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La Caisse d’Epargne marque son territoire face aux fintech

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 22 juin 2015 à 05:00

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Malgré ses bientôt 200 ans, la banque n’entend pas "laisser toute la place" aux startups axées sur les technologies financières. En particulier dans le domaine du crowdfunding, que la Caisse d’Epargne compte bien utiliser pour dépoussiérer le Livret A.

Pas simple, pour une banque de bientôt 200 ans, de s'adapter à la révolution numérique qui secoue l'industrie financière. Surtout qu'il ne s'agit pas seulement de composer avec les changements de comportement de clients toujours plus "connectés", mais également de faire face à ces nouveaux concurrents que sont les startups spécialisées dans les technologies financières, plus connues sous le nom de "fintech." La Caisse d'Epargne (groupe BPCE) aura justement 200 ans en 2018. Un âge canonique qui, loin de la desservir, pourrait au contraire l'avantager par rapport aux toutes jeunes fintech : "Nous avons des produits historiques, installés, dont certains sont même devenus des marques, ce qui nous rend peut-être plus forts que les startups", a estimé Cédric Mignon, directeur du développement de la Caisse d'Epargne, mardi 16 juin, lors d'une conférence de presse.

L'archétype de ces produits ancrés depuis des décennies dans le paysage bancaire français, c'est bien sûr le Livret A. Créé en 1818 par la Caisse d'Epargne, il figure parmi les placements préférés des Français. Une situation sur laquelle la Caisse d'Epargne entend bien capitaliser, dans le cadre de sa mutation numérique. "Pour nous, la révolution digitale ne consiste pas seulement à trouver des innovations porteuses de ruptures totales, mais également à redonner une jeunesse à certains de nos produits traditionnels", explique Cédric Mignon.

80.000 Livrets A ouverts chaque année, à l'occasion de naissances

La Caisse d'Epargne s'apprête ainsi à dépoussiérer le Livret A, avec le lancement, au mois de novembre prochain, de "Livrets A Connecter", un service de tirelire électronique destiné aux jeunes parents désireux d'ouvrir un Livret A pour le compte de leur enfant, à la naissance du bébé. Une vieille tradition qui, il y a 20 ans, voyait la moitié des 700.000 naissances annuelles en France déboucher sur l'ouverture d'un Livret A. La Caisse d'Epargne, qui n'en ouvre désormais plus que 80.000 par an pour ce type d'occasion, a décidé de redonner un coup de jeune à cette tradition. Ciblant en particulier les "social mums", ces jeunes mamans adeptes des réseaux sociaux, au nombre de neuf millions en France, la banque vient d'éditer le mini-site "Livrets A Collecter", qui permet de créer un compte de monnaie électronique - la version moderne de la tirelire - associé au Livret A de l'enfant.

Via les réseaux sociaux, et notamment Facebook, avec lequel BPCE a noué un partenariat stratégique le mois dernier, les "social mums" peuvent inviter leurs proches à participer à la cagnotte de leur rejeton, que ce soit pour sa naissance ou ses futurs cadeaux d'anniversaire ou de Noël. Ce service est gratuit pour les donateurs. Les parents, eux, paieront une commission de 1,5% sur la somme collectée, "deux fois moins chère que la moyenne de 2,90% à 4% constatée chez nos concurrents", affirme Cédric Mignon, qui vise la création de 10.000 "Livrets A Connecter" en 2016.

250.000 associations clientes, soit un quart du marché français

Les concurrents en question, ce sont les cagnottes électroniques et autres plateformes de crowdfunding spécialisées dans le don. Un segment du financement participatif dont la Caisse d'Epargne veut devenir l'un des "opérateurs", a annoncé Cédric Mignon. Dans cette perspective, la banque lancera en septembre un autre service, ciblant cette fois-ci le secteur des associations, où elle compte 250.000 clients, soit un quart du marché français. Un marché lui aussi confronté à la révolution numérique, les dons en ligne étant par exemple appelés à peser 5 milliards d'euros en France d'ici à 2020, selon le magazine Forbes, contre 240 millions seulement à l'heure actuelle. Or nombre d'associations petites et moyennes ne disposent pas des ressources financières nécessaires à leur transformation digitale.

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La Caisse d'Epargne est donc en phase de test d'une plateforme de crowdfunding baptisée "Espace Dons", qui mettra en relation les associations clientes de la banque avec tous les donateurs intéressés. Reste que les associations n'ont pas attendu la Caisse d'Epargne pour recourir au financement participatif. "C'est vrai mais nous avons l'avantage de leur offrir une plateforme dédiée, alors qu'elles se sentent souvent perdues dans la masse sur les plateformes de crowdfunding généralistes", nuance Nathalie Tarall, responsable du marché des associations à la Caisse d'Epargne.

La banque n'investira pas le champ du crowdfunding de prêt

La banque, qui espère convaincre une centaine d'associations d'ici à la fin de l'année, disposera d'un atout supplémentaire : elle prélèvera des frais de collecte de 1,80% à 3% TTC, contre "une moyenne de 7% à 10% pour les autres acteurs du crowdfunding." "Comme nous ne vivons pas que de cela, nous sommes en mesure d'être deux fois moins chers que les fintech", précise Cédric Mignon. Qui, tout en saluant "la créativité et l'agilité" des fintech, se refuse à leur "laisser toute la place dans le crowdfunding de dons."

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En revanche, l'établissement bancaire se limitera à des partenariats - commerciaux et/ou capitalistiques - dans le "crowdequity" (investissement dans le capital de startups), et ne mettra pas un pied dans le "crowdlending" (prêts aux particuliers et aux entreprises). "Faire du crédit est notre métier de tous les jours. Aussi nos clients ne comprendraient-ils pas que nous nous lancions dans le crowdfunding de prêt. Nous ne voulons pas créer de conflits d'intérêts ni de confusion des genres", explique Cédric Mignon.

Christine Lejoux

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