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ClimatEnergie & Environnement

Les forêts recherchent argent désespérément

Photo de Mathias Thépot

Mathias Thépot

Publié le 29 octobre 2015 à 06:00 - Mis à jour le 29 octobre 2015 à 07:27

Le Quotidien Numérique

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Afin de se régénérer dans le temps, la filière forêt-bois a besoin de 150 millions d'euros de capitaux par an. Elle vise le concours des investisseurs institutionnels.

Alors que le Conférence des Nations-unies sur les changements climatiques approche, la filière forêt-bois française fait savoir qu'elle a besoin d'argent. Elle profite de l'imminence de l'évènement mondial qui se tiendra à Paris pour mettre en avant la finalité environnementale, et donc d'intérêt général, de son activité.
A un moment où la France met en avant sa stratégie nationale « bas carbone » (SNBC) et son objectif de réduire par quatre les émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2050, la filière surfe sur l'avantage compétitif environnemental du bois par rapport à d'autres matériaux comme le béton, l'acier ou l'aluminium.

« Nous sommes les premiers contributeurs à l'atténuation des effets du changement climatique : nous compensons 20 % des émissions de CO2 du pays. Et en 2030, nous pourrons compenser 40 % des émissions », expliquait ce mardi lors d'un point presse organisé au ministère de l'Agriculture Cyril le Picard, président de France Bois Forêt.

150 millions d'euros par an

Problème : pour assumer ses objectifs, la filière forêt-bois - qui représente 440.000 emplois en France - a besoin de moyens financiers afin d'entretenir les forêts et de les renouveler dans le temps, soit « au minimum 150 millions d'euros par an », explique Luc Charmasson, le président de France bois industries entreprises. « En effet, une forêt non gérée captera quatre fois moins de C02 qu'une forêt gérée de façon dynamique », ajoute-t-il.

Les pouvoirs publics aussi l'ont compris : le fonds chaleur de l'Ademe, les fonds d'investissements dédiés de la BPI ou le plan industries du bois sont autant de dispositifs censés soutenir le développement de la filière forêt-bois, qui représente aujourd'hui 60 milliards d'euros de chiffre d'affaires. Ce mardi, le ministre de l'Agriculture Stéphane Le Foll en a même rajouté une couche : comme cela a été fait pour la filière agricole, un grand plan Innovation à horizon 2025-2030 va être déployé par l'Etat pour la filière forêt-bois.

Solliciter les investisseurs privés

Mais les efforts de l'Etat, qui reste empêtré dans un cadre budgétaire contraint, ne suffiraient apparemment pas, à entendre les professionnels, pour que la filière prenne une place de choix dans l'économie Française. Il faut dire que la taille totale des forêts françaises -17 millions d'hectares- est telle que les moyens financiers à mobiliser pour en développer l'exploitation sont importants.

Pour prendre une autre dimension, les professionnels et les pouvoirs publics s'accordent donc à dire qu'il faut solliciter les investissements privés. Plusieurs mécanismes existent déjà, notamment ceux qui utilisent l'épargne solidaire. « Ces investissements visent à abonder le fonds de la filière forêt-bois française dédié à la reconstitution ou à la transformation de peuplements », indiquent les professionnels du bois.
Mais désormais, la filière travaille surtout à faire venir davantage de capitaux d'investisseurs institutionnels, principalement les assureurs-vie, les premiers collecteurs d'épargne en France.

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Rentabilité vs intérêt général

De quoi certainement attirer des montants significatifs. Mais les exploitants ne risquent-ils pas à terme de subir les exigences de rentabilité des institutionnels, que l'on sait très durs en négociation, ce qui pourrait nuire à la mission d'intérêt général de la filière, c'est-à-dire la préservation des forêts et de l'environnement ? Autrement dit, la qualité de la gestion des forêts résistera-t-elle aux exigences de rentabilité des investisseurs privés?

« Les marchés ne sont pas les ennemis de l'environnement ! », proteste Pierre Achard président de l'association des sociétés et groupements fonciers et forestiers. « Il n'est pas question de transformer la forêt en une sorte d'agriculture productive », rassure-t-il.

Et si les professionnels de la filière avouent que la rentabilité d'une exploitation forestière « peut-être considérée comme faible », ils assurent en revanche que les exigences de qualité de gestion qu'ils s'imposeront pour convaincre les investisseurs privés rapporteront de meilleurs revenus.

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Pierre Achard rappelle enfin que l'investissement forestier joue un rôle contracylcique lors des crises, car il apporte une stabilité sur le long terme. « Les mécanismes de financement s'inscrivent sur du long terme : la croissance de l'arbre s'effectue sur 25 ans au minimum », arguent les présidents des filières bois. De quoi, en partie, répondre aux problématiques de diversification du patrimoine des grands investisseurs.

Mathias Thépot

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