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Bruno Le Maire et l'OPA sur Carrefour, un virus mutant pour l'économie

Photo de Philippe Mabille

Philippe Mabille

Publié le 15 janvier 2021 à 18:17 - Mis à jour le 16 janvier 2021 à 12:19

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La prevision de croissance 2021 est un "defi", dependra de la vaccination, selon le maire

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En France, on aime les OPA quand elles sont initiées par nos entreprises sur des groupes étrangers, mais on déteste quand des appétits extérieurs viennent révéler le hiatus croissant entre le discours tenu sur la compétitivité et la réalité du déclin du pays. Alstom peut racheter le canadien Bombardier mais le québecois Couche-Tard se voit interdire d'investir 3 milliards d'euros pour réveiller Carrefour. Comprenne qui pourra mais l'affaire est mauvaise pour les actionnaires du distributeur français, pour l'image de la place de Paris et l'attractivité de la France vantée par Macron.

Il y a eu Thierry Breton et la « grammaire des affaires » que le ministre de l'Economie et des Finances de Jacques Chirac voulait inculquer au mitant des années 2000 au groupe sidérurgique anglo-indien Mittal pour contrer son OPA hostile sur Arcelor. Une posture nationaliste bien compréhensible - quel responsable politique assisterait impuissant au dépeçage des fleurons de son industrie ? - qui n'a pour autant en rien empêché le succès de l'opération au profit de la famille Mittal.

Et puis il y a depuis cette semaine Bruno Le Maire qui vient confirmer que patron de Bercy n'est pas une sinécure quand il faut réagir à une offre de rachat d'un groupe étranger sur un fleuron français, ici le géant des hypermarchés Carrefour. En opposant un « non courtois, mais ferme et définitif » à l'offre présentée comme amicale du québécois Couche-Tard, Bruno Le Maire a stupéfié le monde des affaires qui n'imaginait pas une réaction aussi violente pour une opération entre deux groupes privés. Déjà, le patronat n'a pas bien compris pourquoi le ministre était intervenu, sans succès d'ailleurs, contre le rachat de Suez par Veolia, qu'il avait pourtant lui-même suscité en choisissant de vendre la participation d'Engie. Mais avec le veto sur Carrefour, on entre dans une autre dimension, celle d'un nationalisme économique très inattendu qui traduit une mutation complète de la ligne politique du gouvernement Macron, jusqu'ici plus équilibrée et soucieuse d'attirer les investissements internationaux.

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Pour justifier son veto, le ministre de l'Economie a invoqué rien moins que la sécurité alimentaire de la France, brandissant en pleine crise sanitaire le spectre des rayons vides dans les supermarchés qui a hanté le premier confinement l'an dernier. Bruno Le Maire a ainsi indiqué qu'il n'hésitera pas à utiliser le fameux décret sur la protection des actifs stratégiques réformé l'an dernier et qui en effet peut désormais inclure la question de la sécurité alimentaire, comme celle de la sécurité sanitaire, dont on a pu mesurer l'importance avec la pandémie. Samedi matin, au terme d'un échange entre le ministre et le fondateur de Couche-Tard, Alain Bouchard, le groupe canadien a indiqué qu'il envisageait de lâcher l'affaire. Un deux poids-deux mesures alors que le Canada a laissé Alstom reprendre Bombardier, et qui laissera des traces sur l'image de la place de Paris tout en faisant perdre de la valeur aux actionnaires de Carrefour dont le cours a baissé déjà vendredi.

Philippe Mabille

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