LVMH contre Hermès : deux ans et demi de combats entre cracks du luxe

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LVMH a annoncé ce mercredi le dépôt d'une nouvelle plainte contre Hermès. Le groupe de luxe risque une amende de 10 millions d'euros s'il est confirmé qu'il est entré dans le capital du groupe familiale en 2010 sans en informer suffisamment le marché. Depuis, la guerre est ouverte entre les deux maisons de luxe. Pour s'y retrouver, voici un résumé des épisodes précédents.

Opérations boursières complexes, coups de sabots juridiques et médiatiques... le match LVMH contre Hermès n'en finit pas de rebondir. Soupçonné d'être monté de façon irrégulière au capital du créateur des sacs Kelly et des carrés de soie, le groupe dirigé par Bernard Arnault risque une amende de 10 millions d'euros. Avant la décision finale de la commission des sanctions des Autorités des marchés financiers (AMF), prévues dans quelques semaines, le numéro un mondial du luxe ne désarme pas. Il a ainsi annoncé ce mercredi avoir déposé une plainte contre la maison de luxe du Faubourg Saint-Honoré. L'occasion de revenir ses les multiples rebondissements d'une compétition qui dure depuis plusieurs années.

  • Le tour de piste

2001 - 2002 : LVMH commence à acquérir des parts d'Hermès (4,9% du capital) par l'intermédiaire de deux filiales : la luxembourgeoise Hannibal et l'américaine Altaïr (enregistrée dans le Delaware), selon l'enquête de l'Autorité des marchés financiers dont des éléments ont été dévoilés par le Monde en mai 2013.

2008 : Comme l'a révélé La Tribune, La Société Générale, Natixis et Crédit Agricole achètent des actions pour LVMH une société holding, Sofidiv jusqu'en dessous de 5%, seuil dont le franchissement doit être déclaré. Les opérations prévoient d'utiliser des "equity swap", originellement à dénouement monétaire.

  • Le début des hostilités

Octobre 2010 : L'affrontement proprement dit démarre en octobre 2010 quand, à la surprise générale, LVMH annonce être monté au capital d'Hermès. Le dénouement des opérations engagées précédemment est réalisé en actions et non pas en cash. Bernard Arnault, le PDG de LVMH avertit les actionnaires d'Hermès par téléphone, le samedi 23 octobre, que son groupe détient 17,1% du capital de l'entreprise familiale. Plus tard, cette participation sera portée jusqu'à 22,6% en décembre 2012. Un mois plus tard, le gendarme de la Bourse ouvre une enquête sur les conditions d'entrée de LVMH au capital d'Hermès.

Octobre 2011 : En guise de bouclier contre une prise de contrôle du capital par LVMH, les actionnaires majoritaires d'Hermès, principalement la famille de son fondateur, créé un holding, H51, qui rassemble 50.,2% du capital de l'entreprise.

29 février 2012 : La loi Marini inclut les produits dérivés dans le calcul des franchissements de seuil de prises de participation- il est obligatoire de les déclarer à partir de 5% - , suivant les recommandations de Bernard Field, un membre du Collège de l'AMF. Il s'agit alors de traquer les prises de contrôle dites "rampantes".

  • L'affrontement juridique

10 juillet 2012 : Un autre volet, juridique cette fois, s'ouvre. Hermès dépose une plainte contre LVMH pour "délit d'initié, complicité et manipulation de cours " auprès du parquet de Paris, décision qui n'est portée à l'attention du public que quelques mois plus tard. De son côté, LVMH dit avoir fait de même, cette fois pour "chantage, dénonciation calomnieuse et concurrence illicite". Une information judiciaire est ouverte quelques mois plus tard à la section financière du Tribunal de grande instance de Paris.

2 octobre 2012 : Le patron de l'AMF ne semble pas croire qu'il y a eu délit. "La question posée est de savoir s'il y a eu délit d'initié et manipulation de cours", affirme ainsi Gérard Rameix au micro de BFM radio. A la question : "la réponse est-elle non?", le patron de l'AMF, rétorque: "Oui, on peut dire ça".  Une note émanant du collège de l'AMF datant du même jour est transmise au parquet de Paris qui conclut qu'il n'y a eu ni délit d'initié ni manipulation de cours. Cet avis n'est "découvert" que le 30 mai 2013 par la défense de LVMH, selon son avocat Me George Terrier.

12 février 2013: Hermès publie un chiffre d'affaires de 3,48 milliards d'euros, en hausse de 22,6% par rapport à l'année précédentes. Ses ventes on doublé depuis 2008.

  • La nouvelle stratégie de LVMH

18 avril 2013 : Bernard Arnault affirme que l'entrée dans le capital d'Hermès n'était pas prévue. "Vous savez, nous n'avions pas prévu d'être actionnaires de Hermès (...) Nous avons fait un placement financier et il s'est dénoué d'une façon que nous n'avions pas prévue. (...) Nous n'avons pas du tout l'intention d'augmenter notre participation (...), nous sommes très amicaux dans nos intentions (...), nous souhaitons être un soutien", affirme-t-il lors d'une assemblée générale de son groupe.

15 mai 2013 : Or, cette prise de contrôle aurait bien été préparée par LVMH et ce, au moins depuis 2006. C'est ce que révèle le rapport d'enquête de l'AMF en partie dévoilé par Le Monde. Des scénarios "de prise de contrôle" et un projet baptisé "Mercure" (pour Hermès) est ainsi dévoilé. LVMH dément en annonçant son intention de contester ce rapport.

  • Sanction requise: 10 millions d'euros

 31 mai 2013 : La commission des sanctions de l'AMF se réunit pour étudier le dossier. La défense de LVMH s'en est prise à l'enquête de l'AMF, estimant qu'elle n'a pas eu le temps d'organiser sa défense puisqu'elle n'aurait été mise au courant de l'avis du collège l'AMF transmis au parquet et concluant à l'absence de délit d'initié que la veille, le 30 mai. Le collège de l'AMF requiert cependant une amende de 10 millions d'euros - la plus élevée possible. La réponse est attendue pour le début de l'été.

3 juin : Hermès change de direction. Axel Dumas, nommé aux côtés de Patrick Thomas. Ils héritent de cet épineux dossier.

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Commentaires
a écrit le 20/06/2013 à 12:26 :
Une bataille des chiffonniers ! Elle est pas belle la grande famille du luxe ?
a écrit le 19/06/2013 à 17:36 :
Hermès prouve que les qualités de direction d'un élément extérieur à cette rigide famille protestante n'étaient pas suffisantes pour éviter les trahisons intérieures. La marque se plaint aujours'hui pour rien. La capacité a accepter la réalité est un autre point fort d'un management : visiblement pas dans les cartons du sellier. S'il s'agissait d'un cavalier il serait déjà à terre. Hermès travaillera donc pour LVMH qui décidera du moment, certainement autour d'un chiffre d'affaire dépassant les 20 milliards de dollars, auquel il souhaitera se débarrasser de ce véhicule commode. Pendant ce temps l'ancien PPR progresse et pourrait bien être le nouveau maître idoine d' Hermès quand ce sera possible.
a écrit le 19/06/2013 à 17:04 :
j espere que la justice tapera tres fort sur LVMH et que ce sera pas comme l affaire Hyparlo avec un couart detaché au ministere pour planquer l escroquerie de 300 millions d euros dont on etés victime les salaries de Hyp

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