Suez-Veolia : qui est Ardian, le fonds dirigé par la puissante Dominique Senequier

Créé par Dominique Senequier, Ardian est devenu en une vingtaine d'années un mastodonte mondial du private equity avec 100 milliards de dollars d'actifs. La société de gestion, née dans le giron d'Axa, multiplie les investissements dans les infrastructures et s'est déjà frottée à deux reprises au marché de l'eau.
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[MAJ : article mis à jour le 05/10/20 à 14h50 et publié initialement le 01/10/20. Dans un communiqué de presse, Ardian a finalement indiqué qu'il renonçait à déposer une offre auprès d'Engie "pour laisser le temps aux discussions en cours". ]

Les fonds d'investissement n'ont pas dit leur dernier mot dans le feuilleton Suez-Veolia. Le fonds français Ardian a annoncé ce jeudi vouloir constituer un consortium d'investisseurs pour racheter à Engie ses 29,9% dans Suez, une participation déjà convoitée par Veolia dont la nouvelle offre à 3,4 milliards d'euros a été accueillie "favorablement" par le groupe énergétique mercredi soir.

Lire aussi : Qui est Antin, le fonds qui peut encore jouer un rôle clef dans le dossier Suez-Veolia ?

Ardian s'impose donc comme le nouveau protagoniste du dossier, seulement quelques jours après que le fonds Antin se soit retiré (mais peut-être pas définitivement) des négociations avec Suez, qui cherche toujours à proposer à Engie une offre alternative à celle de Veolia. Ardian se targue aujourd'hui d'avoir le soutien du conseil d'administration du Suez et du représentant des salariés. Il précise dans un communiqué avoir fait part à Engie de son "intérêt" pour ses parts détenues dans le géant des services à l'environnement.

"Ce projet (d'Ardian) est soutenu naturellement par le management, il a l'approbation du conseil de Suez puisque c'est un soutien au plan stratégique de la société et il est aussi soutenu par les actionnaires salariés du groupe, ce qui en fait donc un plan qui du point de vue de l'intérêt des différentes parties prenantes a un certain nombre de vertus", a fait valoir auprès de l'AFP, Philippe Varin, le président de Suez. "Je pense que leur projet va rapidement progresser et arriver à maturité", a-t-il estimé.

Mastodonte du capital-investissement

Ce n'est pas la première fois qu'Ardian joue la carte du collectif. Début 2019, Ardian avait fait parler de lui en se portant candidat au rachat d'ADP dans le cadre de sa privatisation. L'idée : investir en s'associant à sept conseils départementaux qui souhaitaient détenir une minorité de blocage.

Leader sur le Vieux Continent, le fonds tricolore fait partie des géants mondiaux du capital investissement (ou private equity en anglais), qui consiste à investir dans des entreprises non cotées en Bourse. Avec 100 milliards de dollars d'actifs gérés dans le monde, la société de gestion, née dans le giron de l'assureur Axa en 1996, côtoie aujourd'hui les mastodontes du secteur à l'image des trois américains Blackstone, KKR et Lexington Partners. En plein confinement, elle est parvenue à boucler une levée de 19 milliards de dollars, l'une des plus importantes au monde.

Ses activités dans l'investissement privé sont beaucoup plus vastes que celles d'Antin, qui se limitent au seul financement d'infrastructures. Si Ardian fait ses débuts avec un fonds de buy-out (rachat par endettement ou LBO) de 100 millions d'euros, la société de gestion élargit très rapidement son périmètre d'action et se développe aussi dans les fonds de fonds. Elle investit par ailleurs dans les sociétés de l'économie numérique, dans les entreprises de taille moyenne, les groupes européens ayant une forte croissance ou encore dans l'immobilier de bureaux.

Déjà présent sur le marché de l'eau

Ses activités dans les infrastructures (aéroports, voies ferrées, autoroutes, réseaux de distribution d'énergie, renouvelables, infrastructures sociales) ne débutent qu'en 2005. Et, le marché de l'eau ne lui est pas inconnu. La Saur, le numéro trois des réseaux d'eau en France, aujourd'hui dans les mains du fonds suédois EQT, figure en effet parmi ses premiers investissements (2007). Ardian le cédera, cinq années plus tard. En 2008, il prend également une participation dans AWG, poids lourd du marché de l'eau en Angleterre, avant de revendre ses parts en 2014.

En 15 ans, la branche Ardian Infrastructure s'est considérablement développée. Au total, elle a réalisé quelque 45 investissements et a déjà cédé 17 participations. Elle affiche désormais plus de 13 milliards d'euros d'actifs, juste derrière les 15 milliards d'Antin Infrastructure Partners, premier fonds d'infrastructure français.

Dominique Senequier aux manettes

Derrière ce développement remarquable : Dominique Senequier, l'une des financières les plus reconnues dans le monde. Souvent décrite dans la presse comme une femme redoutable et redoutée, elle se hisse à plusieurs reprises dans le classement des 100 femmes les plus puissantes de la planète par la magazine Forbes.

Membre de la première promotion mixte de l'école Polytechnique (1972), Dominique Senequier a débuté sa carrière au ministère de l'Economie au contrôle des assurances. Elle rejoint ensuite le groupe Gan en 1980, où elle évoluera à plusieurs postes jusqu'à diriger la filiale de prise de participation de l'assureur. Elle fait son entrée en 1996 chez Axa pour y créer un pôle de capital-investissement : c'est la naissance d'Axa Private Equity, qui prendra son indépendance en 2013 sous le nom d'Ardian.

Une certaine vision du long terme

Aujourd'hui, la société de gestion met en avant son approche durable et responsable. Près de 70% des 690 salariés sont actionnaires de la société et détiennent 55% du capital total. La fondatrice et présidente défend une approche de long terme, en définissant des plans de 5 ans minimum, avec le management des entreprises dans lesquelles elle investit. Ardian est également signataire des principes pour l'investissement responsable et l'accent est porté sur le développement du portefeuille énergies renouvelables avec une quinzaine d'investissements en infrastructure dans ce domaine.

Malgré cette posture, l'acquisition d'un acteur de l'eau par un fonds d'investissement inquiète. Meridiam, (à qui Veolia souhaiterait céder les activités Eau France de Suez pour se conformer aux règles anticoncurrentielles) fait figure d'exception en s'engageant sur des durées de 25, voire 50 ans. La plupart des fonds de private equity revendent généralement leur part au bout de quelques années, une dizaine tout au plus. Un décalage par rapport aux acteurs des réseaux d'eau, pour qui le long terme rime avec plusieurs décennies (et non pas plusieurs années), leurs contrats avec les collectivités s'étalant souvent sur 20 ans.

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Commentaires 2
à écrit le 05/10/2020 à 11:16
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C'est une bonne nouvelle pour l'économie de l'eau en France. Les quasi-monopoles n'ont jamais été des entreprises performantes, en privilégiant le profit des actionnaires par rapport à la qualité du service rendu aux clients.

à écrit le 02/10/2020 à 15:52
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Une magnifique fiche wikipédia: -Polytechnicienne a une époque ou cela n'a pas du être facile. -Bebéar's girl. Le parain du capitalisme francais. -Commission Attali pour la croissance Qu'en direde plus, on restedans l'entre sois, mais au moins ce...

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