Le baril de pétrole à 20 dollars : quelles conséquences ?

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(Crédits : Sergei Karpukhin)
Prix à la pompe, politiques d'austérité, crises sociales, faillites et baisse des investissements... Le plongeon des cours du brut ne sera pas sans conséquences.

Retombé mercredi sous la barre des 20 dollars à New York (avant de repartir à la hausse jeudi), le baril de pétrole n'avait plus évolué à de tels niveaux depuis 2002. En chute libre depuis le début de l'année - en janvier, le brut cotait à plus de 60 dollars -, les cours sont victimes d'un double choc. Un choc de demande, d'abord, précipité par l'épidémie de coronavirus et ses conséquences sur l'économie. Un choc d'offre, ensuite, en raison du conflit opposant l'Arabie saoudite et la Russie, deux des trois plus gros producteurs mondiaux, après l'échec de leurs négociations pour réduire la production afin de soutenir les cours. Revue de détail des conséquences.

Pour les consommateurs

Conséquence la plus visible du plongeon des cours du brut: les prix à la pompe. En France, le litre de diesel affiche une baisse proche des 20 centimes depuis le début de l'année, touchant son plus bas niveau depuis 2017. Le repli est plus limité pour l'essence (environ 13 centimes). Cette chute reste cependant moins marquée que l'évolution du baril. Pour deux raisons. D'abord, parce que les taxes représentent une part importante de la facture payée par les consommateurs. Ensuite, parce que l'ajustement des prix à la pompe prend du temps à se matérialiser. Ces derniers devraient donc poursuivre leur baisse.

Pour l'Arabie saoudite et la Russie

Après le refus de Moscou de baisser sa production, Riyad a riposté en baissant ses prix de vente et en augmentant fortement sa production. A 20 dollars le baril, l'Arabie saoudite ne perd pas d'argent: la production d'un baril ne lui coûte que 2,80 dollars. Mais le régime a aussi besoin d'un baril à plus de 80 dollars pour équilibrer son budget. Et pour mener ses ambitieux plans de diversification de l'économie. En Russie, les coûts de production sont nettement plus élevés, au-delà des 20 dollars. Mais le budget peut être équilibré avec un cours évoluant entre 40 et 50 dollars. Si les deux pays disposent, en outre, de marges de manœuvres financières, ils ne pourront cependant pas résister sur la durée, estiment les observateurs. Reste à savoir lequel cédera le premier.

Pour le schiste américain

Après des années fastes, le pétrole de schiste américain traversait déjà une période difficile. L'effondrement des cours pourrait donc être fatal à de nombreuses entreprises du secteur, qui ont besoin, en moyenne, d'un baril autour de 50 dollars pour être rentables. Certes, des efforts sur les coûts, comme ceux réalisés en 2014, pourraient permettre d'abaisser ce seuil. Mais le secteur s'est aussi fortement endetté: il devra rembourser 86 milliards d'emprunts sur les quatre prochaines années, selon les calculs de l'agence Moody's. Sans compter que ces sociétés doivent sans cesse creuser pour maintenir leur production. Et donc sans cesse investir. Pour aider les acteurs les plus fragiles, le gouvernement américain envisage un plan d'aide. Un enjeu crucial pour maintenir l'indépendance énergétique américaine.

Pour les autres pays producteurs

Au-delà des trois mastodontes du marché, la chute des prix pourraient avoir des conséquences bien plus dramatiques pour les autres pays producteurs. Et plus particulièrement pour les pays émergents, dont le budget repose grandement sur les recettes liées au pétrole. En Afrique, l'Algérie, le Nigéria ou encore l'Angola pourraient être les victimes collatérales du coronavirus et du conflit entre Riyad et Moscou. L'Irak, l'Iran, la Libye ou encore le Venezuela sont également concernés. Si les cours ne remontent pas rapidement, tous ces pays devront certainement prendre des mesures drastiques d'austérité, qui pourraient se traduire en crise sociale. Voire même en crise politique.

Pour les groupes pétroliers

Première conséquence pour les six majors occidentales du pétrole: une forte chute boursière. Depuis le début de l'année, leurs titres ont chuté entre 50% et 60%. Un baril à 20 dollars menace désormais leur rentabilité. Et devrait se traduire par une forte baisse des dépenses d'investissements, au moins à court terme en attendant un rebond des cours. Si les cours ne remontent pas, se posera certainement la question des généreux dividendes versés aux actionnaires. Mais la marge de manœuvre est étroite pour ne pas précipiter une nouvelle baisse en Bourse. L'impact s'annonce encore plus catastrophique pour les groupes parapétroliers, qui souffriront de la baisse des investissements.

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Commentaires
a écrit le 23/03/2020 à 3:23 :
" ....l'ajustement des prix à la pompe prend du temps à se matérialiser "!?! ....a la baisse !
Par contre a kla hausse c'est trés réactif : cherchez l'erreur ou plutôt l'arnaque !!!
a écrit le 21/03/2020 à 17:36 :
L'article ne le mentionne pas, mais quid du pétrole de la Mer du Nord dont les couts d'extraction sont les plus hauts ? No amis anglais et norvégiens qui passent leurs temps à nous donner des leçon de gestion publique vont-ils bientôt ravaler leurs pudding et autres rollmops ?
a écrit le 21/03/2020 à 17:20 :
Pour une fois notre balance de commerce extérieure devrait être excédentaire vu que le pétrole est la principale cause du déficit . La guerre entre Arabe et Russe risque de durer , Poutine voulant une revanche sur les Us...Maintenant BMS a un budget à tenir , des fins de mois difficile ?
a écrit le 21/03/2020 à 10:08 :
Pourquoi certains commentaires , pas plus bètes que d'autres ne sont pas publiés ?
Il faut etre de la famille ?
a écrit le 21/03/2020 à 9:17 :
Suis intéressé de voir les répercussions de la baisse du Pétrole sur l’économie Algérienne et leurs répercussions sur la population.
Heureusement en France on a pas de pétrole mais encore quelques idées .....et surtout un État providence avec l’argent des contribuables.
Réponse de le 21/03/2020 à 12:03 :
L argent de contribuables ? Non mais une dette roulante non maitriser... Merci les allemands qui bossent pour nous garantir des taux bas
a écrit le 20/03/2020 à 15:12 :
Il y a plus pays pauvres sans pétrole que de pays avec pétrole, donc pour eux c'est une aubaine ! Pour les pays riches ils récupèrent une partie du pib qui partait sous d'autres cieux et qui est responsable de la grande récession de 1973. En attendant le pétrole sera encore l'énergie prépondérante ds le monde.
Réponse de le 20/03/2020 à 17:11 :
Avec à court terme, une énergie solaire à moins de 0.01€/Kwh avec le recours à plusieurs améliorations techniques réalisables avec des solutions technologiques et technicoscientifiques materiaux avancés qui existent déjà et qui sont déjà en partie utilisés pour d'autres applications nanotechnologiques et qu'il suffit d'associer de maniére bien comprise , on a vite fait d'en déduire que le pétrole ne sera plus aussi indispensable et dominant. En particulier avec l'avènement des véhicules électro-solaires beaucoup plus performants ( voir Light Year et la Sion de Sono Motors) et qui peuvent devenir encore dix fois plus performants avec des solutions photovoltaïques nouvelles ( avec des materiaux moins rares , moins chers et plus écologiques et également beaucoup plus stables) et avec l'association de plusieurs facteurs décisifs : a) un encapsulement transparent anti-réfléchissant, b) les systèmes multicouches qui élargissent la bande d'absorption du rayonnement solaire c) le recours aux nouvelles générations d' électrodes transparentes conductrices beaucoup plus performantes, et sans compter les performances nettement améliorées des systèmes de stockage de l'énergie électrique.
Si on ne parle pas encore beaucoup de ces solutions dans les médias et les milieux des statistiques et prévisions économiques, c'est en fait le résultat d'un trop grand cloisonnement entre disciplines scientifiques et monde technologique industriel, et le manque de savoir technologique plus récent et plus avancé, des milieux de la finance et de la gestion administrative qui décident des investissements. Pour combler ces lacunes il serait nécessaire de disposer de plus de polyvalence économique, commerciale, industrielle et scientifique plus avancée, et ce que pour l'heure les grandes institutions universitaires et les grandes écoles dites "scientifiques" ou "commerciale" ou "administratives" ne savent pas encore correctement assurer.
a écrit le 20/03/2020 à 13:02 :
Pour le consommateur, ben ça n'a pas d'effet. Étant confiné, on a pas le droit de faire le plein pour profiter des prix bas.... Donc aucun intérêt pour nous malheureusement.
Réponse de le 20/03/2020 à 13:54 :
vous vous faites livrer vos courses ? Si vous ne sortez pas acheter à manger (case prévue pour sur le formulaire d'auto-autorisation de sortie), ça ne pourra durer très longtemps, jeûne peut-être ?
Si vous vous aventurez dehors, rien ne vous empêche de remplir le réservoir en passant mais confiné vous ne roulez presque pas, comment remplir un réservoir plein, pas de trajet à faire chaque jour ?
Patience pour voir les prix baisser encore, y a de l'inertie entre les puits et la pompe, la matière doit voyager, c'est pas comme le gaz ou l'électricité où ça fonctionne en direct, "flux tendu", le gaz du gros tuyau arrive très vite chez nous par le petit. Le plancher de prix sera la TICPE + TVA 20%, payée au litre, même avec le pétrole gratuit.
Mardi j'en ai acheté à 1,22€/L (gazole) c'était 1,489 y a 4-5 semaines (je fais le plein quand arrivé à 1/2, j'aime pas approcher de 0)
Réponse de le 20/03/2020 à 17:06 :
profiter des prix bas ???
laissez moi rire en janvier 63dollars le baril prix a la pompe 1.45 diesel et 1.55e l'essence
aujourd'hui chutte de presque 2/3.... du prix du baril et seulement 10% de basse à la pompe .........
Réponse de le 21/03/2020 à 8:44 :
La baisse se voit bien à la pompe.

Et pour ceux qui se chauffent encore au fioul, c'est le moment de se faire livrer et de remplir les cuves pour l"hiver prochain.

Il y a peu de chance que la baisse soit accentuée, ni quelle continue encore longtemps. La Chine est en train de reprendre son activité et c'est le premier client mondial sur le marché du pétrole, donc les cours vont remonter.
a écrit le 20/03/2020 à 11:04 :
Une économie basée sur le pétrole et les transports est vouée à disparaître. L'épisode coronavirus en est la démonstration. Saura-t-on en tirer les conclusions ?
Force est de constater que les écologistes ont quand même un peu raison, voire être trop raisonnables.
Réponse de le 20/03/2020 à 13:58 :
Les pays producteurs vont devoir trouver une alternative, c'est souvent leur seule ressource, l'énergie. Ils vont finir par devenir hargneux une fois privés de leurs giga dollars quand tout le monde sera électrifié (transport, chauffage, autres). C'est une sorte de poison, les ressources naturelles, ça rend "paresseux", l'argent coule facilement, jusqu'au jour où...........
On devra peut-être subventionner ces pays une fois qu'on boudera leur pétrole ? Il faut y réfléchir.
a écrit le 20/03/2020 à 10:43 :
Quand ça monte , c'est une catastrophe, à la baisse idem. La guéguerre entre les arabes va peut-être se calmer faute de moyens financiers.
Réponse de le 20/03/2020 à 12:50 :
Les choses sont toujours plus complexes que l'on ne croit. Autour du pétrole il y a tout un écosystème qui va souffrir et il a beaucoup de gens en France et ailleurs qui en sont impactés. La baisse entraînera une chute vertigineuse des investissements et ces investissements font travailler des secteurs importants de l'économie ( les fabricants de pompes, de vannes, de capteurs de systèmes de contrôle-commande, de compresseurs, de tuyauteries, de béton, de câbles, de fibre optiques, d'informatique industrielle, des boîtes d'ingéniérie comme Technip et d'autres, des boîtes spécialisés dans la sismique comme CGG,...... bref une très longue chaîne). En plus de cet impact quasi directe, il y a les impacts indirects car les pays pétroliers qui sont des importateurs de biens vont être obligés de se serrer la ceinture, d'où autant de commande à l'industrie qui impactera l'économie mondiale et aussi Française.
Réponse de le 20/03/2020 à 13:16 :
une catastrophe économique pour les pays d afrique et d Amérique du sud.....déjà pas bien riche, voire complètement pauvres....
a écrit le 20/03/2020 à 9:13 :
Une façon de restructurer le secteur, les gros vont manger les petits, un classique dans le milieu hautement stratégique de l'énergie nécessitant que peu de mains le tienne.

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