LA TRIBUNE - Après dix-huit mois de crise sanitaire, des consolidations de certains tour-opérateurs et agences de voyages sont-elles à prévoir ?
SÉBASTIEN MANCEAU - Je pense que le phénomène de consolidation, qui était déjà à l'œuvre avant la crise, devrait se poursuivre pour les années à venir. Certains groupes sont particulièrement désireux de consolider le secteur. Par exemple, le groupe Marietton, leader du secteur, est un acteur bien placé pour consolider. En outre, il me semble que la distinction entre tour-opérateurs et agences de voyages n'a plus beaucoup de sens. Il n'y a plus deux métiers différents, mais bien un seul : le métier du voyage. On observe ainsi une convergence de ces deux mondes, avec la création de plus en plus de structures hybrides, proposant des services à la fois de producteur et de distributeur de voyages.
Selon vous, quels acteurs sortiront « gagnants » de cette crise sanitaire ?
Avant la crise, le critère d'internationalisation était central : plus vous étiez internationalisé, plus vous étiez gagnant. Or les acteurs ayant un prisme domestique très marqué sont ceux qui s'en sont le mieux sortis lors de cette crise: le volet domestique sera donc un des facteurs de succès pour le futur. En termes de format d'hébergement, les campings sont les grands gagnants. Leur offre de mobile-homes a séduit une nouvelle clientèle, peu adepte des campings auparavant. Enfin, si l'on s'intéresse aux secteurs gagnants, le tourisme expérientiel ressort renforcé de cette crise. Le tourisme est souvent associé à l'hébergement ou au transport, mais ce qui fait la richesse d'un séjour, ce sont aussi les activités pratiquées. Aujourd'hui, le secteur des activités est très fragmenté, avec un marché occupé par plus de 150.000 ETI. Ce secteur est très peu digitalisé : 5% seulement des réservations pour les activités se font en ligne, contre 70% pour les transports et 50% pour l'hébergement. Le vrai enjeu consiste à numériser ce secteur.