Reconversion des friches industrielles : la méthode Valgo séduit les Etats-Unis

Après s’être fait les dents sur feue la raffinerie rouennaise de Petroplus, le groupe Valgo est approché par des investisseurs américains en vue de la reconversion de la plus ancienne raffinerie des Etats-Unis, elle aussi victime d’une banqueroute. Zoom sur un modèle promis à prospérer dans l’ère de l’après pétrole.

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L'ancienne raffinerie rouennaise photographiée sous son meilleur jour avant sa déconstruction.
L'ancienne raffinerie rouennaise photographiée sous son meilleur jour avant sa déconstruction. (Crédits : Fondation Valgo)

En achetant en 2014 les 250 hectares et tous les actifs de la raffinerie rouennaise Petroplus à la suite de la  faillite de sa maison-mère suisse, Valgo n'a pas seulement enlevé une grosse épine du pied des pouvoirs publics, tétanisés à l'idée de se colleter avec cette immense friche « orpheline ». Ce groupe fondé par la famille Bouché s'est aussi offert une vitrine commerciale qui lui vaut, aujourd'hui, d'être courtisée par des investisseurs américains. Jolie prouesse pour cette entreprise née en 2004.

Spécialisée dans la dépollution, le désamiantage et la remise en état de sites industriels complexes, Valgo fait ses premières armes à Toulouse en tant que prestataire de Total sur le site accidenté d'AZF. Un an plus tard, cette entreprise qui se présente comme « un médecin de la terre » ajoute une nouvelle corde à son arc en achetant une première friche industrielle. « L'idée m'est venue en regardant comment procédaient les promoteurs immobiliers aux abords d'AZF », raconte son président.

De cette expérience, émerge un modèle global de reconversion incluant la déconstruction et la dépollution mais aussi l'aménagement et la remise sur le marché de terrains à vocation économique « adaptés aux besoins actuels ». Comprendre, des parcs d'activité de nouvelle génération laissant une large place aux espaces verts et aux réservoirs de biodiversité. La botte secrète de Valgo ? Acheter peu cher contre la promesse de susciter de nouvelles activités. « Grâce à ce principe, jamais nous n'avons été contraints de nous arrêter au milieu du gué ou de  confiner des zones non dépolluées comme cela arrive régulièrement », assure son fondateur.

La page du pétrole se tourne

C'est cette approche qui a été mise à l'épreuve sur l'emprise de la raffinerie presque centenaire de Petit-Couronne, dans la  banlieue rouennaise, acquise pour 4 millions d'euros à la barre du tribunal. « Notre offre était moins disante que celle de notre concurrent mais elle a été jugée meilleure par le liquidateur et les pouvoirs publics », rappelle François Bouché. Sept ans plus tard, l'entreprise -dont l'effectif a bondi à 500 collaborateurs entre temps- a honoré la majeure partie de ses engagements.

Le site, partiellement reconverti, a changé d'allure. Une vingtaine d'entreprises (et 350 salariés), dont le propre siège de l'aménageur et sa R&D, habitent les lieux. Le parc de stockage, transformé en dépôt pétrolier, a été cédé à Bolloré Energy. Quant aux métaux et équipements, ils ont été revendus à des intermédiaires. De quoi abonder les investissements. Une autre étape clef vient d'être franchie, ces dernières semaines, avec la fin des opérations de dépollution des sols et de la nappe (55 000 tonnes de déchets hydrocarbonées traitées) sur les 60 hectares qui abritaient les installations de raffinage. Des espaces boisés et des étangs, ouverts au public, vont sortir de terre sur un sixième de la surface. Le restant sera occupé par un parc d'activité « d'une capacité d'accueil de 3.000 salariés » à dominante logistique. Un choix qui ne doit rien au hasard, explique le maître des lieux. « La logistique est parfaitement adaptée à la reconversion de ce type de friches du fait qu'elles sont historiquement bien desservies par la route, le rail et la voie d'eau ». A Petit-Couronne, tous les lots ont trouvé preneurs*.

From Rouen to Philadelphie

Volontiers cité en exemple par le maire de Rouen, Nicolas Mayer Rossignol, pour qui la reconversion des friches est « un passage obligé», le chantier rencontre aussi des échos favorables de l'autre côté de l'Atlantique où les articles que lui a consacré la presse économique hexagonale ne sont pas passés inaperçus, selon François Bouché. L'intéressé explique avoir été approché par les autorités de Philadelphie en quête d'un opérateur pour mener à bien la reconversion de la plus importante raffinerie de la côte Est, fermée depuis un gigantesque incendie qui a précipité la faillite de son propriétaire. « Le site recouvrant une superficie de mille hectares avec d'énormes enjeux sociaux, nous nous positionnons comme co-acquéreur » précise t-il. Aux dernières nouvelles, le deal n'était pas encore conclu mais il semblait en prendre le chemin.

A défaut, Valgo sait pouvoir compter sur le déclin inéluctable du raffinage pour consolider ses activités. Le groupe a d'ailleurs placé « l'oil & gas » au cœur de sa stratégie de développement à l'international. Sans doute un choix judicieux.

*Le promoteur Gazeley a acquis la moitié de la surface commercialisée dont la majeure partie pour le compte d'Amazon qui veut y bâtir un entrepôt géant afin de desservir le grand Ouest où il est peu présent. Le projet approuvé par le préfet est en butte à des recours.

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Commentaires 2
à écrit le 17/05/2021 à 9:00
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"sur un modèle promis à prospérer dans l’ère de l’après pétrole" Le pétrole n'est pas la seule cause des ces pollutions industrielles massives, vous citez d'ailleurs AZF qui était une industrie liée à l'agro-industrie et non au secteur pétrolier ...

le 17/05/2021 à 14:43
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