Le pétrole à 20 dollars : Donald Trump joue les médiateurs... pour sauver le schiste américain

Les Etats-Unis tentent de convaincre l'Arabie saoudite et la Russie de mettre un terme à leur conflit, qui pèse sur les cours du brut. L'avenir du schiste américain en dépend.

4 mn

(Crédits : Reuters)

Publiquement, Donald Trump ne cesse de se féliciter du plongeon récent des cours du pétrole, qui a fait fondre les prix à la pompe pour les automobilistes américains. En coulisses, pourtant, le locataire de la Maison Blanche et son administration s'activent pour jouer les médiateurs entre l'Arabie Saoudite et la Russie, en conflit depuis l'échec de leurs négociations, début mars, sur une nouvelle baisse de la production. L'enjeu est crucial pour Washington: sauver de la faillite l'industrie du schiste américain pour maintenir l'indépendance énergétique du pays, si importante sur le plan géopolitique.

Lundi, alors que le baril de WTI retombait à 20 dollars à New York, son plus bas niveau depuis 2002, Donald Trump a ainsi évoqué la question du pétrole au cours d'un entretien téléphonique avec Vladimir Poutine. Selon le Kremlin, les présidents américain et russe ont demandé à leurs ministres de l'énergie d'entamer des discutions. La semaine dernière, Mike Pompeo, le secrétaire d'Etat américain, s'était également entretenu avec le prince héritier Mohammed ben Salmane, implorant l'Arabie saoudite, le principal allié de Washington au Moyen-Orient, de "se montrer à la hauteur" pour stabiliser le marché.

A 20 dollars le baril, le modèle économique du pétrole de schiste aux Etats-Unis ne tient plus. L'effondrement des cours pourrait donc être fatal à de nombreuses entreprises du secteur, qui ont besoin, en moyenne, d'un baril autour de 50 dollars pour être rentables. Certes, des efforts sur les coûts, comme ceux mis en place par Occidental Petroleum, pourraient permettre d'abaisser ce seuil, donc de réduire les pertes. Mais le secteur, qui doit cesse investir pour compenser la chute rapide de la production de ses puits, s'est aussi fortement endetté: il devra rembourser 86 milliards d'emprunts sur les quatre prochaines années, selon les calculs de l'agence Moody's.

Double choc

Les cours du pétole sont en chute libre depuis le début de l'année: en janvier, le brut cotait encore à plus de 60 dollars. Ils sont victimes d'un double choc. Un choc de demande, d'abord, précipité par la propagation rapide de l'épidémie de coronavirus et par ses conséquences sur l'économie mondiale. Un choc d'offre, ensuite, alors que l'Arabie saoudite inonde le marché de pétrole à bas prix pour tenter de faire plier son ancien allié russe. Lundi, le régime de Riyad a promis d'aller encore plus loin, portant ses exportations pétrolières à 10,6 millions de barils par jour à partir du mois de mai. Un record.

Pour espérer faire remonter les prix - ou éviter qu'ils ne chutent davantage -, il faut agir sur l'un des deux chocs. Côté demande, un rebond semble peu probable au cours des prochains mois, le temps que l'activité économique redémarre, que le traffic aérien redécolle et que la circulation automobile revienne à la normale. En février, la demande mondiale avait reculé de 4,2 millions de barils, d'après l'Agence internationale à l'énergie. Depuis, les mesures de confinement se sont généralisées en Europe et aux Etats-Unis. En avril, la baisse pourrait ainsi être comprise 15 et 20 millions de barils par jour, estiment les analystes. Soit une chute de 15 à 20% par rapport à 2019.

Chute de la production

Reste donc l'offre, le levier que tente d'actionner l'administration américaine. Mais l'Arabie saoudite et la Russie, qui disposent de marges de manœuvres financières importantes mais pas inépuisables, affichent pour le moment leur détermination. Pour Riyad, il s'agit de sauver l'Opep +, l'alliance entre l'Opep et d'autres pays producteurs, comme la Russie. Ce qui permettrait de faire remonter les cours sur le long terme. De son côté, Moscou ne veut plus être soumis à des quotas de production, afin de gagner des parts de marché, au profit notamment... du schiste américain.

En attendant, les prochains mois s'annoncent difficiles pour les centaines de sociétés américaines d'exploration-production. Certaines pourraient faire faillite, laissant une ardoise importante pour les banques auprès desquelles elles s'étaient endettées. D'autres être rachetées par plus gros. Les puits les moins rentables seront fermés - plus de 50 déjà dans le bassin permien, principale zone de production du schiste aux Etats-Unis. Les investissements baisseront. De quoi entraîner une chute de la production, qui devrait faire perdre au pays son statut de premier producteur mondial. Les plus optimistes se souviendront que le secteur a déjà traversé plusieurs crises. Et qu'il pourra reprendre les forages lorsque les cours seront repartis à la hausse.

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Commentaires 17
à écrit le 04/04/2020 à 0:56
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Les cours du pétole> Une coquille qui sonne comme un lapsus révélateur. Le pétrole en pleine pétole... comme tout le monde, ou presque.

à écrit le 03/04/2020 à 18:54
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information invertie! C'est Poutine ,le maitre du jeu car ce sont les russes, en l’occurrence maitre du temps, qui ont refusé de baisser leur production en toute connaissance de l'effet sur les prix afin de débarrasser le marché du pétrole de schist...

à écrit le 03/04/2020 à 18:47
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information invertie! C'est Poutine ,le maitre du jeu car ce sont les russes, en l’occurrence maitre du temps, qui ont refusé de baisser leur production en toute connaissance de l'effet sur les prix afin de débarrasser le marché du pétrole de schist...

à écrit le 02/04/2020 à 16:26
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C'est là où Trump se montre pitoyable. Et où il trouve plus malin que lui. Les Chinois auraient fait exprès avec le Covid, les Arabes avec le Pétrole à 0$ et les Russes avec leur résilience, il n'y a qu'un pas vers la théorie de la conspiration,...

à écrit le 01/04/2020 à 2:33
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Au regard des sanctions éternelles américaines contre Cuba , et de celles qui tuent en Iran , et de celles qui tuent au Vénézuela et en Syrie aussi..., cette chute des cours du pétrole peut être lue comme une contre-sanction Russe. -Il faut s'attend...

à écrit le 01/04/2020 à 0:52
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Vive les "discutions" de l'article ! A quand les "négociassions" ?

à écrit le 01/04/2020 à 0:41
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Peut-être serait-il bon de rappeler que les USA demandent aux autres de limiter leur production, mais eux-même n'ont jamais voulu le faire et ne participaient pas l'OPEP+. Mais on peut s'attendre à un essai de coup d'état organisé par la CIA en A...

à écrit le 31/03/2020 à 21:15
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Et alors !! nous a la pompe on le paye toujours aussi cher 😂

le 31/03/2020 à 22:35
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En économie les choses sont complexes et multivariables jamais monovariables. Vous souhaitez moins de taxes ou plus du tout de taxes sur l'essence, alors, ce sera le gaspillage sans frein et on fera partir plus de devises c.à.d. notre richesse vers l...

à écrit le 31/03/2020 à 15:51
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a mon avis y en a qui vont raser les murs quand ça commence a perdre beaucoup de dollars la finance fera tout pour y remédier .un petit coup d etat ou une grosse peau de bananes .

à écrit le 31/03/2020 à 13:06
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Sur ce coup MBS fait cavalier seul. A 20 $/bbl, aucun pays de l'OPEP+ ne fait de bénéfice et la plupart des pays exportateurs, dont l'équilibre du budget dépend des ventes pétrole, s'appauvrissent à une allure accélérée, y compris la Russie. Entre...

le 03/04/2020 à 18:58
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En fait les russes et les saouds ont été tres énervés de la montée en puissance du pétrole de schistes US hors accord commun. On peut donc tout imaginer en manière de complicité , y compris avec la Chine qui veut caser son petroyuan!

à écrit le 31/03/2020 à 12:44
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Dans un mois le WTI sera au double d'aujourd'hui.. avoir du cash est magique en ce moment..

le 31/03/2020 à 13:43
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Pas vraiment non, dans 1 mois le réservoir de ma voiture sera encore plein comme pas mal de monde...

à écrit le 31/03/2020 à 11:48
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Grosse partie de bras de fer à priori. Quoique! Cela ne devrait pas être trop compliqué pour mettre Ben Salmane sous contrôle vu les casseroles qu'il traîne: la CIA a un dossier long comme le bras. Poutine a intérêt à ce que Donald soit à nouveau...

à écrit le 31/03/2020 à 11:28
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Puisse la crise actuelle se solder par la régression d'une économie basée sur les transports.

à écrit le 31/03/2020 à 10:42
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Une restructuration sévère à venir du secteur pétrolier, cela ne peut pas lui faire de mal peut-être que la pensée à long terme va enfin s'y installer plutôt que la cupidité à perpétuité.

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