"Nous n'avons plus le choix, il faut organiser la démobilité" (Christophe Najdovski, Paris)

INTERVIEW. L'adjoint à la maire de Paris chargé des transports, de la voirie, des déplacements et de l'espace public estime que la crise du coronavirus ne restera pas sans séquelle dans notre rapport à la mobilité. Selon lui, le télétravail pourrait s'imposer comme une réponse nécessaire dans un contexte de défiance vis-à-vis des transports collectifs et de contraintes sanitaires strictes. Dès lors, la société pourrait alors se transformer autour d'une nouvelle organisation sociale et urbanistique.
Nabil Bourassi

4 mn

L'adjoint à la maire de Paris chargé des transports, de la voirie, des déplacements et de l'espace public Christophe Najdovski.
L'adjoint à la maire de Paris chargé des transports, de la voirie, des déplacements et de l'espace public Christophe Najdovski. (Crédits : DR)

LA TRIBUNE - Le déconfinement a commencé lundi dernier à Paris... Qu'est ce qui a changé dans le retour des Parisiens et des Franciliens dans ce qui étaient leurs habitudes de mobilité ?

CHRISTOPHE NAJDOVSKI -  La crise du Covid oblige à repenser la mobilité et il est fortement probable que la société ne puisse plus se mouvoir comme avant. Ce qui est réellement nouveau, c'est le développement massif du télétravail. C'est une opportunité intéressante parce que dans le même temps, nous constatons une défiance et une désaffection vis-à-vis les transports en commun qui risquent de durer.

De plus, les mesures de distanciation sociales réduisent à 20% la capacité d'emport des transports en commun. Dès lors, la suite logique est un report modal massif vers des transports individuels. Sauf qu'on risque de se retrouver avec près de 8 millions de personnes qui doivent trouver quotidiennement une alternative aux transports en commun. Dès lors, le télétravail est une réponse adéquate et il incombe aux entreprises d'organiser une forme de démobilité de leurs salariés à travers le télétravail.

Votre crainte n'est-elle pas aussi un retour de la voiture individuelle ?

On ne peut pas revenir vers le tout voiture, sinon c'est la thrombose. Qui voudrait passer des heures dans 500 km de bouchons ? On ne pourra pas revenir en arrière. Il faut organiser les alternatives à la voiture individuelle.

Les Franciliens ne sont pas tous éligibles à des mobilités douces de type vélo... Comment faire avec une offre de transports en commun fortement réduite ?

Nous avons ouvert une trentaine de parking-relais aux portes de Paris qui permettent d'accueillir les Franciliens. Pendant la période exceptionnelle qu'a été le confinement et qui va se poursuivre tant que durera cette nécessité de mesures sanitaires dans les transports en commun, ces parkings seront gratuits pour les détenteurs d'un Pass Navigo. Encore une fois, organiser la démobilité via le télétravail est la meilleure façon d'éviter les mouvements pendulaires de masse de salariés. Le télétravail ne doit plus être l'exception mais la règle pour les entreprises qui le peuvent.

Vous avez imposé des pistes cyclables dites provisoires sur certains grands axes, notamment en fermant à la circulation automobile la rue de Rivoli. Est ce que la tentation n'est pas de passer du provisoire à une fermeture pérenne ?

La rue de Rivoli se situe dans l'hyper centre parisien, ce n'est pas un axe obligatoire pour traverser Paris. Il faut bien comprendre que ce que nous vivons est inédit à tout point de vue. Il est impossible de prévoir ce qui va se passer. A ce stade, nous expérimentons et testons de nouvelles pistes cyclables. Si on s'aperçoit que cela marche, alors pourquoi pas les pérenniser, oui. Mais pour l'heure, nous avons recours à ce qu'on appelle l'urbanisme tactique qui est rapide à installer mais qui est également réversible. De la même manière, nous prenons des mesures de piétonisation de certaines rues très commerçantes et de rues avec des écoles afin de gérer au mieux les files d'attentes et d'aider à un meilleur respect des règles de distanciation sociales.

Les opérateurs de mobilité alternative ont durement été éprouvées par le confinement, certains ont rencontré des problèmes de trésorerie, d'autres ont procédé à des licenciements ou tout simplement à des réductions de flottes d'engins en libre service. C'est un problème pour l'offre de mobilités...

Les choses vont reprendre progressivement. Il y a de la place pour la micro-mobilité, mais également pour la mobilité partagée de type covoiturage.

Selon vous, qu'est ce qui a durablement changé avec la crise du coronavirus ?

La question de la place de la mobilité dans le quotidien des gens s'est clairement posée, et la question sous-jacente est la proximité avec le lieu de travail. Le télétravail est une réponse qui a rencontré une grande audience et qui pourrait effectivement s'installer dans la durée. Il y a une conséquence très intéressante à cela. Nous pourrions être amenés à nous intéresser davantage à la géographie en regardant davantage ce qui se passe dans les villes moyennes. Si je peux travailler trois jours par semaine de chez moi, pourquoi ne pas aller à 100km de Paris pour accéder à une qualité de logement supérieure comme avoir une maison par exemple...

Avoir une maison induit souvent d'avoir une voiture...

Peut-être, mais certains ne l'utiliseront plus pour aller au travail quotidiennement. Son usage sera beaucoup plus limité. Ce que je retiens de cette crise, c'est que le télétravail s'est généralisé par la force des choses, et qu'il va profondément modifier les usages et les comportements. C'est une opportunité qu'il faudra savoir utiliser.

Lire aussi : « Cette crise choque notre rapport consumériste à la mobilité », Mathieu Flonneau

Nabil Bourassi

4 mn

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Commentaires 25
à écrit le 19/05/2020 à 15:28
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Non, il faut réadapter Paris aux mobilités individuelles dont la voiture. Axes rouges, rétrécissement voire suppression des couloirs de bus en supprimant les bus (laisser des pistes cyclables), élargissement du périphérique, augmentation des capacité...

à écrit le 18/05/2020 à 23:29
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"Nous n'avons plus choix, il faut organiser sa démobilisation"

à écrit le 18/05/2020 à 14:12
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On va mettre au garage nos très modèles de ter de chez bombardier et sortir les très vieux trains de banlieue avec 10 wagons ou plus.

à écrit le 18/05/2020 à 10:25
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Le bobo rouge pastèque donneur de leçon alors qu'avec sa clique il a organisé le chaos ! C'est lui et consorts qui par leurs décisions non concertées ont provoqué l'embolie et la thrombose dans l'ile de France en bloquant égoïstement la circulation ...

le 18/05/2020 à 15:07
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Et les pistes cyclables réalisées à la hâte en supprimant les voies bus pour ne les donner qu'aux deux roues; Les usagers des TC sur ces axes en sont à finir leur trajet à pied pour rejoindre leur domicile. Ils ont la double peine: d'une part, ils ét...

à écrit le 17/05/2020 à 18:12
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Si on avait tenu le même raisonnement à l'époque de Lutèce ou du Moyen-Age... Comme disait Pierre DAC, l'Homme a son avenir devant lui, mais il l'aura dans le dos chaque fois qu'il fera demi-tour. Et ce n'est pas en retournant à l'âge des cavernes qu...

à écrit le 17/05/2020 à 13:10
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Le télétravail ok mais il a ses limite, dérangement par environnement externe comme enfants ou animaux par ex...réseau internet pas au point...informatique non protégé contre attaques externes comme l’entreprise...vie social professionnel inexistante...

à écrit le 17/05/2020 à 6:54
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L’épidémie révèle 2 types de jobs: ceux pour lesquels le présentiel est obligatoire et ceux pour lesquels il est accessoire. Le télétravail semble améliorer la situation dans les 2 cas: pour les premiers les routes et réseaux de transport sont moins ...

le 18/05/2020 à 15:16
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J'ai fait du télétravail , il y a plus de 20 ans. Comment se fait il que l'on découvre cette manière de travailler aujourd'hui seulement? le développement de ce mode va créer pas mal de problèmes. Ok, plus besoin de bureaux pour les ronds de cuir, ca...

à écrit le 16/05/2020 à 21:59
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Il y a peut être une solution, qui serait de dégonfler la baudruche parisienne. On ne peut plus employer la phrase : il faut construire les villes à la campagne, l'air y est plus pur, car ce n'est pas certain avec les épandages de lisiers, de pesti...

à écrit le 16/05/2020 à 18:12
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Le déconfinement démontre que pour la sabté publique , les voies sur berge de la SEINE sont bien moins dangereuses AVEC DES VOITURES QU AVEC DES PIETONS .

à écrit le 16/05/2020 à 16:03
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L'essentiel est de rendre inutile le déplacement, autre qu'a pied ou a bicyclette pour le plus grand nombre donc, fini les grandes surfaces aux abord des villes, la centralisation des bureaux et ateliers mais augmentation des point relais etc..!

le 18/05/2020 à 15:23
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Où vivez vous? A pied et à vélo seulement, ce n'est que pour les bobos écolos des grandes villes et qui n'ont jamais mis les pieds ailleurs qu'à l'île Maurice !!! Où voulez vous habiter? Que connaissez vous de nos belles provinces et campagnes? comme...

à écrit le 16/05/2020 à 13:09
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quand on constate les carence des transports en région parisienne et que la maire de paris ferme les voie sur berge et malgré une condamnation ne les remets pas a la circulation ce qui aurais du lui valoir une annulation de son mandat de maire q...

à écrit le 16/05/2020 à 12:37
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Le problème, ce sont les villes. Il faut les aérer et sauf à les détruire : c'est impossible. La guerre peut être...

à écrit le 16/05/2020 à 12:08
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Télétravail pour les infirmières, éboueurs, livreurs de toute nature, ... Impossible. Encore de doux rêveurs

le 18/05/2020 à 14:16
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On va faire de la télémaintenance : allo c'est le gardien, déclenchez le disjoncteur 234 et dites moi s'il se passe quelque chose? Désolé je sais que vous êtes tout seul on est tous en télétravail.

le 18/05/2020 à 15:25
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Je serai et suis plus méchant que vous. Pas des rêveurs, des inutiles.

à écrit le 16/05/2020 à 11:48
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"il est fortement probable que la société ne puisse plus se mouvoir comme avant." Avec toutes ces bagnoles sur la route, j'ai vu la circulation s'intensifier massivement ces 20 dernières années, se mouvoir commencer à prendre une tournure diffici...

le 16/05/2020 à 18:14
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Dans le 94 on est banlieusard , jamais parisien .

le 17/05/2020 à 20:07
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En effet c'est pas Paris mais pour nous dans le sud ouest on est parisien quand on vit en ile de France, parfois même on y incorpore la Savoie et la haute Savoie parce que c'est à peu près pareil les chiffres. :-)

le 18/05/2020 à 15:41
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Vous critiquez la RP: c'est la province qui concentre le plus d'activité. C'est peut être, hélas, mais que préconisez vous pour transformer notre pays. C'est à Paris et en RP, qu'il y a le moins d'automobiles par habitant. et puis on pollue en raison...

à écrit le 16/05/2020 à 10:48
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Je veux bien reconnaitre le génie français, mais si on regardait au delà des frontières comment des mégapoles ont résolu le problème avec succès

à écrit le 16/05/2020 à 10:02
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l'alternative, c'est l'amenagement du territoire paris et le desert francais, ca date des annees 70! mais ca les memes elus seront contre, car ils perdront plein d'impots locaux soit via les entreprises, soit via les impots sur des emplois bien pay...

le 17/05/2020 à 8:50
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Si par aménagement du territoire vous voulais dire disperser les parisiens hors de l’île de France, merci mais non merci. On le voit à Bordeaux depuis quelques années.... arrivées de parisiens = énorme inflation de l’immobiler ! Notamment

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