Le recyclage laborieux des combustibles usés, l'autre grande faille du nucléaire français
Juliette Raynal
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JEAN-PAUL PELISSIER
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... de faire fonctionner les réacteurs. En parallèle, le projet de piscine XXL d'EDF suscite de fortes oppositions. Explications.
A l'approche d'un hiver extrêmement tendu sur le plan énergétique avec d'éventuelles coupures d'électricité à la clé, le problème de corrosion observé sur douze réacteurs nucléaires aujourd'hui à l'arrêt, la fermeture de la centrale de Fessenheim, jugée prématurée par certains, et la dizaine d'années de retard pris par le chantier de l'EPR de Flamanville catalysent depuis de longues semaines toutes les attentions. Au point d'éclipser totalement un autre problème majeur, beaucoup moins médiatisé certes, mais dont les conséquences, à moyen terme, pourraient être considérables pour le parc électronucléaire français : celui du recyclage des combustibles usés et de leur entreposage dans les piscines de La Hague, aujourd'hui proches du débordement.
Un dossier particulièrement épineux. Car, au-delà des questions évidentes de sûreté, c'est la production nucléaire qui est en jeu puisqu'un réacteur ne peut être chargé de combustibles que si son opérateur est certain de pouvoir le décharger... En d'autres termes, si les installations d'entreposage sont saturées, il n'est plus possible de faire fonctionner les réacteurs.
Peu connu du grand public, en raison certainement de sa technicité, le sujet est en revanche dans tous les esprits au sein de l'Autorité de sûreté du nucléaire (ASN), laquelle tire la sonnette d'alarme sur les piscines d'entreposage de combustibles usés d'Orano (ex Areva), situées à La Hague (Manche). Et pour cause : leur saturation pourrait survenir à l'horizon 2028-2029.
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Dans une note publiée en mars dernier, le gendarme du nucléaire rappelle ainsi « sa préoccupation portant sur la saturation plus rapide que prévue des capacités d'entreposage de matières radioactives à La Hague ». Dans son dernier rapport annuel, publié en mai, l'ASN ne mâche pas non plus ses mots et fait état d'« une chaîne du combustible fragilisée, qui met le système électrique sous tension ». Cette fragilisation constitue même « un point d'attention stratégique majeur pour l'ASN », est-il écrit. Cette mise en garde ne date pas d'hier. « Dès 2018, l'ASN avait pointé ce risque de saturation dans son avis sur la cohérence du cycle du combustible », rappelle Igor Sguario, directeur adjoint à la direction des déchets, des installations de recherche et du cycle à l'ASN. En 2015, déjà, le gendarme demandait clairement à EDF et Orano (alors Areva) d'anticiper la saturation de ces entreposages ainsi que de définir « très rapidement une stratégie de gestion allant au-delà de 2030 ».
Juliette Raynal