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ClimatEnergie & Environnement

Les acteurs de la transition énergétique (4/4): l'experte

Photo de Dominique Pialot

Dominique Pialot

Publié le 29 août 2016 à 08:15

Le Quotidien Numérique

05 juin 2026

Photo d'illustration de l'article
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[ Série d'été ] Energies renouvelables, réseaux intelligents, digitalisation, nouveaux pouvoirs des consommateurs et des collectivités, nouveaux entrants, modèles économiques obsolètes… Quatre acteurs - producteur, consommateur, ONG et experte - exposent les enjeux que représente la transition énergétique pour le secteur. Aujourd'hui, Corine Dubruel, présidente du groupement CentraleSupelec Energie et directeur d'Innoville 2021.

Dans le cadre des nombreuses responsabilités exécutives qu'elles a occupées en France et à l'international au sein de groupes tels que Engie, Vinci Energies, GE/Alstom ou ABB, Corine Dubruel s'est frottée au développement de nouvelles activités, au pilotage d'organisations commerciales et marketing dans les secteurs de l'énergie, des réseaux électriques intelligents et des services industriels et environnementaux. Elle préside le groupement CentraleSupelec Energie et dirige Innoville 2021, une initiative qui vise à rapprocher le privé du public pour construire la ville de demain au service des territoires et des citoyens.

Un système durable au service des usagers

En préambule, Corine Dubruel note que:

« Lorsque le sujet de la transition énergétique est abordé, il est toujours question de l'objectif à atteindre : décarbonation de la production, décentralisation et digitalisation des échanges, mais rarement de l'approche système à adopter pour y parvenir. »

Pourtant, cela soulève de nombreuses questions. Par exemple : qui pilote ? Va-t-on vers de nouveaux métiers ? La solution consiste-t-elle à scinder brutalement ses activités comme l'a fait E.ON par exemple ? « La vraie question est de savoir comment aller vers un système durable au service des usagers », rappelle-t-elle.

Elle regrette également qu'on ne se focalise que sur l'énergie électrique, et, par ailleurs, qu'on n'exploite pas suffisamment l'existant, en particulier les centrales à cycles combinés gaz ou les cogénérations industrielles. « Les Allemands, eux, viennent de reconnaître que leur plan Energiewende (transition énergétique, Ndlr) était jusqu'à maintenant trop orienté électricité et viennent de décider de mettre en place des incitations pour développer la cogénération industrielle », souligne-t-elle.

Les centrales à cycles combinés gaz présentent à ses yeux de précieux avantages : une forte rentabilité et une pollution nettement moindre que celle des centrales charbon. « En outre, elles peuvent fournir l'énergie de base, sont rapides à construire, faciles à financer et à exploiter. »

Organiser le passage d'expérience

Forte de ses années passées au sein de grands acteurs de l'énergie, elle constate :

« Auparavant, les entreprises du secteur raisonnaient à un horizon de 25 ans, maintenant elles doivent se montrer beaucoup plus réactives afin de faire face à une nouvelle forme de concurrence en provenance des GAFAS et des Telcos. »

Face à des incertitudes majeures portant sur leur compétitivité dans un contexte de prix régulés, sur leur poids sur les marchés de gros, sur les enjeux liés à la sécurité et à la gouvernance de la donnée, etc. elles ont de multiples questions à résoudre : comment organiser le passage d'expérience concernant les métiers et créer des compétences, notamment en intelligence artificielle et en modélisation de systèmes, « car demain ce seront des systèmes de systèmes qu'il faudra gérer » ; comment faire face aux enjeux de transformation liés à l'Internet des objets et notamment au smart home, « vers lequel elles doivent impérativement aller ? »

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« Les utilities vont devoir créer très rapidement des compétences informatiques et même des profils de data scientist, affirme Corine Dubruel. En effet, les métiers de demain se créeront majoritairement dans l'exploitation des données aval du compteur, qui génèrera de nouveaux usages et de nouveaux business », anticipe-t-elle.

Pour y parvenir, il importe de faire évoluer les filières de formation et former les trentenaires et les quadragénaires à ces nouveaux métiers. « Tout en conservant des énergéticiens, car un électron reste un électron », observe-t-elle.

Allier services décentralisés et sécurité du centralisé

Corine Dubruel soulève un raccourci trop souvent constaté :

« Les énergies renouvelables ne sont pas toutes décentralisées. Qu'il s'agisse des barrages hydrauliques, pour lesquels il existe encore des opportunités en Afrique ou en Chine, des grandes centrales solaires de Californie ou d'Afrique du Nord ou des grandes fermes éoliennes terrestre, ce sont des productions centralisées. »

Autre erreur trop souvent commise : le risque de saturation du réseau électrique par l'injection d'énergies renouvelables intermittentes. Aujourd'hui, il y a 4 gigawatts de capacités solaires installées en France « or le réseau peut en absorber sans problème 20 GW » affirme-t-elle.

« Pour le décentralisé, on peut espérer de vraies capacités de stockage d'ici 3 ans et la parité réseau d'ici 2 ans, estime-t-elle. Mais on devrait concentrer plus d'efforts de R&D sur le stockage avant d'aller vers une énergie décentralisée." Quoi qu'il en soit,

« il faut assurer concomitamment le développement de services décentralisés et la sécurité du centralisé, dont on aura toujours besoin.»« La question de fonds porte sur la nécessité de diminuer la pollution de façon drastique. Pour cela, il faut supprimer les centrales à charbon et développer les transports propres, électriques et hybrides. Ce qui signifie également construire sans attendre des infrastructures cohérentes. »

Bâtir une politique industrielle commune en Europe

Les années passées au sein de grandes entreprises internationales permettent à Corine Dubruel de distinguer les approches américaine et européenne de la transition énergétique.

« L'Europe devrait se pencher sur le sujet, malheureusement il n'existe pas de consensus sur le système énergétique qui fonctionne, déplore-t-elle. Par exemple, il n'y a pas de position européenne commune sur ce que devrait être la place du nucléaire ou celle des centrales à charbon. »

En revanche, « comparés aux Etats-Unis, les régulateurs européens sont plutôt en avance quant à leur capacité à inciter les acteurs à la digitalisation. »

Par ailleurs, sur des sujets tels que les micro-grids virtuels, qui permettent de valoriser l'électricité produite entre bâtiments et de développer des économies locales connectées, « l'Europe dispose d'un réseau électrique déjà intelligent et très bien organisé. »

De façon générale, « De nombreuses initiatives tendent à prouver que l'Europe saura mettre en place une économie collaborative et décentralisée tout en préservant l'acquis actuel d'un réseau centralisé. »

Cependant, « La nécessité d'une vraie politique industrielle commune autour des réseaux électriques s'impose pour mieux mettre en œuvre cette économie d'énergies décentralisées et digitalisées. »

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  • Les acteurs de la transition énergétique (3/4) : l'ONG

> Retrouvez ici les autres épisodes de "Les acteurs de la transition énergétique" 
et toutes nos autres séries d'été >>

Serie ETE2
Serie ETE2 (Crédits : Photo DR)

Dominique Pialot

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