Dans le cadre des nombreuses responsabilités exécutives qu'elles a occupées en France et à l'international au sein de groupes tels que Engie, Vinci Energies, GE/Alstom ou ABB, Corine Dubruel s'est frottée au développement de nouvelles activités, au pilotage d'organisations commerciales et marketing dans les secteurs de l'énergie, des réseaux électriques intelligents et des services industriels et environnementaux. Elle préside le groupement CentraleSupelec Energie et dirige Innoville 2021, une initiative qui vise à rapprocher le privé du public pour construire la ville de demain au service des territoires et des citoyens.
En préambule, Corine Dubruel note que:
Pourtant, cela soulève de nombreuses questions. Par exemple : qui pilote ? Va-t-on vers de nouveaux métiers ? La solution consiste-t-elle à scinder brutalement ses activités comme l'a fait E.ON par exemple ? « La vraie question est de savoir comment aller vers un système durable au service des usagers », rappelle-t-elle.
Elle regrette également qu'on ne se focalise que sur l'énergie électrique, et, par ailleurs, qu'on n'exploite pas suffisamment l'existant, en particulier les centrales à cycles combinés gaz ou les cogénérations industrielles. « Les Allemands, eux, viennent de reconnaître que leur plan Energiewende (transition énergétique, Ndlr) était jusqu'à maintenant trop orienté électricité et viennent de décider de mettre en place des incitations pour développer la cogénération industrielle », souligne-t-elle.
Les centrales à cycles combinés gaz présentent à ses yeux de précieux avantages : une forte rentabilité et une pollution nettement moindre que celle des centrales charbon. « En outre, elles peuvent fournir l'énergie de base, sont rapides à construire, faciles à financer et à exploiter. »
Forte de ses années passées au sein de grands acteurs de l'énergie, elle constate :
Face à des incertitudes majeures portant sur leur compétitivité dans un contexte de prix régulés, sur leur poids sur les marchés de gros, sur les enjeux liés à la sécurité et à la gouvernance de la donnée, etc. elles ont de multiples questions à résoudre : comment organiser le passage d'expérience concernant les métiers et créer des compétences, notamment en intelligence artificielle et en modélisation de systèmes, « car demain ce seront des systèmes de systèmes qu'il faudra gérer » ; comment faire face aux enjeux de transformation liés à l'Internet des objets et notamment au smart home, « vers lequel elles doivent impérativement aller ? »
Chaque semaine, les enjeux clés de la transition écologique.

Pour y parvenir, il importe de faire évoluer les filières de formation et former les trentenaires et les quadragénaires à ces nouveaux métiers. « Tout en conservant des énergéticiens, car un électron reste un électron », observe-t-elle.
Corine Dubruel soulève un raccourci trop souvent constaté :
Autre erreur trop souvent commise : le risque de saturation du réseau électrique par l'injection d'énergies renouvelables intermittentes. Aujourd'hui, il y a 4 gigawatts de capacités solaires installées en France « or le réseau peut en absorber sans problème 20 GW » affirme-t-elle.
« Pour le décentralisé, on peut espérer de vraies capacités de stockage d'ici 3 ans et la parité réseau d'ici 2 ans, estime-t-elle. Mais on devrait concentrer plus d'efforts de R&D sur le stockage avant d'aller vers une énergie décentralisée." Quoi qu'il en soit,
Les années passées au sein de grandes entreprises internationales permettent à Corine Dubruel de distinguer les approches américaine et européenne de la transition énergétique.
En revanche, « comparés aux Etats-Unis, les régulateurs européens sont plutôt en avance quant à leur capacité à inciter les acteurs à la digitalisation. »
Par ailleurs, sur des sujets tels que les micro-grids virtuels, qui permettent de valoriser l'électricité produite entre bâtiments et de développer des économies locales connectées, « l'Europe dispose d'un réseau électrique déjà intelligent et très bien organisé. »
Cependant, « La nécessité d'une vraie politique industrielle commune autour des réseaux électriques s'impose pour mieux mettre en œuvre cette économie d'énergies décentralisées et digitalisées. »
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