Gigafactory de batteries, acier bas carbone, EPR à Gravelines... Dunkerque assure sa révolution industrielle

Gigafactory de batteries bas carbone, acier plus vert, fabrique d'e-carburants et investissement dans deux nouveaux réacteurs nouvelle génération dans la centrale de Gravelines : la pluie de bonnes nouvelles qui s'abat sur Dunkerque ne doit rien au hasard. L'écosystème a misé sur son héritage industriel pour créer un climat favorable à l'arrivée de nouveaux projets prometteurs.

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En 2019, un Manifeste pour une neutralité carbone d'ici 2050 a été signé par de nombreux acteurs industriels et portuaires tels que la Communauté urbaine de Dunkerque, le Grand port maritime de Dunkerque ou la CCI Littoral Hauts-de-France, autour des grands industriels émetteurs de CO2.
En 2019, un Manifeste pour une neutralité carbone d'ici 2050 a été signé par de nombreux acteurs industriels et portuaires tels que la Communauté urbaine de Dunkerque, le Grand port maritime de Dunkerque ou la CCI Littoral Hauts-de-France, autour des grands industriels émetteurs de CO2. (Crédits : Grand Port Maritime de Dunkerque)

L'industrie à Dunkerque, c'est une vieille histoire... qui a de l'avenir. Pôle industriel majeur, Dunkerque a longtemps vécu principalement de la sidérurgie, de la métallurgie et de la pétrochimie. Une industrie, dont les cheminées déformaient le paysage, sans pour autant créer de nouveaux emplois. Ces dernières semaines, plusieurs annonces se sont multipliées coup sur coup, préfigurant une véritable révolution industrielle à Dunkerque : il y a eu tout d'abord l'arrivée de la gigafactory de batteries bas carbone de Verkor (2,5 milliards d'euros d'investissement, 2.000 emplois directs, et 5.000 indirects), puis les aides d'État d'un montant de 1,7 milliard d'euros promises à ArcelorMittal pour fabriquer à Dunkerque un acier « vert » (et à Fos-sur-Mer, dans les Bouches-du-Rhône), mais aussi l'ambitieux projet d'unité de production d'hydrogène pour les transports maritime et aérien, porté par Engie et la société spécialisée dans les carburants de synthèse Infinium (500 millions d'euros d'investissement). Et enfin, confirmation de la construction, à deux pas, à Gravelines, de deux réacteurs EPR de nouvelle génération.

« On est reparti pour un demi-siècle ! Presque 40 ans qu'on se bat pour entendre ça », explique François Lavallée, président de la chambre de commerce et d'industrie de la ville, qui n'a pas oublié le traumatisme causé par la fermeture des Ateliers et chantiers de France à Dunkerque il y a une trentaine d'années, avec la disparition de 4.500 emplois.

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Les atouts historiques et stratégiques du territoire dunkerquois

Que de très bonnes nouvelles pour Patrice Vergriete, maire de Dunkerque et président de la communauté urbaine, qui avait, dès son élection en 2014 (son élection sous l'étiquette divers gauche face au maire socialiste sortant Michel Delebarre, Ndlr), misé sur une transition écologique de l'industrie et sur les énergies décarbonées.

« Le virage stratégique, que j'ai souhaité impulser porte donc ses fruits : Dunkerque, territoire d'innovation, va accueillir Verkor ce haut-lieu de l'industrie française du futur », se réjouit-il.

Il ajoute:

« La confirmation de la construction de deux réacteurs nucléaires de nouvelle génération à Gravelines vient conforter durablement le modèle industriel du futur que nous inventons aujourd'hui à Dunkerque. »

Ces annonces en cascade ne doivent rien au hasard. Le territoire dunkerquois cumule plusieurs atouts, à la fois historiques et géographiques, mais aussi stratégiques et politiques. Si la startup grenobloise Verkor a choisi Dunkerque parmi 40 sites, c'est d'abord pour des raisons techniques, comme les raccordements aux réseaux, ou encore le coût de l'énergie sur place. « Nous avons besoin de réseaux assez lourds, qui peuvent facilement prendre cinq à six années à être déployés sur certains sites », confirme Benoît Lemaignan, cofondateur de Verkor.

Écosystème favorable à une « vallée européenne de la batterie »

Autre raison, la présence d'un écosystème favorable. Le partenaire stratégique de Verkor, le constructeur automobile Renault, possède en effet des sites à Douai, Maubeuge dans le Nord, et à Ruitz dans le Pas-de-Calais. Les Hauts-de-France concentrent 40% de la production automobile française, avec plus de 500.000 véhicules produits en 2020. Et la région va accueillir deux autres gigafactories, ACC à Douvrin (Pas-de-Calais) et Envision à Douai (Nord). Ce qui va concentrer dans le Nord-Pas-de-Calais l'ensemble des projets français de gigafactories pour le secteur automobile ! La « vallée européenne de la batterie », telle que "marketée" par les élus, se dessine...

En développant l'énergie renouvelable et bas carbone (éolien offshore avec 600 mégawatts de puissance au large de Dunkerque), en défendant le nucléaire avec la centrale de Gravelines (la plus grande de France, construite en 1980), en misant sur la production d'hydrogène vert ou sur le développement d'un réseau de récupération de la chaleur fatale industrielle, l'écosystème local et régional a finalement construit « une véritable toile industrielle facilitant l'économie circulaire », selon les mots de Patrice Vergriete. « Cette transformation, que nous avons engagée, de notre plateforme industrialo-portuaire se traduit très concrètement en ce début d'année 2022 par des annonces nationales historiques pour notre territoire. »

Des millions d'euros d'aides à l'investissement

La communauté urbaine de Dunkerque a d'ailleurs lancé en fin d'année dernière un grand plan d'investissement de 250 millions d'euros supplémentaires pour les cinq années à venir, pour atteindre les 600 millions d'euros. Elle pourra ainsi « répondre immédiatement à des projets d'envergure amenés à être de plus en plus souvent multi-partenariaux ». À ce jour, la naissance d'un pôle de compétitivité de la batterie sur le littoral est d'ores et déjà actée.

Bien sûr, les aides du projet « France 2030 » ont joué un rôle non négligeable tout comme la volonté politique nationale du gouvernement de soutenir le mix énergétique. Le conseil régional des Hauts-de-France n'a, lui, cessé de multiplier les mesures incitatives, à commencer par le mouvement « Rev3 » d'accompagnement des entreprises à la transition écologique et la mise en place une task force pour simplifier les démarches administratives. Sans oublier les coups de pouce des subventions régionales : Verkor devrait en effet toucher 60 millions d'euros sur un projet estimé à 2,5 milliards d'euros.

« L'implantation de Verkor à Dunkerque est une très bonne nouvelle pour les Hauts-de-France. Parce qu'elle va créer des emplois, bien sûr, mais aussi parce qu'elle constitue une reconnaissance de notre stratégie économique et de notre engagement dans Rev3, la troisième révolution industrielle », a fait savoir Xavier Bertrand, président du conseil régional des Hauts-de-France.

Neutralité carbone et inscription du territoire dans le XXIe siècle

En 2019, un Manifeste pour une neutralité carbone d'ici 2050 avait d'ailleurs été signé par de nombreux acteurs industriels et portuaires tels que la Communauté urbaine de Dunkerque, le Grand port maritime de Dunkerque ou la CCI Littoral Hauts-de-France, autour des grands industriels émetteurs de CO2 comme ArcelorMittal, Aluminium Dunkerque, Eqiom, Eramet Comilog ou encore Ferroglobe.

L'objectif était d'appeler à ce que des budgets soient fléchés vers l'innovation dédiée à la réduction des émissions pour éviter des délocalisations et des désindustrialisations. L'objectif de neutralité carbone européen pourrait en effet peser sur la compétitivité industrielle française. L'usine d'ArcelorMittal va considérablement réduire sa consommation annuelle de charbon qui s'élève à quelque 4,5 millions de tonnes, acheminé d'Australie et de Russie, souligne Thierry Flamand, chef de l'établissement. Et Dunkerque, la ville qui émet le plus de CO2 en France, va respirer. L'opération à terme va supprimer 10% des émissions industrielles de la France, et 2% de ses émissions totales de dioxyde de carbone.

Un tissu industriel dense qui propose l'accès à des compétences de niveau cadres et opérateurs. Sachant que le conseil régional mise déjà beaucoup sur la formation. Patrice Vergriete souhaite « que tous ces acteurs locaux se mobilisent pour faciliter durant ces deux prochaines années la montée en compétence des habitants du territoire, afin que cette implantation industrielle majeure puisse bénéficier directement aux personnes éloignées de l'emploi ».

« Nous avons investi dans l'attractivité portuaire, en anticipant les besoins en eau industrielle et en électricité de nos futurs partenaires, en assumant des choix politiques forts de services publics, dans le domaine des transports notamment [référence au bus à hydrogène gratuit à Dunkerque, Ndlr] », énumère Patrice Vergriete. « Nous projetons aujourd'hui notre territoire dans les enjeux du XXIe siècle ».

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