Recyclage : la vraie consigne à grande échelle arrivera à Paris en 2019

 |   |  1110  mots
Quelques articles seront aussi vendus directement sur les sites de certains producteurs ou distributeurs. Et à plus long terme, la mise en place d'une consigne en magasin n'est pas exclue.
Quelques articles seront aussi vendus directement sur les sites de certains producteurs ou distributeurs. Et à plus long terme, la mise en place d'une consigne en magasin n'est pas exclue.
Un millier de produits de douze multinationales seront mis en vente dès l'année prochaine sur une plate-forme où tous les emballages seront consignés, et certains articles même réemployés. Dénommé Loop, ce site d'e-commerce sera conçu et géré par TerraCycle, entreprise américaine spécialisée dans le recyclage des déchets plus "difficiles".

Consigne ou pas consigne ? Et si consigne, de quel type ? Tel est l'un des débats qui, depuis le lancement par le gouvernement de l'élaboration d'une feuille de route de l'économie circulaire, agite les principaux acteurs du secteur. Afin de tenir compte de l'intérêt manifesté par les citoyens pour la consigne dans le cadre de la consultation publique lancée à l'automne, le gouvernement souhaite, en effet du moins, expérimenter "une nouvelle génération" de ce dispositif, qui consiste à verser une somme d'argent pour l'utilisation d'un emballage, laquelle est restituée à son retour. Mais face aux difficultés de son intégration dans le modèle de gestion des déchets déjà en place, son application sera sans doute limitée : non seulement elle sera testée dans certains territoires seulement, mais elle ne concernera que certains emballages (comme les bouteilles en PET), qui seront recyclés et non pas réutilisés.

À partir de 2019, un système de consigne bien plus vaste et significatif quant à son impact sur les modes de consommation devrait toutefois voir le jour à Paris, en même temps qu'à New York. Il prendra l'aspect d'une plate-forme d'e-commerce affichant un millier de produits de grandes marques internationales, allant des couches-culottes aux vêtements, du shampoing jusqu'à la crème glacée. Tous les emballages y seront consignés, et certains articles même réemployés. Dénommée Loop, elle est conçue et sera gérée par TerraCycle. Cette entreprise américaine spécialisée dans le recyclage des déchets "difficiles" franchit ainsi un nouveau cap dans l'économie circulaire, en embarquant dans l'aventure pas moins de douze multinationales.

"Face au problème des déchets, le recyclage n'est qu'une solution temporaire. Il faut s'attaquer à la maladie", estime en effet le fondateur et PDG de la startup, Tom Szaky.

Lire aussi : Déchets: Suez se met à l'upcycling grâce à TerraCycle

Un "dépôt" correspondant à la valeur de l'emballage

Loop, qui sera lancé en janvier 2019 à Davos en tant que projet officiel du Forum économique mondial, proposera notamment deux genres de produits. Les produits "consommables", notamment comestibles ou cosmétiques, seront vendus et livrés dans de nouveaux emballages durables, explique le Pdg. Le prix sera le même qu'en grande surface, auquel s'ajoutera un "dépôt" correspondant à la valeur de l'emballage au cas où il ne serait pas rendu. Une fois le shampoing ou la glace terminés, les consommateurs pourront renvoyer les emballages vides à TerraCycle dans le même conteneur utilisé pour la livraison (un sac à compartiments réutilisable), via un transporteur partenaire. Ils pourront soit récupérer le dépôt, soit être livrés de nouveau du même produit.

"Il n'y aura donc pas d'abonnement engageant et poussant à la consommation, mais un système de réapprovisionnement correspondant aux besoins concrets des acheteurs", précise Tom Szaky.

Pour les produits durables, comme les vêtements d'enfants, au dépôt de départ s'ajouteront aussi des frais d'utilisation. "Le consommateur réalisera néanmoins 70% d'économies par rapport à l'achat d'un produit neuf, et bénéficiera indirectement d'un service de nettoyage et réparation", assure l'entrepreneur. Quelques articles seront aussi vendus directement sur les sites de certains producteurs ou distributeurs. Et à plus long terme, la mise en place d'une consigne en magasin n'est pas exclue.

"L'emballage devient un actif"

Apparemment simple, un tel système de consigne implique pourtant une véritable révolution pour les douze multinationales partenaires, puisqu'il nécessite des changements très lourds aussi bien dans leur chaîne d'approvisionnement que dans leur processus de production et leur marketing. Les investissements demandés oscilleraient entre un et trois millions de dollars pour chacune d'entre elles, selon TerraCycle, auxquels s'ajoutent 250.000 dollars de frais de participation à la plate-forme.

Si "les sociétés les moins attendues se sont associées", c'est donc en raison de véritables enjeux stratégiques, explique Tom Skazy. D'une part, elles sont conscientes que pour des raisons de réputation mais aussi réglementaires, "dans le futur le plastique jetable n'aura plus sa place sur le marché, et qu'elles n'ont pas de solutions". Loop représente précisément l'innovation susceptible de les aider à amorcer la transition. D'autre part, ces sociétés - parfois déjà partenaires de TerraCycle sur d'autres projets - réalisent que se lancer dans la consigne permet de faire des économies.

Pour les produits consommables, "l'emballage devient un actif, et non plus une dépense soumise aux aléas des cours internationaux des matières premières". Pour les produits durables, "les frais de production baissent alors que chaque produit génère des recettes plus longtemps", souligne le fondateur de TerraCycle.

"Financer des idées nouvelles par des recettes ennuyeuses"

TerraCycle, aujourd'hui présente dans 21 pays avec 200 salariés, prend aussi un risque avec la création de cette plate-forme, qui coûte 3 millions avant recette et à laquelle elle consacre une filiale à part entière. L'entreprise, dont le siège est situé près de New York et dont la France représente le meilleur marché en Europe, teste donc et peaufine le projet auprès de familles parisiennes et new-yorkaises. Elle compte d'ailleurs sur les deux premières ouvertures dans ces villes pour vérifier l'accueil de Loop dans deux types de marchés très différents en termes de rapport à l'environnement et à la consommation, avant d'ouvrir éventuellement à Tokyo, à Londres et en Californie -d'autres villes où le pouvoir d'achat devrait permettre aux consommateurs de payer le dépôt.

Pour financer ce genre de projets, TerraCycle vient aussi d'obtenir l'autorisation de l'autorité financière américaine (la Securities and Exchange Commission, SEC) de lever auprès du public 25 millions d'euros.

"Ils soutiendront notre croissance interne, mais aussi l'achat de sociétés actives dans des secteurs spécifiques de la gestion des déchets", explique Tom Skazy, qui veut "par ces recettes ennuyeuses financer des idées nouvelles".

L'entrepreneur espère même augmenter progressivement ces revenus "solides" de soutien grâce à l'innovation : ainsi, depuis janvier, la première société externe à entrer dans son giron, AirCycle, spécialisée dans le recyclage de déchets contenant du mercure, aurait vu ses ventes augmenter de plus de 5% par mois grâce à un nouveau modèle de communication et aux partenariats apportés par TerraCycle. Pour eux, "cela a été le passage de la télé en noir et blanc à celle en couleurs", résume Tom Skazy. Cela signifie-t-il que le prochain pas en avant incarné par Loop sera aussi révolutionnaire que la 3D ?

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 07/04/2018 à 9:14 :
Beau coup de projecteur sur une entreprise américaine et ses projets. Cet article aurait pu aussi mentionner un certain nombre de startup françaises qui proposent des solutions innovantes de tri et de recyclage pour les smart cities, sui sont déjà déployées dans des collectivités : Terradona, Lemon tri, Reco... Il est est vrai qu'elles ne sont pas new yorkaises.
a écrit le 07/04/2018 à 8:24 :
On paie l'emballage quand on achète le contenant, en le rendant, on devrait récupérer nos sous (consigne inversée). Ensuite ils en font ce qu'ils veulent.
On a une grosse machine sur le parking de Lec*** qui nous donne 1ct par flacon, ça fait moins de bouteilles dans les conteneurs (vu que des voisins y mettent des cartons pas pliés, c'est vite plein).
En Suède c'est 1€/bouteille plastique, en la rendant dans la machine qui lit les codes barre, on peut faire don à une œuvre ou avoir un ticket (avoir). Les cannettes ça doit être 10 ou 20cts (écrit dessus).
Il faut consigner les seuls plastiques qui sont recyclés, les flacons, on a fait ce choix là, tout le reste [gigantesque en masse] est brûlé (ou enfoui ?).
Une fois généralisé, les frais de collecte (camions) des emballages ils seront augmentés ? Vu que ça ne rapportera plus (sauf boites métal), il faudra bien compenser, y a un système économique la dessous.
a écrit le 06/04/2018 à 13:41 :
Rappelez vous pour les plus vieux d’entre nous, les bouteilles de vin consignées, les bouteilles de de lait en verre consignées, les bouteilles d’eau de bière d’huile consignées. ET maintenant on parle d’economie Circulaire, dans les années 60 c’etait Une réalité
Réponse de le 06/04/2018 à 13:55 :
En Allemagne, tout ce que vous citez est consigné. ...
Voir plus : bouteilles plastiques ( PET).
En France, on pense à revenir en arrière...
Réponse de le 08/04/2018 à 12:41 :
Et même les pots de confiture et de yaourt. Nous, les enfants, les rapportions et on se faisait un petit pécule pour acheter des livres.
a écrit le 06/04/2018 à 11:41 :
Enfin!
a écrit le 06/04/2018 à 8:44 :
La consigne est en effet un formidable outil de lutte contre le gaspillage et la pollution que celui-ci engendre.

Il serait temps de la mettre en place au moins pour les bouteilles d'eau et de lait.

Bon alors comme d'habitude on se doute que l'actionnaire milliardaire prendra une énième fois sa juteuse marge mais au moins ça va dans le bon sens.
Réponse de le 07/04/2018 à 7:54 :
arrêter donc de toujours nous rabâcher que les actionnaires vont prendre une juteuse marge car vous aussi vous êtes l'actionnaire de quelqu'un ou d'une société mais seul les donneur de leçon social critique les actionnaires mais font rien pour le vraie social la preuve en est avec la France insoumise et la CGT

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :