Total à l’affût de l’innovation disruptive

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Le fonds de capital risque du pétrolier a investi 160 millions d'euros depuis 2008.
Le fonds de capital risque du pétrolier a investi 160 millions d'euros depuis 2008. (Crédits : STEPHANE MAHE)
De l’énergie sous toutes ses formes aux transports en tous genres, le fonds de capital risque investit dans les jeunes pousses susceptibles de modifier en profondeur le paysage en pleine effervescence dans lequel s’inscrit l’avenir du pétrolier.

Devenir l'un des meilleurs dans les cleantechs, ne pas laisser passer une innovation disruptive...Ce sont les objectifs de François Badoual, qui dirige depuis 2012 Total Energy Venture (TEV), le fonds corporate de capital-risque créé par Christophe de Margerie en 2008, dans l'euphorie du green business qui a suivi le Grenelle de l'Environnement. Malgré les hauts et les bas qu'ont connus les jeunes pousses vertes depuis, elles demeurent plus que jamais une cible de prédilection à l'heure du plan stratégique « One Total », qui prévoit que d'ici 20 ans Total soit l'un des leaders de l'énergie solaire (il figure aujourd'hui dans le top 3 ), se développe dans le trading d'électricité, dans le stockage d'énergie, soit leader sur la distribution des biocarburants en Europe, notamment les biojets destinés à l'aviation et se développe le cas échéant dans d'autres énergies renouvelables..

Energies, stockage, gestion intelligente

D'ailleurs, TEV, l'une des pistes parmi d'autres explorées par le groupe, est formellement rattaché à la branche « Gas renewables and power » créée en avril 2016 dans le cadre de la réorganisation dédiée à cette stratégie.

C'est pourquoi l'intérêt du fonds ne se limite pas au secteur pétrolier. Comme son patron Patrick Pouyanné, François Badoual est persuadé que l'électricité, notamment d'origine renouvelable, jouera un rôle majeur dans l'énergie demain. « Le véhicule électrique est à nos portes, et la possibilité de se réapproprier sa production d'énergie est un moteur puissant des énergies renouvelables », cite-t-il ainsi en exemple. C'est d'ailleurs pourquoi le groupe a racheté en juin 2016 le producteur d'électricité verte Lampiris.

Tout ce qui touche à l'énergie au sens large, à son stockage, à sa gestion intelligente intéresse donc le chasseur de startups. Depuis 2008, 160 millions de dollars ont ainsi été investis à travers une trentaine de prises de participations. Des prises de participation minoritaires ne dépassant pas 15%, avec des postes d'observateurs mais pas d'administrateurs au Conseil d'administration, et qui permettent au groupe de se familiariser avec certaines technologies. Ainsi, les incursions de TEV dans le stockage -les premières pour un pétrolier - ont-elles précédé l'acquisition de Saft en 2016, menée par le groupe directement, comme l'avait été en 2011 celle de Sunpower.

Quelque 500 startups sont passées au crible chaque année par la dizaine de personnes, dont deux à San Francisco, composant l'équipe de TEV, pour moins de cinq participations par an.

Transport individuel et logistique

Dernièrement, les innovations dans le transport tiennent la rampe. Xee, un investissement d'avril 2017 réalisé aux côtés de Bridgestone et Cofip pour rejoindre le fonds du groupe Mobivia Via ID, a conçu un boîtier qui permet de connecter les voitures individuelles quelle que soit leur marque. Une opportunité pour les investisseurs de proposer au meilleur moment leurs offres aux automobilistes et de rester au contact des clients dans un contexte marqué par un fort risque de désintermédiation.

La dernière prise de participation en date, OnTruck, est une jeune pousse espagnole spécialisée dans la logistique du fret et capable de mettre en relation capacités de transport et expéditeurs de colis « entre Angers et Montluçon », avec une offre tarifaire en temps réel, précise François Badoual.

Deux sorties couronnées de succès

Tout en élargissant  à la fois son spectre sectoriel et géographique - deux tiers de ses participations sont sourcées en Amérique du Nord -, TEV est à l'affût de tout ce qui pourrait avoir un effet disruptif sur ses activités d'aujourd'hui ou de demain.

Mais cela n'empêche pas les bonnes opérations financières, comme celles réalisées avec le spécialiste du traitement de l'eau par membrane H2O, qui a rapporté deux fois sa mise lors de son rachat par LG Chemicals. De même, la valorisation de la startup française de l'autopartage OuiCar, dans laquelle TEV avait investi aux côtés de la SNCF et Orange au sein du fonds Ecomobilités Ventures et aux côtés du fonds Jaïna Capital de Marc Simoncini, avait été multipliée par trois lors de sa vente à la SNCF en 2015.

Même si l'occasion ne s'est encore jamais présentée, le rachat pur et simple par Total fait toujours partie des options envisageables.

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