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ClimatEnergie & Environnement

Tri des déchets : Paprec saisit au bond la balle de l'industrialisation

Photo de Giulietta Gamberini

Giulietta Gamberini

Publié le 23 juin 2016 à 05:30

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Le groupe de recyclage inaugure en l'espace d'une semaine deux nouveaux centres de tri des déchets issus de la collecte sélective des ménages, dans lesquels il a investi 36 millions d'euros. Il entend ainsi activement participer au mouvement de rationalisation et modernisation que l'évolution du secteur impose.

Un potentiel de 35.000 tonnes par an de déchets passés au peigne fin, mobilisant 36 personnes. Et 18 collectivités locales déjà desservies, produisant 28.000 tonnes annuelles d'ordures recyclables. Ouverte à la mi-janvier, la nouvelle usine dédiée au tri des déchets issus de la collecte sélective des ménages du groupe Paprec, Paprec Lorraine, a été inaugurée vendredi 17 juin dans la commune de Dieulouard (Meurthe-et-Moselle). D'une valeur de 12 millions d'euros, cet investissement reste cependant moins important que celui consacré à une autre usine ouverte elle aussi en début d'année et qui sera à son tour inaugurée vendredi 24 juin au Rheu (Ille-et-Vilaine).

Conçue pour assurer le tri sélectif des déchets de Rennes capitale, arraché à Véolia, Paprec Trivalo Bretagne est en effet carrément destinée à devenir le plus grand centre de tri de France. D'une capacité totale de 60.000 tonnes, elle en traite d'ores et déjà la moitié, employant quelque 35 personnes. Paprec y a engagé 24 millions d'euros: une somme à comparer au total de 150 millions d'euros investis depuis la création de l'entreprise, en 1994, pour la création des douze autres usines de recyclage dédiées à la collecte sélective qu'elle possède.

Les centres de tri, maillons faibles de la chaîne de valorisation

En changeant significativement d'échelle, Paprec vise à continuer d'élargir le part (20%) de son chiffre d'affaires provenant des services rendus aux collectivités locales - soit 200 millions d'euros. Le groupe veut aussi saisir l'opportunité de la modernisation de l'activité, que l'évolution du secteur rend incontournable. Présent à la cérémonie d'inauguration de l'usine de Dieulouard, Carlos de Los Llanos, directeur du département Tri et Recyclage d'Eco-Emballages (éco-organisme agréé par l'Etat pour organiser et superviser le recyclage des emballages ménagers en France), l'a publiquement reconnu :

"Alors qu'il constitue un maillon essentiel dans le processus de réutilisation des matières premières, le centre tri constitue encore, au niveau national, l'anneau faible de la chaîne de recyclage".

Le principal travers est le nombre excessif de structures. Aujourd'hui, il en existe 250 en France, "alors que la moitié suffirait", estime Stéphane Leterrier, directeur général adjoint du groupe. La majorité des collectivités possèdent en effet leur propre centre de tri, dont environ la moitié est pourtant confiée à l'exploitation à des entreprises privés. Or, "la voie doit être resserrée au profit d'une logique industrielle", a estimé Carlos de Los Llanos, puisque "les centres de tri de petite taille sont moins performants" en matière de taux de valorisation et que "le caractère plus ou moins efficace d'une installation conditionne tout le processus en aval".

Le défi de l'élargissement des consignes de tri

Cette industrialisation, déjà en cours dans d'autres pays limitrophes, semble d'autant plus nécessaire que le secteur du recyclage sera confronté dans les prochaines années à deux défis de taille. Le premier avait été fixé en 2007 lors du Grenelle de l'environnement : atteindre avant 2012 un taux de recyclage des emballages ménagers de 75%.  Or, en 2016, on n'en est qu'à 67%. Ce résultat, de surcroît, ne constitue qu'une moyenne: "Dans certaines collectivités, notamment urbaines, la réalité est bien en-dessous", souligne le directeur d'Eco-emballages.

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Le deuxième défi est représenté par le plan de relance du recyclage lancé par l'organisme agréé il y a deux ans, qui vise à simplifier la vie du consommateur au travers d'un élargissement progressif des types de plastiques triés. "A la fin 2016, cette extension concernera la moitié de la population française et en 2022 son ensemble", prévoit Carlos de Los Llanos, qui préconise un "mouvement en trois vagues, toutes les deux ans". L'espoir est d'ainsi accroître le recyclage du plastique, qui à l'heure actuelle ne concerne qu'"un peu moins de la moitié des bouteilles et flacons, et 23% du total". L'entrée dans le flux de nouveaux produits (pots de yaourt, films de barquettes, films souples...) ayant la particularité d'être très légers, toutefois, risque de compliquer le tri. Elle exige également de générer des tonnages suffisants pour trouver des débouchés aux matières qui en résultent.

Huit ans pour un projet

Alors que selon Eco-Emballages "la modernisation passe par une plus grande cohérence territoriale", ainsi que par la conclusion de "contrats adaptés, donnant suffisamment de visibilité à ceux qui investissent des millions d'euros", la réalité du terrain peine encore à s'adapter à ces exigences. A Dieulouard, par exemple, Paprec a mis huit ans avant de pouvoir mener son plan à bien.

Parmi les obstacles qui ont non seulement prolongé les délais, mais finalement contraint le groupe à réduire la taille de l'usine de moitié par rapport au projet initial, est apparue d'abord la nécessité de nettoyer le sol pollué du site choisi, anciennement occupé par un fabricant d'outils industriels). Puis de compenser le terrain constructible avec des terres humides. Enfin, de rassurer les environnementalistes inquiets pour la faune locale... Mais deux ans et demi ont été nécessaires pour obtenir l'autorisation de traiter des déchets provenant de département limitrophes, explique le président-fondateur du groupe Jean-Luc Petithuguenin. En France, en effet, chaque préfet de département détermine le bassin concerné par un centre de tri. Et la carte administrative de la métropole relègue parfois au second plan la proximité géographique...

Les emplois non qualifiés pénalisés

Malgré ces entraves, le mouvement de rationalisation paraît inévitable à Paprec, qui parie sur l'existence dans deux ou trois ans de quatre ou cinq centres de tri de la taille de celui du Rheu : dimension optimale, puisqu'au-delà d'une capacité de 60.000 tonnes l'allongement du transport des déchets amoindrirait l'impact écologique.

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L'industrialisation aura inévitablement un impact sur l'emploi, reconnaît le groupe, qui en 25 ans d'existence est passé est passé de 45 à 4.500 collaborateurs. Certes, avec la mécanisation, le métier de trieur devient moins pénible, puisque le tri manuel exige désormais des gestes moins nombreux et moins amples. Mais il implique aussi une profonde transformation de ces sites, auparavant sources d'emplois non qualifiés. Dans les centres de tri les plus modernes, 80% du travail est en effet désormais assuré par les machines : "En dix ans, la productivité des chaînes a été multipliée par dix, et donc le nombre de trieurs réduit d'autant", calcule Jean-Luc Petithuguenin. Seul 8% de la force salariale de l'entreprise est désormais constituée d'emplois non qualifiés. Les électro­-mécaniciens, en revanche, sont de plus en plus recherchés.

Giulietta Gamberini

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