Réindustrialisation : la France court après un objectif « infondé »

Pierrick Merlet
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La plate-forme chimique Les-Roches-Roussillon (photo d'illustration)
Romain Doucelin / SOPA Images via Reuters Connect

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La plate-forme chimique Les-Roches-Roussillon (photo d'illustration)
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Le constat est sans appel. Atteindre les 15% de PIB pour la production manufacturée en France en 2035, objectif fixé par Bruno Le Maire lors de son passage à Bercy, est une utopie. « Cet objectif est infondé, c'est-à-dire que nous n'avons pas trouvé les moyens de prouver que cela était possible. L'écart entre les annonces [du gouvernement de l'époque, NDLR] et la réalité était trop important, j'étais obligé de le signaler », a confié Olivier Lluansi devant la commission des affaires économiques du Sénat, mercredi 15 janvier. Pour celui qui est professeur au CNAM, l'Hexagone est même très loin de cet objectif.
« Il est plus réaliste de viser les 12 à 13% du PIB du pays d'ici 2035 et aujourd'hui nous sommes entre 9,5 et 10%. Nous sommes les cancres en Europe à ce propos. Nous sommes au niveau de la Grèce et nous sommes seulement devant Malte, Chypre et le Luxembourg ! Voilà le résultat de 40 ans de désindustrialisation... », s'est insurgé l'expert devant les sénateurs.
Missionné par Bruno Le Maire et Roland Lescure, en novembre 2023, pour établir une stratégie de réindustrialisation de la France à horizon 2035, avec le soutien d'une dizaine d'administrations étatiques, son rapport n'a pourtant jamais été rendu public et Olivier Lluansi a décidé d'en faire un livre (Réindustrialiser, le défi d'une génération). Une décision certainement liée au fait d'avoir contesté les ambitions industrielles du gouvernement de l'époque.
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« Pour atteindre ces 15%, il faudrait faire basculer deux millions de personnes actuellement dans les services vers l'industrie. C'est impossible (...) On devrait aussi faire entrer dans l'industrie plus de 150.000 personnes supplémentaires par an dans l'industrie, mais nous sommes incapables de livrer un tel flux de personnes dans l'industrie avec notre outil de formation actuel », a-t-il appuyé.
Pierrick Merlet