Pétrole : pourquoi la déprime est de retour sur les marchés

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Les cours du pétrole repartent à la baisse avec les inquiétudes persistantes sur l'engorgement du marché et reviennent à leurs plus bas niveaux depuis le 10 mai.
Les cours du pétrole repartent à la baisse avec les inquiétudes persistantes sur l'engorgement du marché et reviennent à leurs plus bas niveaux depuis le 10 mai. (Crédits : REUTERS/Mick Tsikas)
Après avoir opéré au printemps un virage haussier, les prix du brut sont en baisse. Le spectre d'une surabondance mondiale inquiète les marchés.

Après la tendance haussière enregistrée au printemps, avec un prix du baril à 50 dollars, les prix du brut poursuivent leur chute. Lundi, le cours du baril de référence (WTI) pour livraison en septembre a perdu 1,06 dollar à 43,13 dollars sur le New York Mercantile Exchange, son plus bas depuis le 25 avril. Quant au baril de Brent de la mer du Nord, référence européenne du brut pur livraison en septembre, il accuse une baisse de 97 cents à 44,72 dollars sur l'Intercontinental Exchange (ICE), au plus bas depuis mai.

Vendredi, le cours du Brent est tombé vers 14H40 GMT jusqu'à 45,36 dollars, un plus bas en deux mois et demi, tandis que le WTI avait atteint mercredi 43,69 dollars, un minimum depuis début mai également.

Les nouveaux chiffres hebdomadaires du département américain de l'Energie (DoE) qui seront publiés mercredi  pourraient de nouveau jeter un froid sur les marchés.

Offre excédentaire américaine

Alors que son déclin persistant soutenait le marché depuis le printemps, la production américaine montre des signes de rebond. Résultat, cette offre excédentaire de produits pétroliers pèse de plus en plus sur les prix.

La semaine dernière, plusieurs observateurs ont rapporté une hausse des réserves pétrolières américaines à un plus haut historique pour cette période de l'année, déprimant les cours. De plus, selon le rapport hebdomadaire du département américain de l'Energie (DoE), une légère hausse de la production a été constatée avec une augmentation de presque 40.000 barils par jour en Alaska.

Impact limité des opérations de sabotage au Nigéria

Pourtant, les derniers mois avaient montré des signes de reprise encourageants, avec un impact immédiat sur le marché. Au Nigéria, le groupe de rebelles des Vengeurs du Delta du Niger (NDA) a multiplié les attaques d"infrastructures des grands groupes pétroliers. Résultat, la production pétrolière du pays est tombée à son plus bas niveau depuis 30 ans, avec une perte évaluée entre 700.000 et 800.000 barils par jour, selon une estimation de la compagnie pétrolière nationale NNPC rapportée par Bloomberg début juin.

Le ralentissement de la production nigériane a contribué à la tendance haussière des prix du brut des dernières semaines, mais il n'est évidemment pas suffisant pour rassurer les marchés d'une baisse durable de la production mondiale. Début mai, les incendies, dans la région de Fort McMurray, en Alberta avaient également permis de diminuer temporairement la production canadienne de pétrole non-conventionnel. Plusieurs estimations avançaient alors des chiffres compris entre 600.000 et 800.000 barils par jour.

L'ombre irakienne

Si les experts parient sur un ralentissement de la croissance des stocks mondiaux au deuxième semestre, la position de l'Opep sous l'impulsion de l'Arabie saoudite - qui refuse d'abaisser son plafond de production (principalement à cause du retour de l'Iran sur le marché) - pourrait refroidir encore plus les investisseurs.

Enfin et non des moindres, bien que négligé, le retour en force de l'Irak pourrait aggraver la situation dans les prochains mois. Dans une interview accordée à la Tribune en juin, Christopher Dembik, responsable mondial de la recherche macroéconomique chez Saxo Bank estimait que les risques et l'impact étaient sous-estimés :

" Le retour de l'Iran ne créé pas de déséquilibre. Le vrai problème actuellement négligé, c'est l'Irak. Sa production pétrolière se concentre dans le sud du pays et des investissements ont été réalisés (ndlr : pour permettre un rendement de la production)."

Depuis deux ans, la production du pays a connu la plus forte hausse parmi les pays producteurs de pétrole, de l'ordre de 32%, note Christopher Dembik.

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Commentaires
a écrit le 27/07/2016 à 11:12 :
Les cours ont étés montés artificiellement par les USA pour éviter une cascade de faillite de petits producteurs qui ce sont endettés pour développer les outils de production.

Est ce qu un défaut sur la masse de leur engagement pourrait provoquer un remake de 2008, on peux le penser
a écrit le 27/07/2016 à 8:26 :
Je ne sais pas où vous avez vu que la production américaine remonte.
Voici le site officiel de l'Energy Information Agency US.
https://www.eia.gov/dnav/pet/hist/LeafHandler.ashx?n=PET&s=WCRFPUS2&f=W
1.1 million de barils/j perdus en un an.
a écrit le 26/07/2016 à 17:06 :
On émet en général beaucoup de théories sur telle et telle situation et leurs raisons "prouvées" qui y mènent mais l'on évite le plus souvent de dire la vérité globale par peur stupide de la fameuse "théorie du complot" que certains dégainent à tout propos sans même savoir pourquoi, pauvres moutons. Pourtant il est aisé de constater que les variation des prix du pétrole sont un instrument de régulation de l'économie qui ne doit rien ou presque au "marché" mais tout à la stratégie. Cette hausse a commencé, sans raison, dans les années 60 sur une décision stupéfiante américaine [Il serait bon qu'un rappel historique du phénomène soit déroulé par nos journalistes]. Les arabes surpris ont alors pensé que l'Amérique était le pôle important du monde et bien sûr était leur véritable allié. En réalité il s'agissait de préparer la compensation pour UK, gros pays pétrolier, de la perte de l'adossement des devises sur l'or anglais qui se mettait en place et qui verra leur acte final et définitif par les accords de la Jamaïque un peu plus tard. Débarrassées de ce fardeau la croissance et l'inflation ont galopé. Le mécanisme-pétrole ayant fait ses preuves, on a décidé de l'utiliser ensuite tout aussi secrètement pour l'ouverture à venir de la Chine, gros morceau économique s'il en est. Le contrat longue période avec les anglais étant terminé, ces derniers ayant été "compensés" de la perte de croissance sur leurs ventes d'or, c'était alors ce dossier chinois qu'il fallait traiter avec les même moyens : ceux de la hausse du pétrole. On ne reviendra pas sur la procédure d'ouverture économique pour la Chine, plus ou moins bien négociée, sur 40 ans, dont 14 années de compensations restent encore à accomplir, mais c'est bien pour ce choc que le pétrole a monté. Gonflant tous les prix et PIB, de façon quasi égalitaire partout, le processus a renforcé toutes les économies. Mais cette arme qui nous était favorable, devint à terme rapidement défavorable pour peu qu'on la laisse installée. En effet de nombreux pays ont su tirer une manne inespérée du mécanisme, voyant s'accumuler dans leurs coffres des milliards de liquidité qu'ils finirent par utiliser dans divers secteurs dont la production est venue nous submergent par une offre bon marché. Il convenait donc de démonter la bulle pétrolière en évitant pour l'essentiel tout risque systémique. L'écroulement des prix se fit alors par étapes et l'on procèda dans une tendance fortement baissière à des remontés provisoires pour qu'il n'y ait pas de déclencheur négatif. Les effets exogènes au processus pétrolier seront gommés par des Q.Es judicieusement organisés pour qu'il y en ait toujours un en cours, et dont le roulement se propage encore aujourd'hui, ces derniers temps au Japon et des annonces ici ou là suivies ou pas d'effet. La finalité est bien d'éviter que le pétrole ne devienne un problème après avoir été une solution, en le repositionnant définitivement à un prix bas de 17 dollars (variation 17-25) comme je l'ai souvent indiqué sur ce fil. Des effets d'accordéon vont ainsi se reproduire autant qu'il sera besoin. Si la montée moyenne, le pic actuel, est à 50 par exemple, il sera à 48 au cycle suivant puis à 46, etc. Quelle est l'échéance ? On peut penser qu'elle sera celle identique au calendrier de la fin des avantages accorés pour l'entré dans le monde économique moderne de la Chine, soit dans 14 ans. Mais des délais diplomatiques pouvant être activés sont d'ors et déjà prévus, en pratique générale 3 ans de plus, dont on ne sait rien du déclenchement ou pas; comme tout aussi bien le mécanisme pourrait donner satisfaction en étant affalé plus rapidement [c'est ma théorie] car la Chine n'est pas le seul pays concerné. Nous verrons. Il est toutefois à noter que 17 dollars est un très bon prix relativement raisonnable mais, bien entendu, venant de récents très hauts sommets, il semble à cet instant quasi impossible. Nous nous y adapterons rapidement, pour notre plus grand profit puisqu'on l'à vu, il n'est question ici que de stratégie.
Réponse de le 26/07/2016 à 20:45 :
Intéressant, mais quid du pic sur les pétroles conventionnels, et du climat?
a écrit le 26/07/2016 à 15:28 :
Merci pour cet article, il semblerait que le pétrole ne soit pas à son cours normal il devrait être bien plus bas donc mais afin que le secteur ne s'écrase pas complètement il est tenu à bout de bras. Nous vivons un moment historique il faut quand même le voir, je ne pensais certainement pas de mon vivant, malgré les incantations des spéculateurs voulant nous faire croire que nous étions arrivés au bout des réserves, certainement pour maintenir le cours excessivement haut, vivre cette chute.

Si même les catastrophes, guerres et autres malheurs n'arrivent plus à faire monter le cours c'est que la demande s'effondre et je ne pense pas que les énergies alternatives en soient la raison principale surtout quand on voit comme nos deux pilotes de l'avion solaire ont du certainement se battre pour aller chercher des financements à ce projet pourtant révolutionnaire et au sein de notre économie ce n'est même plus rare c'est carrément singulier.

L'économie mondiale souffre de l’accaparement des richesses dans les mains de quelques uns. Un milliardaire ne pourra jamais conduire un million de voitures à la fois mais par contre un million de consommateurs peuvent se retrouver sans assez d'argent pour acheter de l'essence.

Cette chute de la consommation des ménages n'est due qu'à ce phénomène si les gens ne consomment pas ce n'est pas un complot pour faire chuter l'économie c'est juste qu'ils ne le peuvent pas et si de plus en plus de solutions économiques alternatives populaires sont mises en place c'est également pour compenser ce manque d'argent, ni plus ni moins. (tiens va se dire le décideur économique, de l'argent à prendre ?)

Il serait temps d'arrêter de s'acharner contre le "koudutravail" non ? Maintenant qui pour arrêter ce cercle vicieux dans lequel s'est installée notre économie ? Les actionnaires milliardaires et les multinationales ? Il ne semblerait qu'il n'y ai hélas plus rien à attendre d'eux, comme le dit Nietzsche plus on possède et plus on est possédé et ils possèdent énormément sciant tranquillement la branche sur laquelle ils sont assis. Les politiciens ? N'étant plus que les serviteurs de ces premiers la situation semble désespérée.

C'est bien beau d'avoir chassé l'intelligence et l'humanité du secteur économique et du secteur politique mais c'est dorénavant Mike le poulet sans tête qui tient la barre. Accrochez vous tous car la crise de 2008 aura l'air d'une partie de plaisir quand celle qui vient va nous tomber dessus.
Réponse de le 26/07/2016 à 21:04 :
Il est plus que probable que rien ne viendra du top-down. Ou alors par accident, genre un Trump qui fait exploser le système par incompétence (là oui, ça pourrait être brutale).
Par contre quand on voie toute les initiatives pour s'en sortir, largement grâce à Internet, c'est le down-top, qui le moment venu, transformera le monde.
La clef, c'est la masse critique. Et le cours du baril peut être un indicateur Enfin faut pas être naïf, c'est aussi un outil pour le statu-quo : plus c'est bas, moins les gens font d’effort pour leur autonomie, c'est donc pas pour demain (ça sera sans doute progressif, "de crise en crise").
Réponse de le 26/07/2016 à 23:42 :
Dans le vrai.
Réponse de le 27/07/2016 à 9:25 :
à ******************b

Je ne comprends rien à votre commentaire, merci de le tourner autrement.

"Enfin faut pas être naïf, c'est aussi un outil pour le statu-quo : plus c'est bas, moins les gens font d’effort pour leur autonomie"

Enfin c'est la seule partie que je comprends, c'est la faute aux gens donc selon vous ?

Si on se précipite dans le précipice c'est donc forcément à cause de ceux qui n'ont rien ?

Il va falloir que vous alignez du lourd côté argument là mon ami et non vous contenter de logorrhée verbale, merci.
Réponse de le 27/07/2016 à 18:11 :
Simple, plus le pétrole est bon marché, plus c'est bizness as usual (malgré le grippage que vous décrivez).
Plus le pétrole monte, plus les gens s'organisent pour s'en sortir, sans rien attendre des politiciens, genre le transition network initié par Rob Hopkins, et les exemples sont nombreux.
Bref, attendre sans effort une "solution" des politiciens, c'est être sur que rien ne changera. Ne sous estimez pas leur capacité à perpétrer la situation.
Réponse de le 28/07/2016 à 10:37 :
"****************b"

J'attends juste des politiciens qu'ils arrêtent de servir comme des bons chienchiens les marchés financiers, les actionnaires milliardaires et les multinationales qui nous mènent à la catastrophe et qui se mettent enfin à servir les intérêts des peuples qui les ont élu.

Je n'attends rien d'autre d'eux mais depuis le temps que décideurs privés et publics copulent ça va pas être simple je le reconnais...

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