Présidentielle américaine : pourquoi le rachat de l'aciériste US Steel devient un enjeu électoral
latribune.fr
L'acquisition d'US Steel par Nippon Steel, annoncée en décembre dernier pour un montant de 14 milliards de dollars, est depuis suspendue faute d'autorisation des régulateurs américains.
US Steel a annoncé la mise en place d'un plan social en cas d'échec de son rachat par le japonais Nippon Steel. Ce dossier est au cœur de la campagne de l'élection présidentielle aux États-Unis, l'aciériste étant situé en Pennsylvanie, où le résultat du vote peut aussi bien pencher pour la candidate démocrate Kamala Harris que le républicain Donald Trump.
En plein bras de fer depuis des mois avec le gouvernement américain, US Steel joue la carte de la menace pour tenter de le faire fléchir. L'exécutif est opposé au rachat de l'aciériste, basé en Pennsylvanie, par l'entreprise japonaise Nippon Steel. Acceptée par le conseil d'administration et les actionnaires d'US Steel, le président Biden a en effet déclaré à plusieurs reprises vouloir bloquer cette acquisition, annoncée en décembre dernier pour un montant de 14 milliards de dollars, mais depuis suspendue faute d'autorisation des régulateurs. Raisons invoquées : des inquiétudes autour de la sécurité nationale et le maintien des sites industriels.
Mercredi, l'aciériste américain est passé à l'attaque dans un communiqué. Il y a évoqué la mise en place d'un plan social si la prise de contrôle n'avait pas lieu. Il a aussi indiqué qu'il renoncerait à des investissements massifs de modernisation de ses installations de Mon Valley Works, en Pennsylvanie, et Gary Works, dans l'Indiana. « Si US Steel devait poursuivre seul », sans s'unir à Nippon Steel, la société « ne prendrait pas les mêmes engagements », a averti la direction.
« Sans la transaction avec Nippon Steel, US Steel se séparerait, pour l'essentiel, de ses hauts-fourneaux, mettant en danger des milliers d'emplois syndiqués et bien payés »,a-t-elle également prévenu.
Le groupe a aussi ajouté que, sans le rachat, se « poserait sérieusement la question du maintien du siège à Pittsburgh ». Un rassemblement de soutien au projet de reprise a d'ailleurs y a eu lieu ce mercredi.
Nul doute que ce sujet de tension devrait entraîner de vifs débats ce jeudi lors du déplacement en Pennsylvanie de l'actuelle vice-présidente des États-Unis, Kamala Harris,. Le dossier US Steel y est devenu un enjeu de campagne, le groupe étant implanté dans cet État du nord-est du pays, crucial pour le scrutin.
Et pour cause, il fait partie de ceux dits « pivots », à savoir susceptibles de faire basculer la victoire dans un camp ou dans l'autre. Ainsi, en 2016, le résultat avait penché à la faveur du républicain Donald Trump pour quelques dizaines de milliers de voix, tout comme en 2020, cette fois pour le démocrate Joe Biden.
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Reste que les deux candidats ne veulent, ni l'un ni l'autre, voir se concrétiser cette opération. Kamala Harris s'affiche dans la même position que le président américain au sujet du rachat. Encore lundi, elle a affirmé, lors d'une réunion de campagne, vouloir maintenir l'aciériste sous contrôle américain. Donald Trump a, lui, promis de s'opposer au rachat en cas d'élection.
Plus globalement, Kamala Harris compte sur les grands projets d'infrastructures lancés par son prédécesseur, créateurs d'emplois, et le soutien de syndicats pour tenter de s'assurer du soutien de la population de Pennsylvanie. Donald Trump table lui aussi sur sa popularité auprès de la population rurale. En Pennsylvanie mercredi, pour une réunion publique avec des électeurs, il doit s'exprimer ce jeudi à New York pour détailler son programme économique.
L'exécutif américain, lui, se révèle en tout cas déterminé à ne pas lâcher le morceau. Selon une information du Washington Post mercredi, Joe Biden s'apprêterait bel et bien à bloquer le rachat. Sollicitée par l'AFP dans la foulée, la Maison Blanche a indiqué que le rapport de la Commission aux investissements étrangers aux États-Unis (CFIUS), chargée d'examiner le dossier, n'avait pas encore transmis ses conclusions au président. « C'est la prochaine étape », a temporisé un responsable.
Dans un communiqué publié ce jeudi, Nippon Steel a reconnu être au courant des informations de presse concernant ce possible blocage par Joe Biden. Mais l'entreprise s'est dite « fermement convaincu que le gouvernement américain doit traiter cette affaire de manière appropriée et conformément à la loi ».
« US Steel et l'ensemble de l'industrie sidérurgique américaine seront sur une base beaucoup plus solide »en cas de succès de l'opération, a ajouté la firme japonaise.
Mardi déjà, Nippon Steel avait une nouvelle fois tenté de rassurer gouvernement américain et syndicat en affirmant qu'après son rachat, US Steel demeurerait « une entreprise américaine » avec une majorité de citoyens américains au conseil d'administration. Sans convaincre a priori. L'éventualité du blocage a en tout cas fait chuter le titre d'US Steel de 16,76% à la Bourse de New York vers 19h25 GMT ce mercredi, au plus bas depuis plus d'un an.