Le tribunal judiciaire de Strasbourg a confirmé la reprise des quatre sites du groupe sidérurgique par Greybull. Un projet conditionné à d'importantes aides de l'Etat.
La chambre commerciale du tribunal judiciaire de Strasbourg a rendu sa décision, très attendue, concernant l'avenir d'Ascometal, en redressement judiciaire, et ses 800 salariés. Après avoir examiné le 28 juin la dernière offre en lice pour la reprise du groupe, la justice a confirmé le rachat du groupe sidérurgique par le fonds d'investissement britannique Greybull, c'est-à-dire de ses quatre sites.
Pour rappel, malgré des commandes de prestigieux clients (PSA, Renault, Fiat, Toyota, Bosch, Total et la SNCF, etc.), la maison mère d'Ascometal, Swiss Steel, avait souhaité se désengager l'an dernier après les secousses du marché de l'acier (guerre en Ukraine, crise des semi-conducteurs etc.). Suite à l'échec de la vente d'Ascometal à l'italien Venete début 2023, l'entreprise avait alors demandé à être placé en redressement judiciaire pour la troisième fois en dix ans.
Greybull, officiellement repreneur de l'entreprise, propose une reprise de la quasi-totalité des salariés à l'exception de 23 emplois dans la holding. Une nouvelle qui satisfait les employés qui espéraient « une bonne nouvelle lundi, que Greybull devienne le nouveau propriétaire d'Ascometal », avait déclaré à l'AFP Alain Hilbold, de la CFDT.
Le parcours de Greybull jusqu'à l'obtention du groupe sidérurgique mis en vente par Swiss Steel a néanmoins été semé d'embûches, les syndicats ayant d'abord privilégié d'autres offres qui se sont finalement désistés. La dissolution de l'Assemblée nationale le 9 juin dernier n'avait pas non plus rassuré les salariés, dont certains se demandaient durant l'entre-deux tours :
«Qui se souciera de nous le 8 juillet ?»
Soutien de l'Etat
Malgré les premières réticences des syndicats qui jugeaient, au premier abord, l'offre de Greybull « creuse », la proposition du fonds d'investissement s'est précisée au fil du temps, mais restait conditionnée à une aide conséquente de l'Etat. Selon Bercy :
Newsletter
Industrie et service
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.
« Cette offre a été permise par un accompagnement financier important de l'Etat qui prendrait en cas de validation du tribunal la forme à très brève échéance d'un prêt de 45 millions d'euros pour favoriser une croissance solide et pérenne de l'entreprise dans le respect du régime des aides d'Etat».
À ce sujet, l'AFP rapportait mercredi dernier les propos de la CFDT Ascometal. Sur leur page Facebook, ces derniers soutenaient que la direction générale du Trésor aurait envoyé un courrier aux administrateurs judiciaires assurant que « l'Etat français s'engage financièrement dans la reprise par Greybull Capital à hauteur des sommes demandées, soit 45 millions d'euros pour 2024, suivis en 2025 de 40 millions d'euros » (sous forme de prêts).
D'importants investissements
Ascometal dispose d'une aciérie à Hagondange (Moselle) et de trois sites d'usinage et de parachèvement, à Custines (Meurthe-et-Moselle), Saint-Étienne (dans le quartier du Marais) et Leffrinckoucke (Nord). Greybull « prévoit 175 millions d'investissements au total, mais le gros de la somme doit être apporté par l'Etat », avait indiqué à l'AFP Yann Amadoro, délégué CGT, à l'issue de l'audience qui se tenait devant la chambre commerciale du tribunal. La lettre adressée par la direction générale du Trésor aux administrateurs judiciaire « précise également l'apport de 90 millions d'euros du repreneur », ainsi qu'un engagement de Greybull sur la « préservation de l'emploi et l'absence de tout plan de sauvegarde (PSE) pendant trois ans », soulignait la CFDT dans ce message publié sur la page Facebook du syndicat, mercredi dernier.
Les sommes conséquentes de la reprise devraient pallier une trésorerie qui ne permettrait pas de poursuivre l'activité au-delà de deux semaines, selon le repreneur. Parmi les investissements évoqués, Greybull prévoit notamment une « voie lingot » à Hagondange, destinée à produire des lingots pour la fabrication d'obus, ainsi que la réouverture d'un laminoir à Dunkerque (usine des Dunes) qui avait été fermé en 2019.
Le site de Fos-sur-Mer repris par un groupe italien
Le 31 mai dernier, l'avenir d'un des sites d'Ascométal avait déjà été tranché par le tribunal judiciaire de Strasbourg. L'aciérie de Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône ) qui emploie 330 salariés a été reprise par l'industriel italien Marcegaglia. Ce dernier avait porté un projet d'investissement « à long terme » garantissant d'y garder les 332 emplois voire de les augmenter à 400. Pour ce faire, le groupe compte investir 600 millions d'euros dans les prochaines années dans un nouveau projet majeur de transformation industrielle. « Nous sommes de vrais industriels, pas des financiers. Nous n'avons pas une approche court-termiste » avait ainsi assuré lors d'une conférence de presse à Marseille Antonio Marcegaglia, 60 ans, président et administrateur délégué du groupe industriel du même nom.
Marcegaglia fait désormais partie des leaders européens du secteur de la transformation de l'acier. L'objectif de transformation de l'aciérie de Fos-sur-mer est de faire de ce dernier un site industriel qui puisse satisfaire 30% des besoins futurs en acier du groupe. En 2023, 150.000 tonnes d'acier primaire y étaient produites, Marcegaglia projette d'ici à 2027 d'augmenter cette production à 1,2 million de tonnes.