Les acteurs de la transition énergétique (1/4) : le producteur

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Nicolas Couderc
Nicolas Couderc (Crédits : DR)
[ Série d'été ] Energies renouvelables,  réseaux intelligents, digitalisation, nouveaux pouvoirs des consommateurs et des collectivités, nouveaux entrants, modèles économiques obsolètes… Quatre acteurs - producteur, consommateur, ONG et experte - exposent les enjeux que représente la transition énergétique pour le secteur. Aujourd'hui, Nicolas Couderc, directeur de la Stratégie d’EDF Energies Nouvelles et directeur France et Energies Réparties.

Docteur en économie, Nicolas Couderc a d'abord été enseignant en école de commerce, avant d'intégrer la direction de la stratégie du groupe EDF. Devenu conseiller du directeur général d'EDF Energies Nouvelles en 2014, il est en charge depuis octobre 2015 de la stratégie de la filiale. Il continue en parallèle de donner des cours à l'ESCP Europe, et reconnaît apprécier les « moments de respiration et de questionnement » qui lui procure l'enseignement.

S'il a rejoint la filiale de l'électricien dédiée aux énergies renouvelables (EnR), « moteur en matière de transition énergétique au sein du Groupe », c'est « avec la conviction qu'elles allaient jouer un rôle croissant dans les années à venir ».

La révolution énergétique a déjà eu lieu

Il estime cependant que « la révolution énergétique a déjà eu lieu ».

« Il y a 10 ans, on n'anticipait ni la vitesse, ni l'ampleur de cette évolution,  rappelle-t-il. Aujourd'hui, on observe les signes de cette révolution en termes de coûts, d'acteurs, de périmètre et de financements...»

Naguère technologies de niche réservées aux pays occidentaux, les énergies renouvelables sont aujourd'hui devenues dans certaines régions du monde les technologies les plus compétitives. « C'est fascinant de voir, par exemple,  que les fournisseurs de turbines éoliennes, qui étaient il y a dix ans de grosses PME européennes, sont devenues des entreprises globales, à l'instar de Vestas qui vend ses éoliennes dans plus de 70 pays », cite en exemple Nicolas Couderc.

 « Aujourd'hui, les EnR se développent partout, ajoute-t-il. Là où il n'y a pas de réseau, mais aussi dans des systèmes plus complexes et de plus grande taille. »

Non seulement les investissements sont devenus mondiaux, mais leur montant a également connu une formidable progression, notamment liée au « coût de certains grands projets qui dépasse le milliard d'euros » et à « des exigences en termes de performances, de durée de vie et de sécurité sans commune mesure avec ce qu'elles étaient il y a 10 ans.»

Un nouveau secteur créateur de valeur

Grâce à un soutien politique précoce en Europe, les EnR sont devenues « un nouveau secteur de l'économie européenne, créateur de valeur, d'emplois, d'export et de présence à l'international, observe Nicolas Couderc. Face à l'urgence de la transition énergétique, le secteur a répondu présent et les perspectives futures sont encourageantes : les coûts vont poursuivre leur baisse, l'Europe va atteindre son objectif de 20% d'EnR en 2020. »

Et ça n'est encore qu'un début : « A un horizon de 10 ou 15 ans, la croissance va s'accélérer », affirme-t-il, rappelant que selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), les énergies renouvelables vont croître deux fois plus rapidement dans les 15 prochaines  années qu'elles ne l'ont fait dans les 15 dernières.

Pas de décentralisation totale

Sur le stockage, Nicolas Couderc se montre plus circonspect : « Une révolution semblable aura peut-être lieu, bien qu'il subsiste des incertitudes sur le plan technologique. » En effet, « une division des coûts par trois ou quatre serait nécessaire, ce qui semble impossible sans rupture technologique majeure.»

Cela n'empêche pas une autre tendance de fond de se dessiner : la décentralisation.       « Mais un système électrique totalement décentralisé est impossible, met en garde Nicolas Couderc. Une mutualisation des consommations et une centralisation d'une partie de la production sont nécessaires à l'équilibre du système et cela ne changera pas. »

D'ailleurs, rappelle-t-il, « énergie renouvelable ne veut pas dire nécessairement décentralisée : le dernier appel d'offres éolien au Maroc portait par exemple sur un projet intégré de 850 MW ».

On se dirige néanmoins vers « une polarisation différente, avec un système électrique conservant une colonne vertébrale forte, mais coexistant avec des systèmes locaux, à l'échelle de quelques consommateurs, d'un quartier ou d'un territoire. » D'ailleurs les collectivités locales se saisissent du sujet et sont légitimes à le faire.

Inventer de nouveaux modèles, une nécessité incontournable

Côté financement, Nicolas Couderc se réjouit que les capitaux nécessaires soient « disponibles pour financer la transition, notamment grâce au quantitative easing pratiqué par les banques centrales et aux taux d'intérêt très bas. D'ailleurs, le succès des green bonds le prouve. »

Mais cela ne signifie pas pour autant que la transition soit simple à négocier pour les énergéticiens. « Il est d'autant plus compliqué de s'adapter au changement qu'il est rapide », reconnaît Nicolas Couderc. C'est vrai aujourd'hui dans l'énergie comme ça l'a été hier dans les télécom ou avant-hier dans l'acier.

« Tout ceci entraîne pour les entreprises une transformation de la chaîne de valeur et des marges. Aux énergéticiens d'innover et d'inventer les business models qui permettront de répondre à la demande et aux besoins des clients tout en assurant l'équilibre du réseau. »

Mauvaise nouvelle pour le climat

Pour lui, l'avenir appartient aux énergéticiens qui sauront diversifier leur offre  pour accompagner les demandes de leurs clients. « De vendeurs d'électrons, ils doivent devenir vendeurs de solutions énergétiques. La plupart des clients voudront de tout : profiter des modèles historiques tout en devenant des consomm'acteurs. »

A l'inverse des acteurs allemands, qui ont réagi de manière défensive, en se scindant en deux, « EDF, avec son plan stratégique Cap2030, se positionne au contraire de manière intégrée sur l'ensemble des technologies bas-carbone : nucléaire et renouvelables. »

Nicolas Couderc le souligne, « La révolution des EnR n'est que la première brique de la transformation du système. » Et ça n'est pas la seule. « La hausse de la demande va être tellement forte qu'on aura besoin de toutes les sources d'énergies : elles sont complémentaires plus que concurrentes. » Une mauvaise nouvelle pour le climat :

« Les EnR contribuent à décarboner la production d'électricité mais il faudrait aller encore plus vite au niveau mondial pour espérer respecter l'objectif climatique des 2°C.»

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Commentaires
a écrit le 31/08/2016 à 20:08 :
Il a l'air bien sympa ce directeur de la stratégie d'EDF Energies Nouvelles, filiale d'EDF. Mais il oublie qu'il appartient au groupe EDF, qui assure le service public de l'électricité avec 75% de nucléaire, énergie bas carbone, bon marché et fiable, contrairement aux énergies solaire et éoliennes qui ne peuvent s'adapter à la demande des consommateurs.
Certes, ces énergies intermittentes apportent leur contribution au "mix électrique", mais il ne faut pas oublier qu'on ne sait pas stocker l'électricité et qu'au delà de 30% d'énergies intermittentes, le réseau devient instable.
En France, c'est parfait : allié au nucléaire mais aussi à l'hydraulique, on peut atteindre quasiment 100% d'électricité décarbonnée avec quelques % d'énergies intermittentes
Mais dans les pays qui ne maîtrisent pas le nucléaire et n'ont pas la chance d'avoir une géographie propice à des barrages hydroélectriques, les énergies intermittentes ne fourniront au maximum que 30% de la solution : le charbon ou le gaz restant incontournables pour boucler le mix.
a écrit le 24/08/2016 à 14:23 :
Suite. Je précise que cette mesure a été exprimée par Nicolas Hulot, qu'elle correspond à l'application de la note n°6 du CAE, qu'elle est proposée par Jean Tirole pour protéger le climat. Elle permet de réduire le chomage et de retrouver un peu de croissance. Comment en discuter avec M. Couderc?
a écrit le 24/08/2016 à 13:21 :
Très bon article et vision. Toutefois il est clair qu'EDF n'a pas envie de promouvoir des méthodes et technologies de décentralisation qui existent pourtant de plus en plus pour les régions, communes et particuliers. On peut le comprendre économiquement mais la transition irait beaucoup plus vite même si çà change les métiers de l'entreprise de taille importante qui a du mal à s'adapter et heureusement qu'il y a de plus petits acteurs pour permettre cela. Le nucléaire de 3e génération qui a un rendement faible et produit des déchets très dangereux de durée absolument ingérable tellement elle est longue devrait déjà être arrêté mais EDF continue avec les EPR quitte a augmenter les coûts et pour les anciennes centrales les risques, c'est absurde et a été un virage manqué et un manque de vision il y a déjà plusieurs années. La 4e génération se justifiait pour l'utilisation des déchets mais quel coût à présent. Le développement des énergies renouvelables ne s'est d'ailleurs pas fait à partir d'EDF mais d'une entreprise rachetée. En Angleterre Hinkley est mis en attente par le gouvernement mais le plus important parc éolien offshore lui est autorisé, çà devrait être un message et signal clair à anticiper. Sur le stockage on sent aussi un discours qui ne semble pas tenir compte de toutes les avancées et une prise de conscience et des dispositions dans certains pays qui vont plus vite que prévu tout comme en son temps pour les énergies renouvelables et les Etats-Unis semblent là bien placés tout comme l'Allemagne et la Chine. Bref EDF va devoir anticiper plus nettement c'est un peu comme dans l'automobile avec Tesla qui a dépassé Renault au plan du capital en quelques années et qui pourrait se faire dépasser par des acteurs de l'électro-solaire encore petits à présent d'où son rapprochement avec SolarCity mais la course a bien commencé même si on n'en parle encore pas beaucoup car il est plus facile de vivre sur le passé et le présent que le futur même proche.
a écrit le 24/08/2016 à 12:53 :
On appele ca un publi-reportage. En gros l'article dit que EDF commence timidement a se positionner comme vendeur de solution de prodiction d'electricite que comme un vendeur d'electricité pour les consommateurs moyens-petits mais qu'il faudra toujours produire un peu centralisé pour le gros consommateurs, bon.
Par contre sur la hausse de la demande, c'est un peu facile, on attend la demonstration car depuis 2010, la demande stagne malgré l'arrivée des VE pour 2% du marché auto.
a écrit le 24/08/2016 à 11:10 :
La solution consiste à basculer la fiscalité du travail sur la fiscalité énergétique. Qui est capable de l'exprimer et surtout de le faire comprendre? La transition énergétique deviendrait une opération rentable.
a écrit le 24/08/2016 à 9:38 :
On appelle çà une bulle ...
Réponse de le 29/08/2016 à 10:19 :
Oui il y a, ou i y aura, certainement une bulle, ne serais qu'en raison des promesses de rentabilité qui attirent les investisseurs. Les financiers ont bien compris les enjeux de la révolution en cours.

Les NTIC eurent aussi droit à une bulle et on aurait du empêcher le développement d’Internet et en rester au bon vieux minitel, ce qui aurait permis au pays de rester un leader mondial...

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