Mais où en est la nouvelle compagnie My Ferry Link (ex-SeaFrance) ?

 |   |  1070  mots
Copyright Reuters
Copyright Reuters (Crédits : Reuters)
La compagnie maritime My Ferry Link vise la rentabilité fin 2014. La coopérative ouvrière, partie avec "zéro euro" de trésorerie bénéficie du soutien d'Eurotunnel.

My Ferry Link monte peu à peu en puissance. L'ex-compagnie maritime SeaFrance, qui a commencé ses rotations le 20 août 2012 entre Calais et Douvres, a transporté 12.000 camions en janvier. Autant que pendant les 4 mois de l'année 2012. "Nous avons des perspectives à 15.000 camions par mois", assure Jean-Michel Giguet, le président du directoire de la SAS My Ferry Link, ancien dirigeant de Brittany Ferries. Avec deux car ferries et un fréteur - un navire ne transportant que du fret -, la flotte de la nouvelle compagnie est désormais au complet, ce qui lui permet d'aligner 12 allers-retours quotidiens entre Calais et Douvres. Ces chiffres sont toutefois très loin du leader du Calais-Douvres P&O qui a transporté 90.000 camions en janvier avec six navires (5 car ferries et un fréteur) et 33 rotations quotidiennes. My Ferry Link doit aussi compter avec la concurrence de l'opérateur franco-danois LD/DFDS, qui exploite aussi (depuis février 2012) une ligne Calais-Douvres sous pavillon français avec près de 300 ex-SeaFrance.

"Nous visons l'équilibre fin 2014. Nous sommes maintenant inscrits dans les réseaux mais nous avons encore une notoriété à acquérir", analyse Jean-Michel Giguet. Il s'agit de séduire en priorité la clientèle fret (B to B), le fret représentant plus des deux tiers du chiffre d'affaires des compagnies de ferries sur Calais/Douvres. En attendant, le compteur des frais de fonctionnement tourne. L'entreprise, qui a son siège social à Lille avec un établissement dans la gare maritime de Calais (zone sous douane du port), est partie de zéro avec 500 salariés. Les frais de fonctionnement comprennent aussi le carburant, l'affrètement des navires, leur entretien, les assurances, les droits de ports. Des frais qui sont en partie couverts par Eurotunnel au travers d'un montage complexe. Eurotonnel loue les navires à la SCOP. Puis Eurotunnel achète 100 % des espaces garages (en fait le transport des voitures et des camions) à la SCOP pour un prix supérieur au loyer versé. Ce système était conçu au départ pour couvrir les loyers de la jeune compagnie et lui donner un peu d'air. Il devait prendre fin lorsque la jeune entreprise serait en mesure de commercialiser elle-même ses espaces. Eurotunnel a, par ailleurs, financé pour partie les arrêts techniques de cet hiver des trois navires passés par le chantier naval ARNO à Dunkerque. "Une partie est à la charge du propriétaire et une partie à la charge de l'opérateur", précise Jean-Michel Giguet.

Litige sur les conditions de versement de la prime de 25.000 euros aux ex-SeaFrance

Dans ce contexte financier tendu, la SCOP My Ferry Link a poussé un ouf de soulagement en apprenant le 23 janvier 2012 le déblocage des fonds correspondant à l'aide à l'embauche (25.000 euros par salarié licencié) des ex-SeaFrance. Ces fonds (environ 9 millions d'euros) étaient jusque là bloqués chez le liquidateur de SeaFrance, Me Gorrias. Ce qui n'a rien d'anormal quand on lit la dernière version (23 janvier 2012) du Plan de sauvegarde de l'emploi (PSE) que La Tribune s'est procuré. Dans le chapitre des "mesures visant à faciliter le retour à l'emploi des salariés licenciés", l'article 3.3.3 du PSE stipule que ces fonds devaient être versés au "cessionnaire", c'est-à-dire Eurotunnel, en l'espèce. "Dans l'hypothèse où le juge commissaire à la liquidation judiciaire de SeaFrance serait amené à statuer sur une cession, (....) permettant une exploitation (...) des navires ayant appartenu à la société SeaFrance au profit du projet SCOP ou tout autre société (....) dans laquelle les salariés auraient un intérêt direct (participation au capital) et indirect (contrat de travail), il sera versé à la dite société cessionnaire la somme de 25.000 euros par salarié (...)". Le litige résidait dans le fait que le cessionnaire Eurotunnel - qui avait acquis les actifs de SeaFrance pour 65 millions d'euros - n'est pas l'employeur des ex-SeaFrance. Ces derniers sont employés par la SCOP SeaFrance dont ils sont, par ailleurs, actionnaires.

"Les conditions juridiques de versement de la prime n'étaient pas remplies", a confié à La Tribune un représentant de l'étude du liquidateur Me Gorrias. Assigné en référé par la SCOP au Tribunal de commerce de Paris, le liquidateur a alors sollicité la SNCF (maison-mère de SeaFrance), le financeur du PSE, en lui demandant d'intervenir. A l'audience, indique-t-on à l'étude de Me Gorrias, "la SNCF ne s'est pas opposée au versement des 25.000 euros". Fort de cette autorisation tacite de la SNCF, le liquidateur a alors procédé au versement des fonds. La SNCF aurait-elle été priée par le gouvernement de ne pas s'opposer au soutien à la SCOP SeaFrance ? C'est fort probable.

Un autocontrôle entre les salariés actionnaires

Quand on l'interroge sur le fonctionnement de la SCOP, présidée par l'inoxydable Didier Cappelle, retraité de SeaFrance, ex-patron de l'ex-Syndicat maritime nord CFDT, Jean-Michel Giguet prévient qu'il ne dirige pas une société "autogestionnaire" mais une société organisée selon un "système de gouvernance classique". Le dirigeant fait allusion au passé récent avec le fameux système de co-gestion mis en place de 2001 à 2008 entre le Syndicat maritime Nord (radié par la CFDT en 2011) et le PDG Eudes Riblier, en échange de la paix sociale. "Je leur ai dit : vous ne me ferez pas ce que vous avez fait à d'autres !", confie Jean-Michel Giguet, qui a confiance dans le fonctionnement du nouveau Syndicat maritime Nord créé par les salariés.

Concernant les 13 mises en examen de salariés pour "vol en bande organisée" (fraudes sur ventes à bord), qui n'ont donné lieu à ce jour à aucune condamnation, Jean-Michel Giguet souhaite que tous ces dossiers "soient clarifiés". Et il ajoute : "je ne sais pas si ces personnes sont chez nous, mais les salariés dans leur grande majorité ne se reconnaissent pas dans la manière dont ils ont été dépeints par le passé ; ce n'était pas une bande de voyous !" Mais Jean-Michel Giguet n'a guère envie de s'appesantir sur le passé. Il souligne que My Ferry Link "ne s'inscrit pas du tout dans le sillage laissé par SeaFrance" et rappelle que "tous les salariés sont actionnaires de la SCOP, ce qui implique qu'ils versent 2 % de leur salaire dans le capital de la SCOP". Cela a des conséquences positives, selon lui, sur la vie collective à bord. "Il y a le regard de chacun sur ce que fait l'autre. Il y a un autocontrôle qui s'installe".

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 29/04/2013 à 16:01 :
De plus ce qui est assez drole c'est de voir que tout le bosse a bord sans se plaindre des conditions moins confortable qu'auparavant (il travaille 7 jours a bord et reste ensuite 7 jours chez eux)...L'argent gaspillé ce n'est qu'un début,en mai prochain la SCOP a de nouveau convoqué la SNCF et les ex-salariés Seafrance pourrait toucher 50.000 euros chacun selon leur avocat...Je rappelle que tous les derniers salariés seafrance sont concernés soit environ 850 personnes, je vous laisse calculer...
a écrit le 21/03/2013 à 17:01 :
bonjour jean-paul je suis désoler mais ce n'est pas la sncf qui a racheter les bateau mais eurotunnel sociéter priver alors avant de juger informer vous
a écrit le 24/02/2013 à 9:27 :
A combien revient l'emploi sauvegardé et pour combien de temps. Voilà encore une restructuration qui ferait réadir avec raison Monsieur Taylor de Titan: il y a deux poids deux mesures en France selon quje votre entreprise est fortement syndiquée ou non. Dans le derniers cas vous sombrez dans l'indifférence la plus total dans le second cas les politique mettent force argent public au détriment de la compétitivité. Pourquoi le silence sur tout cet argent public gaspillé au profit de quelques uns? Qu'en est-il dans les subvenbtions aux clubs de sport et en particulier au club de foot professionnel pour payer des salaires indécents aux joueurs?
a écrit le 22/02/2013 à 16:51 :
encore un montage à la "noix" pour différer la casse sociale, on a forcé la SNCF à racheter les navires en liquidation et les louer à prix cadeau a la scoop, en remerciement pour ce zèle Guillaume Pepy président de la SNCF aura une belle récompense lors de sa prochaine nomination. Le montage bien évidement ne sera pas rentable mais l'important c'est de repousser au plus tard possible le crash-social, même si ça coute une fortune en aides, subventions, et argent public. Ce genre de montage on en voit tous les jours, depuis des années de Aom-Air-liberté à Heuliez et chaque fois, ça sert a rien.
a écrit le 22/02/2013 à 13:04 :
C'est très clair, la Scop n'avait légalement pas le droit au versement des 25000 euros par ex-salariés Seafrance. Par quel tour de passe passe ou menaces, Monsieur Capelle (et ses bras droits musclés) a-t-il encore réussi à faire plier le liquidateur, la SNCF et le Ministre, et obtenir une nouvelle fois la dilapidation d'argent publique.
Il ne faut pas oublier que la SNCF s'était déjà assise sur une créance de 180M euros en juin 2012 au profit des mêmes entités (Scop et Eurotunnel).
Ca continue!!!
a écrit le 22/02/2013 à 9:20 :
12000 camions en janvier!!!!
A qui vont-ils faire croire cela?????
Réponse de le 22/02/2013 à 12:41 :
Vous semblez douter de la réalité de ce chiffre. Vous avez peut être des informations différentes et fiables?
Je me trompe ?
Réponse de le 23/02/2013 à 11:32 :
pour info ca fait que 387 camions par jour §§§§§
Réponse de le 24/02/2013 à 17:04 :
Effectivement 387/jour c'est très peu. Cela fait 24 camions par traversée (387 divisé par 16 départs par jour), ce qui donne un coefficient de remplissage inférieur à 25% pour les navires Berlioz/Rodin. Sans compter les doutes émis par "frédéric".
Cela ne couvre pas les frais fixes.
Connait on une compagnie aérienne qui accepterait de faire décoller ses avions vides à 75% ? Combien de temps pourrait elle tenir économiquement ?
a écrit le 22/02/2013 à 8:20 :
Voilà une petite solution mais une solution tout de même à cette situation causée par un environnement syndical catastrophique .Au moins tout le monde se remet au travail . Il serait intéressant d'en faire le bilan financier , ce qu'ont perdu les actionnaires et ce qu'ont gagné les salariés/coopérants
Réponse de le 22/02/2013 à 10:31 :
ca peut être un tres bon modéle économique effectivement on est bien plus motivé pour bosser quand on a des "billes" dans l ,affaire
Réponse de le 04/03/2013 à 9:14 :
Bon modèle économique si vous êtes sûr que personne nous viendra vous donner des millions sur simple reclamation...

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :