Total prêt à construire le nouveau monde de l’énergie

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Philippe Baptiste, directeur R&D de Total
Philippe Baptiste, directeur R&D de Total (Crédits : Total - DR)
Philippe Baptiste, mathématicien de formation, a rejoint en février 2016 le groupe pétrolier au poste de directeur de la recherche et développement (R&D). Il détaille à La Tribune les technologies sur lesquelles mise le groupe à l'aube de la transition énergétique qui s'annonce.

Le 9 avril, Total annonçait la signature d'un Memorandum of Understanding (MoU) avec le ministre norvégien de l'Énergie et d'autres partenaires pour intégrer le Technology centre Mongstad (Norvège). Ce centre est l'un des plus grands sites au monde permettant de développer les technologies de captage du CO2 des fumées de combustion de sites industriels environnants. Opéré par l'entreprise d'État norvégienne Gassnova aux côtés de Shell, Statoil et Total, il permet à ces partenaires de tester et valider leurs méthodes de captage de CO2 en termes de  fiabilité, de coûts et d'impact environnemental, et d'accélérer ainsi la commercialisation de ces technologies.

Philippe Baptiste, directeur R&D de Total, avait alors qualifié cette annonce d' «investissement stratégique pour Total car il répond à l'engagement pris de lutter contre le changement climatique à deux titres : d'une part en renforçant l'expertise du Groupe dans les technologies de CCUS ; d'autre part en travaillant sur la réduction des émissions de CO2 d'installations industrielles. »

Une terre d'opportunités

À 44 ans, l'ingénieur civil des Mines de Nancy et docteur en informatique de l'Université de Technologie de Compiègne, passé par IBM avant d'entrer au CNRS puis d'en devenir directeur général délégué à la science, a rejoint le pétrolier il y a un peu plus d'un an. Séduit par un monde de l'énergie en profonde évolution, dans lequel la convergence avec le numérique n'en est encore qu'à ses débuts.

« L'énergie de demain doit être abordable, fiable et propre, martèle-t-il. Elle sera produite par des sources beaucoup plus diverses qu'aujourd'hui, dans des centres de production très décentralisés et proches des lieux de consommation, avec beaucoup de renouvelables. »

Si Total a présenté pour 2016 des résultats meilleurs que ceux des majors, le directeur R&D a bien conscience d'avoir rejoint un monde en plein bouleversement, notamment marqué par une division par deux du prix du baril, la chasse au CO2 et la révolution des renouvelables. Mais cela ne l'inquiète pas plus que ça.

«Notre stratégie est claire et engagée pour construire le Nouveau monde de l'énergie, et nous voyons la profonde évolution que traverse aujourd'hui le secteur de l'énergie comme une terre d'opportunités.»

Une nouvelle branche « Renewables & Power »

L'arrivée de Philippe Baptiste a coïncidé avec la mise en place, dans le cadre du projet de réorganisation du groupe « Total One », d'une R&D plus transverse et prospective. Historiquement proche des métiers, le service a désormais également vocation à plancher sur de grands sujets stratégiques, en cassant la logique en silos par activités et en nouant plus de partenariats avec des organismes de recherche externes.

Smart grids, stockage, hydrogène, biocarburants, énergies renouvelables... figurent à son programme.

« Notre positionnement s'incarne notamment dans notre nouvelle branche GRP (Gaz, Renewables & Power) », précise Philippe Baptiste.

C'est dans cette branche que sont regroupées les différentes acquisitions réalisées par Total ces dernières années : le spécialiste du photovoltaïque SunPower (2011), le distributeur d'électricité verte Lampiris (juin 2016) ou encore le fabricant de batteries Saft (mai 2016).

« Contrairement au numérique, ces sujets nécessitent de très gros investissements en temps et en Capex pour les tester et les développer.»

La fin du pétrole n'est pas pour demain

Par ailleurs, la fin du pétrole n'est pas pour demain. L'or noir, essentiellement consommé par les transports, est nettement moins concurrencé par les renouvelables utilisés pour produire de l'électricité que le charbon (voire, le nucléaire).

« Les hydrocarbures présentent des qualités incomparables en termes de densité, de coût et de fiabilité. Nous allons en avoir besoin encore longtemps, et ils ne disparaîtront  pas du jour au lendemain, veut croire Philippe Baptiste. Nous allons notamment passer par une phase dans laquelle le gaz sera central. En revanche, il nous faut travailler sur leur impact climatique. »

C'est là que le captage, stockage, valorisation ou stockage du CO2 (ou "CCUS", pour Carbon Capture, Utilization and Storage) prend toute son importance. Après avoir suscité un engouement prématuré dans les années 2010, le soufflé était nettement retombé face à des coûts prohibitifs en l'absence de tarification du carbone.

Mais la technologie, enrichie de nouveaux modes de captage, nouveaux débouchés et nouveaux modèles, revient au goût du jour dans la foulée de l'Accord de Paris. Ainsi, le scénario 2°C de l'Agence internationale de l'énergie (AIE) implique de constituer une industrie du CCUS  dont la taille en 2050 devrait atteindre les 6 milliards de tonnes par an.

10% du budget recherche dédiés au captage et à la valorisation du CO2

« Les technologies de CCUS sont clés, affirme Philippe Baptiste. Aujourd'hui, le coût d'une chaîne complète revient entre 150 et 200 euros la tonne de CO2 évitée, estime-t-il. Cela reste cher, mais il faudrait comparer avec le coût de la tonne évitée grâce aux énergies renouvelables, photovoltaïque mis à part. »

Et Total a décidé de miser gros sur ces technologies:

« Nous avons prévu de consacrer à terme 10% de notre budget de R&D au CCUS, soit quelque 60 millions d'euros par an. Mais sur la partie « utilisation » (ou valorisation) en général, les sujets en sont encore à un stade très amont. Les technologies de transport sont plus mûres, même si on essaie d'en abaisser le coût. Quant à la capture, on voit apparaître de nouveaux procédés moins onéreux. »

Cependant, « L'exploration de ces technologies requiert une volonté politique, souligne le directeur de l'innovation. En Norvège, par exemple, le gouvernement a lancé un appel d'offres pour des études portant sur une chaîne de capture, transport et stockage dans une structure géologique.»

Ce n'est d'ailleurs pas le seul pays à s'intéresser de près à la question:

« La Chine, où Total mène d'ailleurs des partenariats sur le CCUS, devrait devenir un acteur majeur  de ces technologies, notamment grâce à un alignement et un enthousiasme partagé par tous les acteurs, des industriels aux académiques en passant par l'Etat. »

Soutien de l'État ou pas, Total n'entend pas passer à côté des nouvelles technologies. « Le défi pour nous, c'est de rester un grand leader de l'énergie de demain. Notre culture de l'innovation ouverte  se développe et nous permet de préparer l'avenir.»

C'est pourquoi Total travaille beaucoup avec des laboratoires, des pairs, des startups... dans un contexte où les innovations technologiques pullulent (sur le stockage, par exemple, de nouveaux prototypes apparaissent chaque jour) :

« Sur des sujets précompétitifs, il faut suivre qui fait quoi, comment, et travailler avec les meilleurs », reconnaît Philippe Baptiste.

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Commentaires
a écrit le 26/04/2017 à 19:39 :
Beaucoup de vent pour pas grand chose
On peut toujours essayer de capter le co2 au bout des tuyaux d'échappement...
a écrit le 23/04/2017 à 8:32 :
Je complète mon commentaire. Le livre de Claude Turmes sur la transition énergétique montre bien la difficulté de trouver un point d'entente sur le plan européen. Les COP ne sont pas très efficaces. Il faut agir sur le plan national pour donner l'exemple et surtout profiter d'un avantage en prenant une bonne orientation avant les autres. Pour l'instant, les Allemands et les Suédois sont en avance sur nous. Il est urgent d'agir. Les journalistes ont un devoir d'information. Bonne chance.
a écrit le 23/04/2017 à 8:16 :
Le prix de l'énergie ne doit pas être seulement utilisé pour comparer les formes d'énergie. Il doit permettre d'orienter une politique économique, soit en tenant compte de l'écologie, soit en tenant compte de l'équilibre économique, croissance et chomage. Il faut pour cela donner un prix à l'énergie par une taxe qui tienne compte du cout du travail. Voit la note n°6 du CAE. Cette taxe doit être associée à une allocation à caractère universel. C'est aux économistes de donner un avis.
a écrit le 22/04/2017 à 18:54 :
Pour les industriels la construction du nouveau monde de l'énergie ne passe que par la possibilité de s'octroyer des marchés. A en lire l'article ci-dessus, le prix du pétrole est tellement concurrentiel que les énergies renouvelables ne sont pas prêtes de détrôner son usage. Mieux vaudrait donc selon cette hypothèse investir dans le conditionnement du CO2. Voilà bien des calculs ne visant qu'une main mise sur la distribution de l'énergie dans sa globalisation. Si l'on additionne le coût de la chaîne complète nous serions très surpris du résultat, sans compter que le prix du pétrole, même bas actuellement est sûr d'augmenter à mesure que les années avancent. Nous pouvons comprendre les incitations en ce sens, mais au-delà du profit, n'y a-t-il pas tous les problèmes environnementaux qui viennent se greffer. Notamment celui de la santé en premier, puis celui de l'accès à l'énergie pour le développement des pays voués à l'exode de leurs citoyens. Si nous cumulons tous les problèmes que cette vision impose, nous constatons aisément que cette propagande ne peut tenir pour raisonnement valable d'un règlement globale. Mais uniquement dans un positionnement lucratif.
a écrit le 20/04/2017 à 21:05 :
Malgré leur (relativement récent) positionnement dans le solaire et les bornes de recharge pour véhicules électriques, Total garde surtout son expertise et son Chiffre d'Affaires dans le pétrole. Depuis le temps que l'on annonce la fin du pétrole, le marché va certainement basculer vers les véhicules électriques, mais à quelle échéance ? Et de toute manière le parc existant de moteurs thermiques ne va pas disparaitre du jour a lendemain.

Quel que soit le secteur d'activités, la R&D reste indispensable et il faut être présent dans la moindre innovation et dès le début.
a écrit le 20/04/2017 à 9:56 :
Votre article montre bien que TOTAL et de nombreuses sociétés pétrolières sont contrairement à ce qu'affirment certains des acteurs éco-responsables. C'est d'ailleurs tout à fait normal car ce sont des sociétés qui recrutent majoritairement des ingénieurs , de plus c'est des sociétés qui contrairement à beaucoup d'autres suivent des codes d'éthiques plutôt stricts.
a écrit le 20/04/2017 à 9:35 :
Les Français ne comprennent absolument rien en ce qui concerne l'énergie. Et ne sont pas capables d'établir une relation entre le cout du travail et le prix de l'énergie. C'est expliqué dans la note n°6 du CAE, mais les Français ignorent cette note. Alors toute notre économie va progressivement se détériorer. Voyez le cas d'AIRFRANCE.
a écrit le 20/04/2017 à 9:06 :
Aucune information majeur seulement un article de communication de la multinationale mais c'est normal c'est TOTAL.

Ya ceux qui dépensent des fortunes pour faire de la publicité et ya ceux qui n'ont qu'à claquer des doigts pour faire un article sur eux dans un journal, un reportage à la télévision, une interview à la radio.

Que ce système est prévisible, prévisible et dangereux à savoir totalement sans intérêt puisque nous savons comment l'humanité coure à sa perte.

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