EXCLUSIF. Plusieurs documents et enquêtes internes que révèle La Tribune, notamment une visant la branche Ehpad, dévoilent les dysfonctionnements du plan stratégique « soin à cœur » du leader européen des maisons de retraite Korian. Alors que le groupe engage sa transformation en entreprise à mission, ces dysfonctionnements questionnent le mode de financement de ces établissements, l'obsession du taux d'occupation des lits, la gestion des personnels soignants, en proie à des « souffrances » graves, et mettent en danger les personnes âgées résidentes. De quoi interroger la doctrine du «...Le 19 février 2021, un courrier portant des informations sociales explosives est envoyé à la directrice générale du groupe Korian, Sophie Boissard (en photo ci-dessous). Rédigé par le syndicat majoritaire Unsa, qui se décrit comme « constructif » et « responsable », ces quatre pages alertent sur les dysfonctionnements graves au sein de la direction de l'activité Ehpad du leader européen du secteur. Un mastodonte de 57.000 salariés aux 4,3 milliards de chiffre d'affaires en 2021, présent dans 6 pays européens.
Deux personnes sont au cœur des critiques : le directeur des opérations, numéro 1 de la branche seniors et le directeur régional Ouest. « Méprise », « rabaissement », invectives - « bas du front », « truffes », utilisation de la « force, de l'arbitraire, et de la coercition », ce « management par la peur », source d'un « climat délétère » est subi par les directeurs d'établissement. Ces derniers seraient jugés responsables par ces top managers des mauvais résultats du groupe alors pénalisé par le Covid-19, note les syndicalistes. Ce courrier s'émeut surtout que « tout le monde cherche à ignorer cette situation ».
« Un mal profond et sournois »
Selon les signataires, « ce mal profond et sournois » menacerait la réussite du plan stratégique « soin à cœur » dont les directeurs d'établissement sont l'une des pierres angulaires. Lancé en 2019, il intègre six piliers - dont l'objectif « d'excellence opérationnelle » - et vise à renforcer le bien-être au travail tout en stimulant le chiffre d'affaires. L'enquête sociale menée auprès de 70 cadres par un cabinet d'avocats entraînera des décisions de la direction générale du groupe fin 2021.
Le directeur régional sera sanctionné et quittera ensuite l'entreprise tandis que le directeur des opérations sera lui aussi « sanctionné » mais maintenu à son poste hiérarchique clé. « Le rapport produit par le cabinet indépendant n'a pas conclu à une faute du directeur des opérations qui conserve toute la confiance de la direction générale », explique Korian à La Tribune.