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ClimatEnergie & Environnement

Le système électrique français face à la canicule : jusqu’ici tout va bien

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 06 août 2018 à 16:36 - Mis à jour le 07 août 2018 à 07:41

Le Quotidien Numérique

17 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Malgré l’arrêt de plusieurs réacteurs et un parc éolien qui tourne au ralenti, la production électrique française couvre largement des besoins limités par une activité économique très réduite. Cependant, le réchauffement climatique pourrait entraîner en France et dans le monde un boom de la climatisation, de sa consommation et des émissions de gaz à effet de serre.

Vingt des 58 réacteurs nucléaires français sont actuellement à l'arrêt, dont quinze pour des travaux de maintenance programmés pendant l'été et quatre à cause de la canicule : Saint-Alban 1 (Isère), Bugey 2 et 3 (Ain) et Fessenheim 1 (Haut-Rhin). D'autres sont contraints de fonctionner à faible régime. En cause : les fortes chaleurs et les normes qui plafonnent la température de l'eau pouvant être rejetée dans les rivières ou dans la mer après avoir été utilisée pour refroidir les réacteurs. Ce phénomène n'est d'ailleurs pas propre à la France, mais touche également des centrales finlandaises, allemandes et suédoises. À ce stade, cette situation est essentiellement liée aux normes instaurées pour protéger la faune et la flore de ces eaux, nettement plus qu'à des températures de l'eau déjà élevées ou à des cours d'eaux asséchés qui les rendraient inutilisables pour refroidir les centrales.

Cela dit, dans son rapport rendu le 5 juillet dernier, la commission d'enquête parlementaire sur la sûreté et la sécurité des installations nucléaires a expressément demandé à EDF d'apporter « la preuve que les réacteurs sont en mesure de résister à tout aléa climatique combinant plusieurs facteurs (canicule, sécheresse, etc.) et affectant plusieurs centrales simultanément ».

Hydroélectricité et photovoltaïque à égalité

En tout état de cause, la production électrique ce lundi 6 juillet en milieu de journée était à 68% d'origine nucléaire. L'hydroélectricité représente 10% du mix électrique, suite à un hiver et un printemps favorables. Bonne nouvelle : les modèles climatiques nous prédisant une généralisation des chaleurs extrêmes (jusqu'à 55°C dans l'Est de la France) prévoient également des précipitations plus importantes en hiver dans les zones tempérées.

Avec 10% de la production également, le solaire aussi tire son épingle du jeu, même si cette technologie, paradoxalement, n'est pas particulièrement friande de chaleur. C'est d'ailleurs pourquoi sous les latitudes tempérées, et en France en particulier, les records de production sont enregistrés en avril et, mai, lors de périodes ensoleillées, mais pas particulièrement chaudes.

L'éolien en revanche tourne au ralenti. L'anticyclone faisant du sur-place au-dessus de nos têtes ne lui est guère favorable. De 18% en moyenne, le facteur de charge des turbines tombe à 12% par temps caniculaire et ne contribue qu'à hauteur de 1% à la production électrique.

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Un pic de consommation estival très inférieur au pic hivernal

Globalement, cette production couvre largement les besoins. Certes, la consommation électrique a atteint le 27 juillet dernier un pic de 58.177 mégawatts (MW), soit plus de 3.000 MW (la production de 3 réacteurs nucléaires) au-dessus de la moyenne d'un mois de juillet. Mais cela reste loin de la pointe hivernale, plus proche de 90 GW, et qui peut même dépasser exceptionnellement les 100 GW, comme cela fut le cas en février 2012.

« Or le système est dimensionné pour passer la pointe de consommation en hiver, rappelle Nicolas Goldberg », manager Energie et environnement chez Colombus Consulting.

Pas de problème d'équilibre entre l'offre et la demande, donc. Contrairement à l'hiver, où un degré de moins génère une consommation électrique additionnelle de 2.400 MW en raison de la prépondérance du chauffage électrique, en été, un degré de plus que les normales de saison n'entraine qu'une surconsommation de 500 MW.

La marge est d'autant plus confortable au creux de l'été, lorsque l'activité industrielle et tertiaire est au plus bas.

« Si une canicule comparable survenait en septembre, cette «  marge à la hausse » serait divisée par trois », souligne Clément Le Roy, spécialiste du secteur de l'énergie et Senior Manager au sein du cabinet Wavestone.

La clim', 37% de la demande électrique mondiale en 2050 ?

Cela dit, en période de canicule, selon RTE, la seule consommation liée à la climatisation représente déjà un impact additionnel de 5GW. Et cela ne devrait pas s'arranger à l'avenir. Les chiffres pour 2018 ne sont pas encore connus, mais les ventes de climatiseurs ont déjà bondi de 8% en France entre 2016 et 2017, à 500.000 unités vendues. Depuis le début de la canicule, la hausse est de 192% par rapport à la même période de l'année dernière. La consommation additionnelle est d'autant plus importante qu'il s'agit pour l'essentiel de matériel à bas prix peu efficace, et ce, d'autant moins par ces fortes chaleurs. Surtout, contrairement aux États-Unis où 90% des ménages en sont équipés, le taux d'équipement n'est (encore) que de 4% en France. Outre les rejets d'air chaud à l'extérieur des bâtiments, la climatisation est dans tous les cas responsable d'un accroissement de la consommation électrique, et contribue donc directement à l'effet de serre responsable du réchauffement climatique.

À l'échelle mondiale, le risque d'emballement est tel que l'Agence internationale de l'énergie a dédié un rapport entier au sujet il y a quelques semaines. Il prédit que la quantité de climatiseurs en service dans le monde pourrait passer de 1,6 milliard (dont la moitié aux États-Unis) à 5,6 milliards en 2050. Dans le même temps, leur consommation globale, de 2.000 térawattheures par an (quatre fois la consommation électrique annuelle française) exploserait et pourrait atteindre 37 % de la demande électrique mondiale, faisant bondir les émissions de gaz à effet de serre de 1,25 milliard de tonnes en 2016 à 2,3 milliards de tonnes en 2050.

La situation est évidemment plus critique dans les pays chauds où elle doit recourir à une électricité carbonée aux heures où le solaire ne produit pas. En France en revanche, les courbes de production de l'électricité photovoltaïque et de consommation électrique liée à la climatisation sont suffisamment proches pour que le solaire soit utilisé, par exemple, en autoconsommation sur de grandes surfaces commerciales.

« La climatisation est un peu le pendant estival du chauffage électrique, observe Nicolas Goldberg. Cela constitue une raison supplémentaire pour une meilleure isolation thermique des bâtiments en général, et des logements en particulier, qui ce soit vis-à-vis du froid ou de la chaleur. »

La multiplication de ces situations devrait servir d'aiguillons à la mise au point de dispositifs de rafraichissement passifs fondés sur l'orientation de l'habitat, le recours à des matériaux plus performants, une plus grande place accordée à l'eau et à la nature en ville, etc. qui n'entraînent pas de surconsommation. Le dispositif de climatisation des caves de Banyuls, qui fonctionne depuis 20 ans grâce à l'énergie solaire, montre que des solutions existent.

Les câbles souterrains d'Enedis victimes de surchauffe

Concernant la résistance physique du matériel, il n'existerait pas même de plan chez RTE, opérateur du réseau de transport à haute et très haute tension. Les câbles, essentiellement aériens, sont faits pour résister aussi bien aux vagues de chaud qu'aux grands froids, nous explique-t-on. En outre, s'il doit y avoir un souci, celui-ci se déclenche en principe dès les premiers jours du phénomène météorologique extrême, ce qui n'a pas été le cas. À moins que l'enquête en cours n'aboutisse à la conclusion que l'incendie du poste électrique d'Harcourt à Issy-les-Moulineaux le 28 juillet dernier, à l'origine de la panne de la gare Montparnasse en plein chassé-croisé estival, soit dû à la chaleur. Une explication possible, mais à ce jour non privilégiée.

Chez Enedis, qui gère le réseau de distribution (moyenne et basse tension), on reconnaît en revanche que les câbles souterrains sont sensibles à la surchauffe. Notamment les boîtes de jonction, qui résistent d'autant plus mal lorsqu'elles sont vieillissantes. C'est ce qui a provoqué un certain nombre d'interventions dans le Sud Est le weekend dernier. Des travaux d'autant plus longs et fastidieux qu'il faut précisément creuser pour remplacer les équipements défectueux. Canicule ou chaleur, l'opérateur est organisé pour dimensionner ses équipes d'astreinte en fonction des alertes météo précises (dites Jéricho) qui lui parviennent. Deux régions sont particulièrement sensibles : le Sud-Est et l'Île-de-France, où la densité et l'effet « îlot de chaleur urbain » accentuent les effets de la canicule.

«On pourrait imaginer qu'en plus des conseils de santé publique, le gouvernement relaie des messages visant à limiter la consommation, de la même façon qu'il le fait pour les alertes Eco2mix» observe Clément Le Roy.

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Lancées par RTE en période de risques de blackout hivernal en Bretagne ou PACA, elles sont destinées à prévenir les usagers des pics de consommations à venir et les appellent à des éco-gestes. L'effort représenté peut atteindre de 1.000 à 5.000 MW selon le niveau de mobilisation.

Dominique Pialot

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