Le charbon toujours au cœur du système énergétique mondial

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A l'échelle du G20, la part du charbon (en baisse de 2,5% entre 2014 et 2015), s'est accrue en 15 ans dans le mix énergétique, passant de 27% en 2000 à 33% en 2015.
A l'échelle du G20, la part du charbon (en baisse de 2,5% entre 2014 et 2015), s'est accrue en 15 ans dans le mix énergétique, passant de 27% en 2000 à 33% en 2015. (Crédits : © Mukesh Gupta / Reuters)
Au niveau mondial, le découplage se poursuit entre croissance économique et émissions de gaz à effet de serre. Mais cela masque des situations contrastées et le charbon a de beaux jours devant lui, notamment en Asie.

Bonne nouvelle pour le climat. Au sein des pays du G20 (80% de la consommation énergétique mondiale), le découplage entre la croissance économique (+2,8%), la consommation d'énergie (+0,5%) et les émissions de CO2 (-0,2%), observé pour la première fois en 2014, se confirme en 2015. Mais ces chiffres, présentés par Enerdata dans son vingtième bilan énergétique mondial, dissimulent des situations très différentes. Et si la part du charbon a reculé de 2,7% en 2015, dans la durée elle demeure prépondérante, et la tendance risque de se poursuivre.

Progrès de la Chine et des Etats-Unis

La tendance mondiale suit celle des deux poids lourds de l'économie que sont les Etats-Unis et la Chine (50% des émissions mondiales à eux deux), qui, dans des configurations bien distinctes, connaissent une amélioration de leur efficacité énergétique assortie d'une décarbonation de leur mix énergétique, qui sont les deux leviers d'une décarbonation de l'économie.

La Chine a vu la part du charbon dans son électricité passer de 77% en 2000 à 70% en 2015. Sa consommation, en baisse pour la deuxième année consécutive, est notamment liée à la production d'acier et de ciment, qui contribue de moins en moins à la croissance du PIB. Cela reflète un début de bascule de son économie de l'industrie vers les services, qui devrait s'accentuer dans les prochaines années conformément au treizième plan quinquennal annoncé fin 2015. En revanche, comme en Inde, sa consommation de pétrole continue de s'accroître avec le développement massif du parc automobile.

Autre tendance qui devrait se confirmer, le développement des énergies renouvelables à marche forcée. Déjà premier acteur mondial en matière de capacités cumulées installées et depuis 2015, de capacité additionnelle ajoutée par an, la Chine entend bien conforter son leadership.

Aux Etats-Unis, le charbon cède de plus en plus de terrain au gaz, et notamment au gaz non conventionnel, qui représente les deux-tiers de la production. Avant même l'entrée en vigueur du Clean Power Act (pour l'heure retoqué par la Cour Suprême), 14,5 GW de capacités de production ont été fermées au cours de l'année 2015.

Part accrue du charbon en 15 ans

La Chine (50% de la consommation mondiale de charbon) et les Etats-Unis compensent aujourd'hui largement l'évolution de l'Inde. Avec un mix électrique carboné à 76% (un chiffre qui continue de croître, avec 20 GW de capacités nouvelles installées en 2015), celle-ci voit son économie, sa consommation d'énergie et ses émissions de CO2 de façon quasi proportionnelle, à un rythme annuel de quelque 8%. En outre, les projets de centrales à charbon demeurent très nombreux. C'est le cas également dans d'autres pays asiatiques, tels que le Pakistan ou l'Indonésie, dans lesquels la Chine investit massivement.

A l'échelle du G20, la part du charbon (en baisse de 2,5% entre 2014 et 2015), s'est accrue en 15 ans dans le mix énergétique, passant de 27% en 2000 à 33% en 2015. Dans l'électricité, elle est restée stable sur cette période, à 43%, ce qui en fait, de très loin, la première source d'énergie utilisée pour produire de l'électricité. D'ailleurs, à l'exception des énergies renouvelables qui passent de 17% en 2000 à 23% en 2015, essentiellement grâce à l'éolien, ce mix électrique demeure stable.

Décarboner l'économie au rythme de 6% par an

Or, selon les scénarios étudiés par Enerdata, de profondes ruptures sont nécessaires pour espérer contenir la hausse des températures entre 1,5°C et 2°C, la compilation des engagements déposés par les pays en amont de la COP21 aboutissant à une hausse plus proche des 3,5°C. En effet, à croissance économique égale, les émissions dépendent à la fois de l'efficacité énergétique et de la composition du mix.

Ainsi, en prenant pour hypothèse une croissance annuelle moyenne de 3 à 3,5%, il faudrait abaisser la part d'énergies fossiles à 50% du mix à l'horizon 2040 et décarboner l'économie de quelque 6% par an, au lieu de 2% à 3% ces dernières années...

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Commentaires
a écrit le 08/06/2016 à 17:56 :
On "oublie" toujours de dire que, parmi les moyens de production d'électricité décarbonée, le nucléaire reste, de loin, beaucoup plus performant que certaines ENR (PV et éolien, en particulier) dont les productions alternatives et aléatoires nécessitent, en l'absence de possibilités limitées de stockage, l'installation complémentaire de centrales thermiques à flamme (et souvent, au charbon!), pour "passer les creux" (nuit et jours sans vent). C'est d'ailleurs ce qui rend le fameux "modèle" allemand très discutable!... (Coût du KWh double et émissions de GES presque double de son homologue français!
Pourquoi ce silence?...
a écrit le 01/06/2016 à 12:35 :
Bonjour

"La tendance mondiale suit celle des deux poids lourds de l'économie que sont les Etats-Unis et la Chine (50% des émissions mondiales à eux deux),"

S'il s'agit bien des émissions de gaz à effet de serre, ce taux de 50 % me paraît élevé. Env. 40 % me semblent plus proches de la réalité (si je me fie notamment à d'autres études censées être autorisées également).

Cdt

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