Condé Nast, propriétaire de Vogue, GQ, Vanity Fair ou encore Glamour ouvre son placard en ligne aux marques de luxe en transformant son site Style.com en plateforme de-commerce. De quoi se poser en sérieux concurrent de Net-a-Porter et Yoox?
"Nous connaissons nos clients mieux que quiconque"
En réalité, le duel concerne plutôt leurs groupes. Il semble même assumé chez Condé Nast. A propos de ses annonceurs dont fait partie Net-a-Porter - bientôt propriété partagée de Yoox, son équivalent italien et du suisse Richemont, Jonathan Newhouse a ainsi déclaré au magazine Business of Fashion :
"Si ces entreprises payent beaucoup d'argent pour atteindre les gens qui lisent nos magazines et utilisent nos sites, pourquoi n'offririons nous pas le même type de service, nous qui connaissons nos clients mieux que quiconque, qui avons plus d'informations sur eux et les comprenons mieux et avons déjà une relation avec eux ? Ne pourrions-nous pas faire mieux ?"
Les deux supports ne partent pas tout à fait avec les mêmes cartes en main. Comme Net-a-Porter et Yoox, Style est apparu en 2000. Mais, jusque-là, il se contentait de présenter un contenu éditorial en ligne. La marque Vogue elle-même n'est présente en son nom en ligne que depuis 2010. Cela dit, le groupe de médias a déjà investi dans l'e-commerce, notamment en menant un tour de table de 20 millions de dollars pour le site français Vestiaire Collective en 2013.
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Deux métiers
Julien Pillot, spécialiste des médias chez Xerfi, et auteur d'une étude publiée en mars portant justement sur les nouveaux modèles économiques de la presse féminine, analyse :
"Ces médias sont tout à fait capables d'identifier quels seront par exemple les 10 produits de l'été, de là à les distribuer, c'est un tout autre métier.L'e-commerce, ce n'est pas le cœur de leur modèle au départ. Entre le complément de revenu généré par le modèle de l'apporteur d'affaires et la vraie plateforme d'e-commerce, il y a un énorme fossé.Tous les médias vont devoir chercher de nouveaux modèles. Le portefeuille de Condé Nast lui permet de tester des modèles, et éventuellement de se tromper."
Ce choix de la part du groupe américain s'inscrit dans la tendance à la convergence entre certains médias et le commerce. Confrontés à une baisse structurelle des revenus publicitaires traditionnels, de grands titres cherchent en effet à s'appuyer sur leur marque pour dégager des recettes, éventuellement en ouvrant leurs pages aux e-commerçants. Or, en tant que prescripteurs, les titres de presse féminine semblent particulièrement susceptibles d'atteindre la cible des fabricants. La direction de Condé Nast chiffre même à 300 millions le nombre de lecteurs qu'il est capable d'atteindre dans le monde.
Pour l'heure, peu d'informations ont filtré sur la forme précise que prendra la vitrine luxe du groupe de presse. "Il y aura deux points d'accès: l'un depuis le site Style.com, l'autre depuis chaque site et application mobile des titres de Condé Nast", précise-t-on a sein du groupe. Le contenu éditorial présentera à la fois une production spécifique, provenant de l'équipe dédiée - 80 personnes ont été embauchées à ce jour - mais aussi du contenu provenant des autres magazines du groupe. Lequel réfléchit même à proposer un système de "flash and buy" qui permet, avec son smartphone, d'accéder à une page d'achat en ligne en photographiant son magazine en papier.
Quelques chiffres ont été diffusés. "Entre 100 et 200 marques" seraient représentées dans la version britannique du futur Style.com, la première qui doit être inaugurée dès l'automne. Mais dans une interview accordée au Journal du Net, Franck Zayan en espère entre 600 et 700.
Sur place, le terrain est déjà en partie occupé. Les Etats-Unis fournissent la majeure partie du trafic de Net-a-Porter.com. Selon la plateforme Alexa, 28,9% des visiteurs du site britannique proviennent de ce pays. Pour Yoox.com, les visiteurs américains arrivent en deuxième position derrière son pays d'origine, l'Italie. Le reste provient du Royaume-Uni, du Japon, de Chine et d'Australie.