Les acteurs de la transition énergétique (2/4) : le consommateur industriel

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Olivier Menuet, directeur de l'énergie à la SNCF et président de SNCF Energie.
Olivier Menuet, directeur de l'énergie à la SNCF et président de SNCF Energie. (Crédits : Reuters)
[ Série d'été ] Energies renouvelables, réseaux intelligents, digitalisation, nouveaux pouvoirs des consommateurs et des collectivités, nouveaux entrants, modèles économiques obsolètes… Quatre acteurs - producteur, consommateur, ONG et experte - exposent les enjeux que représente la transition énergétique pour le secteur. Aujourd'hui, Olivier Menuet, directeur de l'énergie à la SNCF et président de SNCF Energie.

Diplôme d'ingénieur (INSA Toulouse) en poche, Olivier Menuet entame son parcours professionnel au sein de grands groupes industriels (Schneider Electric, Renault, GE, Rhodia - devenu Solvay). Il bifurque ensuite vers les thématiques du développement durable, qu'il enseigne depuis douze ans à HEC, notamment dans le domaine des achats. En charge des achats responsables de la SNCF depuis 2007, il prend en 2015 la responsabilité de l'énergie. Dans ses nouvelles fonctions, il mise sur la transition énergétique qui s'amorce pour réaliser sa vision d'une énergie responsable.

Nouveaux modes de partage

Avec une consommation annuelle de neuf térawattheures (aux applications ferroviaires, routières et tertiaires), soit 10% de la demande industrielle française, la SNCF est le premier consommateur industriel d'électricité en France. Cette position constitue un formidable poste d'observation, depuis lequel Olivier Menuet constate « quelques fractures, qui sont autant de mini-révolutions, entre un monde basé sur une énergie centralisée, planifiée et distribuée, et un monde où la production, la consommation et les usages de l'énergie reposent sur de nouveaux modes de partage et de gestion. »

L'avantage aux productions et consommations locales

Cette évolution n'a pas débuté hier : « Depuis dix ans, les marchés sont libéralisés et dans moins de dix ans, on verra se multiplier les lieux de production locaux liés au développement des énergies renouvelables. » Cette progression des énergies renouvelables (eau, vent et soleil, et dans une moindre mesure, biomasse) s'accompagne d'une décarbonation croissante.

« Dans les pays en développement, les coûts capitalistiques liés aux réseaux donneront l'avantage aux productions et consommations locales grâce aux énergies renouvelables (EnR), anticipe Olivier Menuet. Le problème de l'intermittence sera résolu grâce à des technologies de stockage telles que l'hydrogène et aux réseaux intelligents, qui permettent d'ajuster la distribution aux besoins réels. C'est du digital que proviendra cette intelligence. »

Mode de rémunération à revoir

Sur les marchés matures tels que la France en revanche, des obstacles de nature essentiellement réglementaire freinent encore l'avènement de ce « nouveau monde de l'énergie qui se dessine. »  Ainsi de l'autoconsommation, un problème avant tout réglementaire et fiscal dans le contexte actuel. Autre évolution nécessaire : le mode de rémunération des acteurs.

« Le système actuel est lié à d'importants capitaux investis (dans les infrastructures), rappelle Olivier Menuet et aujourd'hui, l'électricité est facturée selon le volume d'électrons vendu. Mais dans ces nouvelles conditions, si RTE [Réseau de transport d'électricité] doit assurer une stabilité du réseau, il pourrait devenir logique qu'il se fasse rémunérer aussi pour l'assurance d'avoir de l'énergie en permanence, c'est-à-dire pour la capacité du réseau. »

D'ailleurs, si aujourd'hui nous jouissons d'une totale sécurité d'approvisionnement, « peut-être que, demain, il faudra accepter qu'elle soit un peu moins parfaite pour certains usages », envisage-t-il.

Enfin, « On verra de plus de plus d'énergie stockée, veut-il croire, que ce soit pour sa consommation propre ou pour la mettre à disposition d'autres consommateurs. »

De l'énergie solaire pour alimenter les trains

Dans ce cadre, la SNCF entend bien devenir acteur de la transformation du secteur, plutôt que de la subir.

« Nous sommes très dépendants de l'énergie, mais ce n'est pas notre métier, reconnaît Olivier Menuet. Les capitaux dont nous disposons sont consacrés notamment à la sécurité, aux travaux et aux achats de matériel », précise-t-il.

En revanche, la société possède 30.000 kilomètres de voies, dont la moitié sont électrifiées, ainsi que du foncier situé en pleine nature ou sur des friches impropres au ferroviaire ou à l'immobilier.

« Autant de sites sur lesquels nous pourrions imaginer des tas de choses innovantes, comme par exemple le développement de fermes solaires, imagine-t-il. Equipées de systèmes de stockage, celles-ci pourraient servir à alimenter nos trains. »

...ou pour être stockée pour compte de tiers

Etant donné le poids de l'entreprise dans la consommation électrique nationale, cela contribuerait à l'équilibre global du système.

« Aujourd'hui, pour répondre aux pics de demande du matin et du soir, nous sommes contraints d'acheter de l'électricité de pointe, plus chère mais aussi plus carbonée, rappelle Olivier Menuet. En la remplaçant par de l'énergie renouvelable que nous aurions produite, nous allègerions notre facture (notre deuxième poste de dépenses de fonctionnement après les salaires) tout en contribuant à détendre le système électrique français. »

Plus innovant encore, l'éventuel surplus de la production pourrait être stocké pour le compte d'autres consommateurs...

En tant que directeur de l'énergie, Olivier Menuet s'estime au cœur des enjeux de développement durable. « Cette réflexion sur le verdissement de notre énergie en est encore à ses débuts, reconnaît-il. L'idée est de démarrer modestement, d'observer les obstacles, d'étudier des partenariats avec des partenaires de toutes tailles et d'observer les retours d'expérience... pour ensuite se doter d'une véritable ambition à moyen et long termes. »

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Commentaires
a écrit le 29/08/2016 à 10:08 :
Le seuil problème c’est que la France est quasi absente de cette révolution énergétique, surtout au niveau industriel, amis aussi en termes d’ingénierie ou l’on a pris du retard. Quels sont les fabricants d’éoliennes, de panneaux solaires, de composants, d’onduleurs, de batteries, etc… ? Reste le développement de projets, surtout à l’international. On ne peut « être au four et au moulin », comme si la défense à tout prix du tout nucléaire, devenu hors de prix, freinait le développement d’autres technologies et retardait l’adaptation des infrastructures nationales. Et c’est bien là l’enjeu majeur : la décentralisation de la production, l’intégration rapide des smartgrids, des consommateurs/producteurs.

Tout un changement de culture et de schéma de pensée.
Les financiers ont bien compris les enjeux et risquent d'investir ailleurs si rien ne bouge.
a écrit le 27/08/2016 à 0:34 :
Il faudrait penser à mettre du solaire sur les trains qui peut aussi inclure vitrages car quand il y a une panne et pas de climatisation, ce n'est pas top ! Et çà améliore le rendement global du système à un prix désormais assez modéré et vite amorti.
a écrit le 26/08/2016 à 7:09 :
Il serait plus simple d'envisager de mettre une taxe sur l'énergie et d'utiliser le produit de cette taxe pour réduire le cout du travail à niveau constant, progressivement, et jusqu'à un certain niveau. L'équité devrait être respectée par une allocation compensatrice.

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