Quels leviers pour l'économie circulaire ?

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Le recyclage est tout d'abord un défi technique, notamment dans le domaine du plastique. Il existe des dizaines de polymères différents, qui demandent chacun un traitement spécifique.
Le recyclage est tout d'abord un défi technique, notamment dans le domaine du plastique. Il existe des dizaines de polymères différents, qui demandent chacun un traitement spécifique. (Crédits : Aney~commonswiki)
Les atouts environnementaux comme économiques de l'économie circulaire ont été prouvés. Mais de nombreux freins s'opposent encore à son essor, que diverses startups et initiatives veulent lever.

Moyen de réconcilier protection de l'environnement et croissance, l'économie circulaire - fondée sur la réduction de la consommation, le réemploi des produits et, en dernier ressort, leur recyclage -, occupe une place grandissante dans le débat public. Le gouvernement y consacre depuis octobre une réflexion qui devrait aboutir dans les prochains jours dans la publication d'une première "feuille de route", afin de lever les divers freins qui s'opposent à son essor. Le secteur privé et les territoires, qui ont aussi compris son potentiel, se mobilisent dans la même direction.

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Levier technologique : l'exemple du plastique

Le recyclage est tout d'abord un défi technique, notamment dans le domaine du plastique. Non seulement il existe des dizaines de polymères différents, que les metteurs sur le marché choisissent pour le conditionnement de leurs produits en fonction de leurs diverses caractéristiques (durs ou souples, transparents ou opaques, adaptés ou non au contact avec les aliments...), mais qui demandent chacun un traitement spécifique. Surtout, ces types de plastiques sont rarement utilisés de manière « pure » : très souvent, ils sont colorés, mélangés entre eux ou avec d'autres matériaux, ce qui complexifie l'obtention d'une matière première recyclée d'une qualité et de performances comparables à la matière première vierge.

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Plastique

[ Il existe des dizaines de polymères différents, qui demandent chacun un traitement spécifique. Photo iSotck ]

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Sans compter que l'innovation permanente dans le domaine de l'emballage requiert des recycleurs une souplesse parfois incompatible avec le poids des investissements nécessaires dans cette industrie... Les alternatives à la technique de recyclage traditionnelle du plastique paraissent donc incontournables afin d'en réduire la valorisation purement énergétique. L'entreprise canadienne Enerkem, qui produit du méthanol, de l'éthanol et d'autres produits chimiques à partir de matières résiduelles urbaines non recyclables et non compostables, se révèle être l'une des promesses du secteur. En février, elle a conclu une levée de fonds qui lui a apporté 280 millions de dollars canadiens en nouveau capital. D'autres industriels s'engagent dans des voies encore plus novatrices: c'est le cas de Carbios, qui applique la biochimie au recyclage ou au compostage.

Et le plastique dégradé par un contact prolongé avec l'air et l'eau, comme celui qui pollue les océans et les plages, fait l'objet d'expérimentations, dans l'espoir de pouvoir aussi l'utiliser comme ressource.

Lire aussi : Carbios décompose le plastique grâce aux enzymes

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Levier économique : des nouvelles filières en construction

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Architecture bois

[ Projet d'architecture en ossature bois (pins douglas) pour le siège social d'Atlanbois à Nantes, réalisé par le cabinet d'architectes Barré-Lambot ]

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Des techniques de recyclage efficientes peuvent bien avoir été prouvées. La condition sine qua non pour que l'industrie investisse dans la transformation des produits triés réside dans l'existence de débouchés permettant la commercialisation de la matière première issue du recyclage. C'est pour cette raison que l'adoption par la Chine de conditions plus restrictives concernant la qualité des matières premières secondaires admises à l'importation risque bien de bouleverser pendant plusieurs années l'économie circulaire au niveau mondial. Et c'est aussi pourquoi la question de l'incitation des producteurs à incorporer davantage de matière issue du recyclage, malgré des prix parfois peu compétitifs par rapport à la matière première vierge, est l'un des principaux chapitres de l'élaboration de la feuille de route de l'économie circulaire en France.

Le développement de véritables filières fait ainsi l'objet de projets conçus par les producteurs de déchets eux-mêmes qui, poussés à la fois par des objectifs d'image et des objectifs économiques, financent la phase d'exploration. Dans un chantier à Bagneux, Bouygues a par exemple lancé un premier test à l'échelle industrielle visant la valorisation de 80% de ses déchets. Parfois, c'est plutôt dans le cadre de pôles industriels que des filières insoupçonnées se développent, les chutes des uns devenant les ressources des autres.

Lire aussi : Dunkerque va étendre sa toile industrielle à d'autres zones portuaires

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Levier numérique : le digital, vecteur de rapprochement

L'économie circulaire profite elle aussi de l'essor des technologies numériques. Celles-ci facilitent notamment la rencontre entre l'offre et la demande, contribuant ainsi à faire changer les comportements. Le domaine de la lutte contre le gaspillage alimentaire en est l'exemple le plus évident. Too Good To Go, Eqosphere, Jette Pas Partage, Une Fourmii verte sont quelques-unes des applications qui, dans le sillon de la loi Garot de 2016, mettent en contact commerçants ou distributeurs avec associations ou particuliers, afin de sauver les aliments de la poubelle et de mieux nourrir les plus démunis. Le BTP, à l'origine de 70% des déchets produits en France, et les produits électriques et électroniques, riches en métaux rares, menacés à terme d'épuisement, sont d'autres secteurs où la création de places de marché numériques accélère l'essor d'une approche plus circulaire.

L'ensemble de la logistique de la gestion des déchets est d'ailleurs susceptible d'être fortement impactée. Aux États-Unis, la société Rubicon Global, surnommée « le Uber des déchets », a disrupté le secteur en organisant des enchères en ligne pour les contrats de gestion des déchets de ses clients. Suez - qui détient une participation de 2 % dans Rubicon - a lancé en France une place de marché similaire consacrée aux transactions entre producteurs de déchets verts et exploitants de méthaniseurs. En Afrique et en Asie, Veolia observe pour sa part les plateformes d'intermédiation digitale qui se multiplient afin d'améliorer les relations entre producteurs de déchets, collecteurs et recycleurs, contribuant ainsi à la structuration d'un marché encore en grande partie informel.

Lire aussi : Hesus Store, quand le numérique se met au service de l'économie circulaire du bâtiment

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Levier social : le local et le collectif comme sources d'innovation

Antérieure à la révolution industrielle, l'économie circulaire remet en cause les processus de production linéaires et mondialisés qui ont caractérisé l'essor de la société de consommation. Son développement requiert - et induit - donc aussi une certaine dose d'innovation sociale. La création de boucles de flux de matière et d'énergie les plus locales possible remet ainsi l'accent sur les territoires, en refaisant des villes, villages, quartiers ou communautés les protagonistes de projets ciblés sur leurs besoins spécifiques et sur la mutualisation de ressources auparavant gaspillées.

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Marché bio

[ Crédit photo : iStock ]

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Un exemple frappant est celui de l'Île-de-France, où l'Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie (Ademe) vient de calculer le potentiel de l'énergie fatale produite par l'industrie, les data centers, les eaux usées et les unités d'incinération des déchets de la région : 6.500 GWh valorisables grâce à la proximité entre producteurs et consommateurs potentiels, et qui pourraient contribuer au rattrapage du retard de la région en matière de transition énergétique. 900 GWh pourraient même venir d'une trentaine de projets déjà existants. Dans le monde agricole, la participation à des projets collectifs de méthanisation génère des compléments de revenus pour les agriculteurs. Et à Paris, l'économie circulaire est promue pour profiter de la « proximité des individus et des structures ».

D'autant plus que de tels projets résulte souvent la création de nouveaux emplois : selon l'Ademe, le recyclage en génère vingt fois plus que la mise en décharge, pour la plupart non délocalisables et accessibles à des personnes peu qualifiées. Au centre de nombre de ces projets de société, l'économie sociale et solidaire (ESS) se renouvelle donc elle aussi afin de profiter au maximum du potentiel du changement, jusqu'à emprunter parfois les codes des entreprises à but lucratif.

Lire aussi : Elise, l'ESS en franchise

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Commentaires
a écrit le 04/04/2018 à 21:25 :
L'économie circulaire est une bourde d'un agent de marketing qui a mal lu le devis... quand c'est circulaire ça tourne en rond, donc ça va nul part. Mais en France on a du mal à penser qu'aller nul part c'est d'aller quel que part dans l'inconnu mais si cela veut dire absolument nul part. On est friand dans ce pays de formule creuse, sans contenue et sans fondements... mais que diable... nous sommes en France le pays de l'illusion !!!
a écrit le 04/04/2018 à 9:04 :
Déjà stopper la production du plastique dans le monde et faire des produits qu’avec de la récupération

Ceux de la production les mettre sur le marché du recyclage et bloquer ce marché «  juste pour ceux qui ont travailler dans l’industrie du plastique « 

Dans le cadre des grandes entreprises comme Suez par exemple :
C’est mieux de limiter à une activité et être performant dans cette activité( la gestion de l’eau par exemple)

Car pour les entreprises s’éparpillent de trop c’est être inefficace au bout d’un moment

Il faut être le meilleur dans son domaine.
a écrit le 04/04/2018 à 8:43 :
Le petit vernis moral de l'écologie m'a toujours gonflé, mais c'est vrai, la population humaine augmente, les pays en voie de développement ... se développent et ça va faire mal à la planète, il va falloir repenser le cycle de vie des matières premières.
a écrit le 04/04/2018 à 8:35 :
Merci pour cet article.

Le plastique était une invention formidable, à sa première mouture il était entièrement non dégradable et ne s'usait pas, ce qui faisait sa qualité numéro un, puis le secteur marchand a trouvé que c'était peu vendeur des produits inusables et c'est mit à le décliner en plusieurs formules ultra polluantes, d'où ce massacre des océans que certains n'ont plus peur d’appeler "soupe de plastique".

On peut également regretter que nos milliardaires préfèrent planquer leur pognon dans les paradis fiscaux plutôt que d'investir massivement, ce dont nous aurions besoin, pour sauver la planète et son humanité.

Il va bien falloir aller les chercher ces dizaine de milliers de milliard (au minimum) un jour ou l'autre hein, sinon on n'y arrivera pas.

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