Le premier acte est clos, mais la bataille semble loin d'être terminée. Au lendemain de la décision d'Engie de vendre à Veolia 29,9% d'actions dans Suez, pour 3,4 milliards d'euros, la controverse se poursuit sur l'opportunité et les modalités d'une fusion entre les deux leaders français des services à l'environnement. Le fait, très rare, que la décision ait été prise malgré l'opposition de l'État, actionnaire majoritaire (24%) d'Engie, finit même par la renforcer.
En l'absence d'un accord entre Suez et Veolia, qui pour le gouvernement constituait une condition incontournable de la fusion, l'administratrice représentant l'État, nommée par arrêté, a en effet voté contre l'opération, conformément aux instructions du gouvernement. L'un des deux administrateurs proposés par l'État à l'assemblée générale des actionnaires a fait de même, alors que l'autre s'est abstenu, détaille l'AFP. Tant que dure l'hostilité entre les deux parties, le projet de fusion "ne fonctionnera pas", a d'ailleurs répété lundi Bruno Le Maire.
Les arguments contre la fusion continuent donc d'être déployés, bien que désormais non plus afin de convaincre Engie, mais sur d'autres terrains. Tout d'abord de la part de Suez qui, déterminé à défendre son indépendance, menace même d'actions judiciaires. Dès mardi matin, l'entreprise cible a prévenu qu'elle "mettra en œuvre tous les moyens à sa disposition pour préserver les intérêts de ses salariés, ses clients et ses parties prenantes (...) et éviter une prise de contrôle rampante ou un contrôle de fait". Si elle n'a pas précisé en quoi ces moyens consisteront, elle évoque une opération effectuée dans des "conditions inédites et irrégulières". Une accusation réitérée dans une lettre adressée par le président de Suez Philippe Varin à Bruno Le Maire, où il dénonce des "anomalies graves" dans la vente et annonce qu'il envisage de poursuivre en justice Engie, dont il questionne la "loyauté".