Le géant allemand Thyssenkrupp amorce son démantèlement
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WOLFGANG RATTAY
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L'ex-leader industriel allemand Thyssenkrupp, autrefois fleuron du pays, a annoncé lundi une réorganisation majeure visant à scinder son conglomérat, symbole des difficultés actuelles de l'économie allemande, en plusieurs entités indépendantes. Cette décision marque un tournant stratégique dans un contexte de deux exercices consécutifs déficitaires et suscite de vives inquiétudes sur l'avenir de l'emploi.
Le groupe, qui emploie près de 98 000 personnes et pèse quelques 38 milliards d'euros de chiffre d'affaires, veut abandonner son modèle traditionnel de conglomérat devenu peu agile, pour évoluer vers une holding plus flexible. Cette transformation implique la séparation progressive de ses principales divisions : l'acier, les pièces automobiles, les sous-marins, ainsi que sa récente activité en technologies vertes.
La filiale Thyssenkrupp Marine Systems (TKMS), spécialiste des sous-marins et bénéficiant d'un carnet de commandes solide, sera introduite en Bourse d'ici la fin de l'année, une opération qui nécessite l'approbation des actionnaires lors d'une assemblée générale extraordinaire prévue le 8 août. Par ailleurs, la division automobile, lourdement impactée par la surcapacité du secteur en Allemagne et contrainte à 1 800 suppressions de postes, doit également être cotée en Bourse. La branche dédiée aux technologies vertes, créée en 2023, devrait aussi acquérir son autonomie.
Selon le quotidien Bild, une restructuration administrative est également en préparation avec une vague de suppressions d'emplois visant notamment les 1 000 salariés du siège d'Essen, dont l'effectif serait réduit de 500 à 100 personnes.
Face à ces bouleversements, le gouvernement régional de Rhénanie-du-Nord Westphalie affirme placer la sauvegarde des emplois au cœur de ses priorités, consciente des risques sociaux engendrés. Cette réorganisation, qui vise aussi à ouvrir les différentes unités aux investissements externes, n'entraînera pas une perte totale de contrôle, promet Miguel Lopez, directeur général, qui souhaite maintenir une participation majoritaire dans la plupart des entités, à l'exception du secteur sidérurgique. Le marché a salué cette annonce : l'action Thyssenkrupp a progressé de plus de 8 % à la Bourse de Francfort lundi, profitant d'un contexte favorable sur l'indice MDax.
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Mais la décision fait également polémique. Dennis Radtke, porte-parole industrie du parti conservateur CDU du chancelier Friedrich Merz, a qualifié la situation de « dramatique pour la chaîne de valeur de la sidérurgie allemande ». Sur les réseaux sociaux, la cheffe de l'extrême droite, Alice Weidel (AfD), a dénoncé le « déclin de l'économie allemande » symbolisé par ce démantèlement, appelant à un « tournant économique » urgent.
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Née en 1999 de la fusion entre Krupp, un sidérurgiste fondé en 1812, et Thyssen, spécialiste des rails depuis 1867, Thyssenkrupp illustre aujourd'hui les profondes mutations et défis auxquels sont confrontés les grands groupes industriels allemands dans un contexte de concurrence accrue et de transition économique.
(avec AFP)
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