autres composants azotés.  Les activités agricoles seraient notamment en France à l'origine de 97 % des émissions d'ammoniac, un gaz précurseur qui, une fois au contact d'autres molécules dans l'air, contribue à l'effet de serre. Coupable, mais également victime, le secteur agricole serait également affecté par la pollution de l'air.

La photosynthèse, notamment du blé, du soja et du coton, serait affectée par l'excès d'ozone provoqué par les émissions de protoxydes d'azote notamment, au point que le rendement du blé en Île-de-France pourrait chuter de 10 % en raison de l'air vicié selon l'Inra.

Une priorité européenne éludée dans la PAC

La qualité de l'air constitue un axe clé de la politique environnementale de l'Union européenne. Des directives ont été prises à ce sujet dès les années 1980 et le Commissaire à l'environnement Karmenu Vella a récemment réaffirmé l'importance de cet enjeu lors d'une réunion ministérielle le 30 janvier.

Concernant l'agriculture, l'action européenne s'est concentrée sur l'objectif de limiter les émissions d'ammoniac, qui fait l'objet de quotas d'émission maximale depuis 2016. La France a d'ailleurs récemment été épinglée sur la question par la Commission.

Pour autant, on ne trouve que peu de références à l'objectif de qualité de l'air dans la PAC, principal cadre réglementaire en matière d'agriculture et dont la réforme est en cours de réflexion. Les débats font pour l'instant peu état du lien entre agriculture et qualité de l'air, les résultats de la consultation publique réalisée l'année dernière par la Commission n'ayant par exemple pas fait émerger le sujet.

Cet oubli contraste avec le tournant environnemental pris par la PAC en 2013, date de sa dernière réforme. Des objectifs environnementaux avaient été ajoutés aux critères d'attribution des subventions agricoles, sur le principe du pollueur-payeur. Ces critères concernent principalement la préservation des habitats naturels et laissent de côté la question de la qualité de l'air.

L'idée d'étendre la conditionnalité des aides fait déjà grincer des dents. Représentant le ministère de l'Agriculture au colloque, Rik Vandererven, chef du Bureau des actions territoriales et agroenvironnementales, a clairement affiché son opposition à une telle mesure.

« L'objectif du ministère de l'Agriculture est de cibler davantage la conditionnalité des aides sur les enjeux importants. Il n'est pas aujourd'hui dans nos projets de mettre en place une conditionnalité des aides PAC sur la qualité de l'air », a-t-il déclaré.

Les pesticides, prochain terrain de réglementation ?

« On en revient au même type de discussion à savoir qu'est-ce qu'on fait rentrer dans la conditionnalité, comment on oriente les aides », remarque Charlotte Lepitre, coordinatrice du réseau Santé environnement, qui rappelle qu'une même interrogation s'était posée pour les pesticides lors de la dernière réforme de la PAC, l'idée ayant par la suite été abandonnée.

Les pesticides représentent une autre forme de pollution de l'air produite par les activités agricoles. Réglementée au niveau national et européen, leur présence dans l'air reste pour l'instant peu surveillée du fait des insuffisances de la recherche sur cette question. Les programmes de recherche débutent sur le sujet, la prise de conscience ayant été plus tardive que pour la problématique des produits phytosanitaires dans l'eau. Une campagne exploratoire devrait néanmoins être lancée cette année au niveau national, afin de mesurer l'exposition moyenne de la population française à ces produits, à la fois dans l'air, l'eau et l'alimentation.

Guy Bergé, président d'ATMO France, salue cette approche « intégrée », prenant en compte divers types de pollution et qui devrait permettre de ce fait de mieux réguler, également au niveau européen.

« On augmente le niveau de connaissances et une fois qu'il est présent, il faudra certainement réglementer, mais à condition de donner des solutions alternatives aux agriculteurs. »

Sur la question de la PAC, le président d'ATMO France souligne:

« Il faut bien sûr un cadre réglementaire et un cadre incitatif, avec une incitation peut-être financière, mais il faut aussi prévoir un cadre d'expérimentation et de liberté. (...) La science a évolué par tâtonnement et je crois que dans ce domaine-là on doit pouvoir également essayer et tâtonner. »

Par Claire Guyot, Euractiv.com.

(Article publié le mercredi 7 février à 11:03)

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a écrit le 09/02/2018 à 7:34 :
Supprimons les agriculteurs, comme cela, plus de pollution, ni de décès. Bon, plus de "bouffe" non plus, on la remplace par les pilules de l'industrie pharmaceutique ! Zut, c'est aussi du "chimique".
a écrit le 09/02/2018 à 4:10 :
Quand on voit les abeilles qui meurent par millions, meme dans les villes, à nos fenetres, il y a de quoi s'inquiéter...mais chut, silence, ils ne veulent rien nous dire.
a écrit le 08/02/2018 à 14:26 :
C'est tellement plus facile de s'attaquer aux automobilistes ! Alors que au niveau national, la pollution aux particules fines liée au trafic routier est inférieure à celle liée à l'agriculture... D'un côté on en fait des montagnes, de l'autre, on reste muet. Il y a un sérieux problème.
a écrit le 08/02/2018 à 9:27 :
En matière d'agriculture le déni de l'empoisonnement généralisé lié aux actionnaires de l'agro-industrie est total, pire les agriculteurs en bons asservis qu'ils sont ne veulent pas en parler, ils se gardent ces maladies pour eux, leur donne des petits noms comme le moellon, pensant peut-être que c'est leur privilège de mourir de cancer des os, du sang ou de leucémie, c'est étrange mais ils en ont rien à faire que leurs enfants s'empoisonnent pareil en travaillant dans les champs alors qu'ils le savent très bien, ils vont vous affirmer que monsanto veut le bien de l'humanité seulement parce que leur fournissant leurs doses quotidiennes qu'ils injectent à leurs cultures qui nous l'injectent ensuite.

Cette magistrale duperie des actionnaires milliardaires envers le milieu agricole ne peut plus s'expliquer que par la bêtise sans fin des agriculteurs et l'avidité inhumaine exponentielle des fabricants de poisons, il y a un véritable lien, pervers, tissé entre eux, un lien puissant car mortel, les esclaves sont fiers d'aller mourir au combat pour la marge bénéficiaire de l'actionnaire.

Bref, ça va pas être facile de redresser le monde, on part de bien trop loin, d'ailleurs on est toujours pas encore parti.

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