ENTRETIEN CROISÉ. Difficultés des gigafactories, soutien financier à l'industrie, problématique du foncier et des friches... Le président de la région Hauts-de-France, Xavier Bertrand, et Olivier Lluansi, professeur au CNAM et auteur du livre « Réindustrialiser, le défi d'une génération », dressent leurs pistes pour sortir de l'hiver de la réindustrialisation que traverse la France.
La Tribune - Le marché de la batterie européenne est pour le moins secoué avec un plan de départs volontaires chez ACC et la faillite du suédois Northvolt annoncée ces dernières heures. Comment analysez-vous la situation ? Êtes-vous inquiets ? Vous êtes président d'une région qui est parvenue à capter trois projets de gigafactories de batteries pour la mobilité électrique.
Xavier Bertrand - C'est n'importe quoi ! On confond 2025 et 2035. Il est là le fond du problème. Quand je fais ce pari des gigafactories à l'époque, nous sommes la première région de France pour la production automobile. Je comprends que si j'attends tranquillement que ça se passe, je n'aurai plus que mes yeux pour pleurer et que je connaîtrai un nouveau choc de désindustrialisation. Le gouvernement aurait bien vu ACC s'installer plutôt en Grand-Est pour différentes raisons que chez moi, et je suis donc allé faire le VRP.
Avec deux collectivités locales, nous avons pris très vite la décision de mettre 121 millions d'euros sur la table. Par rapport à l'investissement de 1,5 milliard d'euros [le montant de la gigafactory ACC dans le Pas-de-Calais], ce n'est pas énorme mais c'est décisif pour remporter la mise. Au même moment, nous discutions avec Renault, qui était intéressé pour rénover leur usine de Douai et pour cela le conseil régional des Hauts-de-France a été sollicité. Je leur dis que la région répondra présente uniquement si j'ai des usines de batterie. Voilà l'histoire.
Mais vous ne pouvez pas leur demander de fonctionner alors que le marché de la voiture électrique tarde à décoller et c'est aussi un nouveau métier. Cela prend parfois un peu plus de temps. De toute façon, c'était une question de vie ou de mort. Il valait mieux être les premiers à accueillir de tels projets.
Olivier Lluansi -Les gigafactories, les start-up, les nouvelles filières... c'est nécessaire pour les enjeux de demain. Mais attention à notre discours collectif et aux moyens qu'on y alloue. Ces acteurs ont pris la quasi-totalité du discours et 80 à 90 % des moyens pour la réindustrialisation, notamment de l'État. Or, les deux tiers de notre potentiel de réindustrialisation, c'est le tissu des PME et ETI des territoires, le tissu industriel existant qui doit se développer et se moderniser. Et ces gigafactories ne fonctionneront bien dans la durée que si elles ont un tissu industriel autour d'elles qui permet d'être performantes.
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